Le saumon transgénique


    Danger ou vaste couillonnade ?


    décembre 2000 par René Marchand

      Comme promis au début de l’été, voici l’article sur les tenants et aboutissants du saumon transgénique. Il est offert à titre gracieux, et sera donc unique. Néanmoins, il est et reste la propriété intellectuelle du seul René Marchand. Toute copie, intégrale ou partielle, devra faire l’objet d’une demande auprès de l’auteur. Sa diffusion n’est pour l’instant, autorisée que dans le seul cadre de la lettre d’Echos Mouche.

      On peut certes se poser la question, au vu de récents incidents. Le transgénique n’a pas la cote chez les Européens, mais le transgénisme, lui, l’a chez les Nord-américains. Et vous noterez que cette nouvelle technique scientifique s’adapte uniquement au règne du vivant, dont nous faisons partie. Ce qui évidemment nous effraye. C’est juste, la nouveauté ( du moins dans ce domaine, parce que le technique...) effraye presque toujours, avant qu’on s’y habitue. Et qu’on finisse même parfois par le considérer comme naturel, parce que faisant partie du paysage. Et, puis, entre nous, il faut être bien malin, ou tout au moins hyperspécialiste pour distinguer un transgénique d’un naturel.

      Vous les aviez repérés, vous, les champs de colza ou de maïs transgéniques, lors de vos promenades ou sorties au printemps 2000 ? Quoiqu’il en soit, le transgénique, sous des aspects d’avancée scientifique et de solution à la malnutrition mondiale ( même si nous, en France, n’avons qu’une vue très limitée du problème ), n’obéit à aucune règle de charité ou de souci d’amélioration du bien-être de l’humanité. Ce qui doit être amélioré, c’est avant tout les bénéfices des grands trusts nord-américains. Je dis trust, même si les trusts sont officiellement hors la loi aux USA. Mais tout le monde sait que même Bill Gates a trouvé la parade à un état de quasi monopole.

      Ce qui a réussi en informatique doit forcément réussir en agrobiologie, puisqu’il s’agit avant tout d’agrobiologie dans le sujet qui nous préoccupe. C’est juste une question de temps ; le temps pour les consommateurs de s’apercevoir qu’en fait, ils ne font que cracher dans le même bassinet, quand ils remplissent leurs caddies ou qu’ils vont pisser.

      Pour bien comprendre ce qui se passe ou va se passer

      Sachez donc, et je passe volontairement très vite sur cet aspect du problème, que les plants, en fait les semences transgéniques, n’obéissent qu’à ce seul impératif : une situation de quasi monopole. Ce sont les fameux accords du Gatt ( mais si, souvenez-vous ) qui ont abouti à cet état de fait. Le Gatt prévoyait un Yalta économique qui aurait la forme suivante : à l’Amérique du Nord la vente et la production des produits agricoles ( végétaux et animaux ) ainsi que la recherche fondamentale, à l’Europe ( et plus particulièrement la France ) la recherche appliquée et les travaux intellectuels, à l’URSS ( enfin ce qu’il en reste) les sciences mathématiques pures, et à l’Asie la fabrication des robots, des machines-outils et de la vestimenterie. Si vous avez des yeux pour voir, vous pouvez constater que c’est bien ce qui est en train de se produire ; et qu’en réaction, les jacqueries de nos paysans en 1993 ont fait des petits en ce début de nouveau millénaire.

      La mondialisation n’est donc pas un hasard, mais bel et bien une politique menée à bien depuis de longues années ( quarante sept pour être précis, et je n’étais même pas né ). Remarquez également que l’Afrique est exclue de ce partage des tâches. Normal : ses habitants sont, d’après les statistiques des ordinateurs programmés par on ne sait trop qui ( mais on sait par contre pour quoi, autrement dit dans quel but), des attardés intellectuels, des déficients technologiques. De plus, gros avantage, la population africaine est, à ce jour 10 octobre 2000, à soixante quinze pour cent atteinte du Sida, et donc condamnée. Because ? les pays riches, ceux du nouveau Yalta, ne veulent surtout pas leur vendre les médicaments ou les vaccins nécessaires. Ils préfèrent leur vendre, si ce n’est offrir, des machettes ou des canons qui servent à nettoyer encore plus rapidement la place. Place qui sera évidemment à prendre.

