No-Kill


    Alternative ou affranchissement ?


    juillet 2001 par David Synold

      no-kill Loin de moi l’idée de condamner ou de juger, ici ou ailleurs, ceux d’entre nous qui ont fait du prendre et relâcher, une règle immuable à leur pratique...

      J’en veux pour preuve les nombreuses parties de pêche, soirées de montage et bonnes tables que je partage avec des amis qui pratiquent la méthode, l’essentiel n’est -il pas le le respect mutuel ?

      Malgré la légendaire tolérance du monde de la mouche, j’ai parfois l’impression d’être un extra-terrestre... avec mon panier et mes truites à l’intérieur, et je ne dois sans doute pas être le seul. Mais cela est loin d’être le plus grave... je me souvient d’une discussion par bàl interposé, avec René Marchand, du Canard du Pêcheur. Il me faisait part de certains messages, insultants et peu digne de l’éthique et du fair play que voudrait défendre tout le petit monde de la mouche...

      J’ai moi aussi régulièrement à faire, à de tels messages, qui en un temps définitivement révolu, me faisaient douter de mon appartenance à ce petit monde. Heureusement certaines rencontres avec des pêcheurs un peu plus ouverts d’esprit, que d’autres, me font aujourd’hui penser que les temps, les moeurs et les habitudes peuvent changer ou du moins évoluer... J’ai moi aussi, il y a déjà quelques années, fait parti de ceux qui pratiquent le prendre et relâcher de façon. Mes raisons étaient futiles et intéressées, elles cachaient des inquiétudes plus profondes, et écartaient des questions gênantes mais essentielles sur l’état des cours d’eau que je fréquentais. C’est en prenant le temps de creuser un peu, qu’on se rend vite compte que le sujet mérite plus qu’une simple conviction et que cette pratique n’a pas que des avantages, c’est plus particulièrement quand elle est montée au rang de religion..., que l’intégrisme pointe le bout de son nez.

      Rassurez-vous, relâcher un poisson n’est pas un crime, mais ce n’est pas non plus un acte héroïque. Cet acte s’il est pratiqué sur des parcours ou des rivières convalescents, où la maille est déraisonnablement basse, où la qualité des eaux est plus que douteuse, permet de se protéger et/ou de protéger la ressource. Par contre relâcher une truite de soixante centimètres dans un cours d’eau de première catégorie, me paraît aller à l’encontre du but premier du prendre et relâcher. Pour ceux qui n’en seraient pas conscients, un tel poisson dévore plus d’alevins et de truitelles qu’elle n’en produit, quand elle n’est pas tout simplement stérile. Ce qui pose réellement problème, c’est que le choix de cette pratique, si elle est poussée à l’extrême devient vite une manière trop simpliste d’aborder les problèmes attachés à la pêche. Je rencontre régulièrement des pêcheurs qui pratiquent le no kill assidûment, ils finissent par ne plus se sentir concernés ni responsables et se croient ainsi affranchis de toutes autres obligations.

      Certains, par le biais du no kill, en arrivent à se croire au sommet de l’art de la pêche à la mouche et se permettent de dénigrer ceux qui ne le pratique pas, mais le plus grave est de prétendre que le no kill fait partie de l’éthique de la pêche....

      La lecture de certains ouvrages de référence comme "la truite, l’ombre" de Née et Roussel ou encore "la truite" de Petit, la rencontre avec de vieille mains donne la réponse... pour peu que l’on veuille l’entendre. Par une pratique intégriste, le prendre et relâcher est malheureusement devenu une garantie de bonne conduite, garantie qui est loin d’être prouvée et se fait passer pour l’unique moyen de bien gérer les eaux de notre pays. Il n’y a que les travaux de réhabilitation et de gestion ainsi que l’éducation des pêcheurs, qui pourront redonner vie à nos eaux.

      Il existe d’autres solutions, bien moins traumatisantes pour le poisson, que le prendre et relâcher. Pour en découvrir une très intéressante, vous pouvez visiter le site de l’association "la Frayère". Mais il est vrai que la pratique du no kill est plus facile que le don de soi et de son temps au sein des Associations, AAPPMA ou des Clubs.

      Offrir à nos rivières et à nos plans d’eau, comme seule perspective d’avenir, une gestion de la faune par le prendre et relâcher, c’est comme faire porter des oeillères à un cheval, ça ne résout pas le problème, ça le masque... pour un temps.

      Un tel comportement peut, a et va sûrement induire en erreur les statistiques et les études passées, actuelles et à venir. Nos élus, en profiteront sans doute pour occulter le mal être de nos eaux, en se référant à la présence de nombreux poissons, signe, pour les esprits simplistes, que tout va pour le mieux dans le meilleur des monde.

      Les aides pas assez nombreuses, les travaux souvent désuets, les sanctions pas toujours appliquées, seront alors encore allégés... les pêcheurs et la sacro-sainte pratique du no kill n’y seront pas étrangers. Il sera alors un peu tard pour faire notre mea culpa.

      L’essentiel est d’être ouvert au dialogue, car c’est dans l’adversité, que la pêche à la mouche est et doit rester l’art de bien se conduire, avec ses amitiés sincères, son plaisir et son humilité, tout cela est bien plus important que toutes les querelles de clocher.

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