Tuer n’est pas jouer.


    juillet 2001 par Richard Guidetty

      Pour ou contre le no-kill, voilà une question à laquelle il y a autant de réponses que de pêcheurs. A priori, il y a les ’pour et il y a les contre, mais lorsque l’on discute avec les uns et les autres, on s’aperçoit très vite qu’il existe de nombreuses nuances d’un côté comme de l’autre...

      Vous vous en rendrez compte en dépouillant les réponses que vous recevrez et qui proviendront pourtant presque toutes de moucheurs passionnés (sinon pourquoi seraient t’ils abonnés à Echos Mouche ?).

      Tout d’abord éliminons de ce débat les carpistes : le no-kill est naturel dans cette discipline : la carpe est immangeable, même nourrie à la bouillette aromatisée fraise ; si sa capture est passionnante, le trophée ne vaut que par la photo que l’on montre avec fierté. Ceux qui ont essayé de ramener à Madame une carpe de dix kilos, qui ne rentre pas dans les plats à four et qu’il faut laisser dégorger dans la baignoire pendant plusieurs jours avant d’élaborer une sauce compliquée destinée à rendre la chose comestible me comprendront ! Les autres n’ont qu’à faire l’expérience.

      Pour les salmonidés, la truite en particulier, le contexte est différent : une truite, simplement passée au beurre à la poêle, c’est délicieux ! D’où la difficulté du choix. Pour ma part, mon évolution a été la suivante. J’ai commencé à pêcher avec mon père quand je n’étais qu’un gamin et j’ai tout naturellement suivi son modèle : un poisson maillé pris était un poisson mort, l’objectif de toute partie de pêche étant d’atteindre le quota. Même dans mes sorties en solitaire, il était inconcevable que je ne ramène pas le fruit de ma cueillette. En prenant de l’âge, je suis beaucoup allé à la pêche sans mon professeur ce qui m’a permis de faire évoluer mes choix techniques et ma façon de pêcher, de personnaliser ce qu’il m’avait appris pour être encore plus efficace, prendre plus. La seule chose que je n’ai jamais envisagée étant de relâcher un poisson (sauf une carpe, bien sur ;-).

      Un beau jour, j’ai décidé de me mettre à la mouche pour la beauté du geste et pour essayer de retrouver du plaisir à prendre ces truites de vingt cinq à trente centimètres constituant quatre vingt dix pour cent de mes prises au vairon manié, captures devenues fades à force d’être répétées (une truite de trente, même sauvage et même en seize centièmes, n’offre guère de résistance avec un lancer un peu raide ...).

      J’ai appris seul, avec des livres ("Le sorcier de Vesoul" fut une révélation) où il n’était pas encore question de no-kill ; les rares poissons que je prenais les premières années, je les ai tous mangés, et ils étaient fameux !

      Ensuite j’ai pris plus de truites et d’ombres, j’ai rencontré des moucheurs adeptes du no-kill, j’ai lu des articles prônant la graciation, ... l’idée a fait son chemin et un beau jour, je me suis fait violence et j’ai relâché une truite ! Je m’en souviens comme de ma première truite et de mes plus grosses prises ! J’étais très fier de moi parce que j’avais fait le choix le plus difficile ; j’ai renouvelé ce choix ensuite et ce n’était pas facile de supporter les railleries "tu parles t’en a pris six, elles sont où ?". J’ai évolué par étapes : pas plus de quatre poissons gardés par séance de pêche, puis deux, puis rien en dessous de vingt cinq centimètre.