      Ne vous inquiétez pas, tout est prévu, programmé. On sait d’ores et déjà qui devra mettre en valeur le continent africain, et surtout comment le mettre en valeur, vu que ses occupants actuels... D’autre part, et là ce ne sont plus des statistiques, mais des faits bien réels, la population mondiale s’accroît très vite, trop vite même. Si vite que les agriculteurs ne peuvent plus suivre, sauf à forcer la nature ou le naturel. Et c’est bien ce qui se passe. En biologie végétale, on cherche à produire des semences hyper dopées, ou qui ne demandent ( ne demanderaient serait déjà beaucoup) plus l’usage de phytosanitaire très coûteux.

      La pollution ? Ben, c’est accessoire, sauf dans les discours officiels ! Et ce qui est valable pour le végétal l’est évidemment pour l’animal. On sait que la nourriture carnée revient très cher à produire, sauf à la doper. Mais du boeuf aux hormones, les gouvernements européens n’en veulent pas, sous la pression de leur population ou des consommateurs. Ce qui excite beaucoup les yankees, qui usent alors de représailles économiques sur les produits tel que cognac, bleu d’Auvergne etc. Autre source de nourriture : la pêche. Mais là, comme les eaux océaniques sont par nature déclarées internationales, chacun fait ce qu’il veut en haute mer. Tant et si bien que dans quinze ans, il n’y aura plus rien à pêcher, pas même des requins qui auront totalement disparu dès 2010. Et des états comme le Japon sont d’ores et déjà acculés à la ruine. Pour pallier à ce manque proche, des mesures sont prises. Ici ou là, on voit fleurir des fermes aquacoles : bars, daurades, raies. Bref tout le poisson jugé noble, en fait apprécié de ceux qui ont les moyens de se l’offrir, donc les pays riches. Et comme le saumon fait partie traditionnellement des plats appréciés des gourmets européens ou européanisés, que le saumon naturel est en voie de disparition car lui aussi trop surpêché, force est donc d’en produire de l’artificiel, autrement dit d’élevage.

      Au coeur du sujet

      Le saumon, nul ne l’ignore, est un poisson d’eau douce qui naît en rivière, se développe en mer, et revient perpétuer l’espèce dans ses eaux natales, juste avant de mourir ; le cycle s’achevant alors. Mais pour qu’il y ait du saumon, il faut plusieurs conditions. - La première est qu’il faut encore des rivières en état de recevoir les géniteurs, puis les alevins. Autrement dit, des rivières libres, sans barrage, sans tunnel, sans rives bétonnées, et si possible avec de l’eau. Et de l’eau propre. Or, l’eau propre est devenue si rare qu’il faut désormais l’acheter en bouteille. Dur, dur, même au Canada. - la deuxième est qu’il faut des géniteurs. Or, les géniteurs, on les pêche, on les traque, on les massacre même lors de leur remontée annuelle sur les frayères. Ici, pas question de quota, ou même de simple bon sens. Plus on en prend, et plus on encaisse de dollars qui permettront d’acheter de plus grands filets pour en prendre encore et encore, bref toujours plus.

      Résultat ? Une étude publiée dans la revue Fisheries démontre qu’au seizième siècle, de cent soixante mille à deux cent vingt cinq mille tonnes de poisson venaient mourir dans les cours d’eau chaque année. Les chiffres actuels oscillent entre douze mille à quatorze mille tonnes. Sans commentaire ! Bref, il y a menace très sérieuse de pénurie. Et ce d’autant plus que les jeunes alevins, pour se nourrir, ont besoin de matière organique. Et cette matière était apportée par la décomposition des corps de leurs parents. Or, comme il n’y a presque plus de parents pour cause de surpêche....

      Saumon d’élevage

      Évidemment ; l’homme a un cerveau, une intelligence dont il se sert. Alors, il s’est dit : puisqu’il n’y a plus guère de possibilités de pêche salmonicole, rusons : élevons-le en captivité. Avantages : plus besoin d’attendre la remontée annuelle, on aura tout ce qu’il faut, quand il faut, sous la main. Et donc des revenus multipliés par X, une fois l’investissement matériel initial amorti. Donc, de la tune à se faire en pagaille. Et alors, on a créé des salmonicultures. Mais comme le terme n’a pas trop bonne oreille, on a préféré dire fermes aquacoles. Çà fait plus joli, plus écolo aussi. Et cette image, on y tient, car il ne faut pas oublier qu’on produit pour vendre. Et pour vendre, mieux vaut avoir ou véhiculer une bonne image.