      Aujourd’hui, je ne ramène presque jamais de poissons sauf les truites AEC et farios lâchées dans les rivières que j’élimine systématiquement, et de rares truites trop blessées par un engamage profond pour survivre. Je suis donc pour le no-kill mais pas de façon systématique : il ne sert à rien de gracier un poisson n’ayant aucune chance de survie (il paraît que plus de sept minutes de lutte et la truite mourra à coup sur ??), ni un poisson n’ayant rien à faire dans un milieu sauvage ; il est ridicule de vouloir obliger les autres à penser comme soi : pour un débutant, ramener ses premières truites est un véritable bonheur ; il ne faut pas lui enlever mais le préparer à vivre bientôt celui du relâcher. Celui qui garde son poisson est respectable : il l’a pris, et le chasseur ne se pose pas ces questions J’ai entendu récemment une phrase toute simple dans une compétition en réservoir : "vos adversaires sont à côtés de vous, les poissons sont vos partenaires".

      Tout est là : imaginez un joueur de foot qui crèverait tous les ballons ... Je pêche pour le plaisir de pêcher, mais si je ne prenais jamais rien, je n’aurais pas beaucoup de plaisir ; pour prendre quelque chose, il faut qu’il y ait quelque chose à prendre, et remettre un poisson à l’eau en bonne forme c’est se préparer du plaisir à venir, parce qu’il sera possible de le reprendre et parce que s’il reste dans l’eau, il aura plus de chances de nous faire de jolis petits poissons que s’il passe à la poêle ! En plus, par cette expérience désagréable, il aura acquis encore plus de prudence et sera sans doute plus à même de rester en vie plus longtemps face aux prochains pêcheurs et il deviendra encore plus intéressant à pêcher car plus difficile à prendre.

      En réservoir, mon approche est différente ; là, pas de poissons sauvages, seulement des truites qui se trouvent là uniquement pour le plaisir ; d’autre part, grâce au type de gestion de ces plans d’eau, il n’y a pas de risque de pillage ; enfin, soit à cause de la technique utilisée (booby générateur d’engamage profond et de saignements) soit à cause de la taille des poissons entraînant des temps de combat trop longs, dans chaque séance de pêche il y a au moins un poisson relâché qui va aller mourir discrètement sur le fond ... je conserve presque toujours une de mes prises et sans le moindre remord, contrairement à ce qui peut m’arriver quand je garde une sauvage (en reste t’il ?) de rivière, même si je sais qu’elle n’a aucune chance de survie. Pour finir, je dirais que si, il y a quelques années, je ne voyais pas pourquoi j’aurais relâché un poisson, aujourd’hui, je ne vois pas pourquoi je ne le relâcherais pas s’il peut survivre ... Par contre, je refuse de remettre à l’eau des truites de bassine et je trouve parfaitement ridicule de relâcher une truite qui va mourir ; j’ai trop souvent vu des adeptes du no-kill le pratiquer pour se faire mousser sans aucun respect du poisson.

      Pour moi un poisson graciable doit avoir été ramené rapidement et ne pas arriver complètement épuisé aux pieds du pêcheur, il doit être décroché dans l’eau en le touchant le moins possible et relâché délicatement assez près du poste où il se tenait. Je ne comprends donc pas les moucheurs qui n’ont pas d’épuisette sous prétexte qu’ils ne gardent rien : cet accessoire permet d’abréger sensiblement le combat et de relâcher un poisson sans le sortir de l’eau et sans le toucher ni le serrer avec les mains.

      J’ai vu un jour un moucheur tirer une truite sur la rive sur un bon mètre où elle s’est décrochée en gigotant ; quelques coups de pieds l’ont éloignée du bord ; notre pêcheur s’en ai saisit et l’a mesurée (trente centimètres ??) avant de le jeter dans l’eau, fier de lui. Quarante mètres plus bas, la truite m’est passée sous le nez au fond du courant et le ventre en l’air ...

      De même, je condamne, avec véhémence, la mode du pêcher fin prônée par les puristes : un ombre de trente cinquante ou quarante centimètres piqué en huit centièmes ne se remettra pas du combat qu’il a livré ; en plus il s’agit finalement d’un piètre coup de ligne car il aurait été plus difficile de le réaliser ... en douze centièmes !

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