      Vendre, c’est bien, mais encore faut-il pouvoir le faire ! Ce qui veut dire ? Ben, le saumon, même en bassin aquacole, il lui faut quand même un certain temps pour grossir, c’est-à-dire être apte à la vente. Et ce délai, si on pouvait le raccourcir, çà serait d’autant mieux. Car les saumons, il faut les nourrir ( trois tonnes de consommé pour une tonne de consommable qui une fois préparée, ne laissera guère plus de quatre cent kilos de produit en vente. D’où le prix de la plaquette !), et cette nourriture, çà coûte toujours évidemment trop cher. De plus, les saumons, quand ils sont agglutinés dans leurs basins, ils stressent, et alors développent des maladies qu’on ne sait pas trop bien comment soigner. Mais qui coûtent là encore très cher : médicaments, pertes du cheptel, etc. C’est ainsi qu’en 1998, Pêche-contact N° 78, de juin très exactement, lançait un cri d’alarme. Les élevages européens étaient victimes de l’AIS. Inconnue à ce jour en Europe, l’Anémie Infectieuse de Saumon est responsable de mortalités décimant la totalité des cheptels des exploitations où elle sévit.

      Apparue en 1994, l’AIS fait suite à deux autres fléaux : NHI et la SHV. En résumé, des maladies infectieuses qui déciment les cheptels, et occasionnent donc des pertes d’exploitation considérables, au point même de menacer certaines économies : cas de la Norvège. À noter, aucune de ces maladies n’est originaire d’Europe, mais des Amériques. Aucun hasard là encore. Sont touchés par ce fléau : Canada, Écosse, Norvège et en cette année 2000, Danemark et Chili. Comme tout germe infectieux, l’AIS est désormais soupçonné de s’attaquer non seulement aux saumons, mais à toutes les espèces salmonicoles.

      Vous voyez le danger ? Alors, le 17 décembre 1997, le Canada a déclaré à l’O.I.E. vingt et un foyers d’AIS qui touchaient les sites d’élevage de la Baie de Fundy au Nouveau-Brunswick. La maladie évoluait depuis l’été 1996. Remarquez qu’ils ( les autorités responsables) ont attendu dix huit mois avant de déclarer l’épidémie, délai largement suffisant pour écouler tout ou partie de la production atteinte par le virus. Idem pour le cas Chili en 2000 ! Or, nos amis canadiens sont concernés par le Gatt et les prérogatives qu’il lui accorde. Entre autres, l’élevage du saumon. D’où cette obsession des pisciculteurs canadiens : comment accélérer la croissance des saumons, abréger le temps d’engrossissement, et donc diminuer les coûts de revient et les risques d’infection, c’est-à-dire les pertes économiques. Car moins de pertes, c’est forcément plus de bénéf....

      Alors, Zorro est arrivé ! Zorro, c’est la biogénétique. Qui a découvert, en étudiant les chromosomes du saumon, le gêne responsable de l’hormone de croissance de la bête. Hourra ! Mais problème ! comment faire maintenant pour que ce gêne disons flemmard se réveille enfin et accélère au possible la cadence ? Ben ! tout simplement en le dopant ! c’est-à-dire en activant un gêne qui va exciter ce gêne responsable de la synthèse d’hormone de croissance...

      Effet boule de neige, en quelque sorte. C’est compliqué ? Ben, m’sieur, c’est de la simple biogénétique. Osons une comparaison : on va donner de l’alcool au gêne de croissance, ce qui va l’exciter, et par voie de conséquence exciter la bête à son tour. Seulement, de même que l’alcool est étranger au corps humain à l’état naturel, il l’est chez le saumon. Et on va donc le lui en apporter. Cet alcool, c’est en fait un séquençage du génome humain, baptisé lui aussi gène de l’hormone de croissance ( HGH). Pourquoi ? parce qu’il présente une étonnante similitude avec celle du saumon ! Qui est sans doute un de nos arrières grand-parents, selon la théorie de l’évolution. Ainsi stimulé, le gène de croissance du saumon en fait des monstres en peu de temps : à l’âge de dix huit mois, le saumon dopé présente la taille d’un saumon de sept ou huit ans engrossi en milieu naturel. Et çà, sur le plan économique, c’est évidemment rentable !

      Mais...

      Bien évidemment, les loups ne se mangeant jamais entre eux, c’est une firme américaine, très liée au géant Monsanto, AF Protein, officiant au Canada, dans la région de l’île du Prince Édouard ( Côte ouest) qui a mis au point cette nouvelle technique. Et l’affaire est si bien engagée que les premiers élevages ( disons bassinées) ont été capturés, vidés et conditionnés. On doit même, à cette date d’octobre 2000, en trouver déjà dans nos supermarchés, car on ignore sous quelle étiquette est vendu le poisson. Par contre, je suis en mesure d’annoncer que certains importateurs européens, danois selon mes sources, ont accepté de le commercialiser en Europe... sous label made in CEE, il va de soi .

      Le pire, façon de parler, c’est qu’ils en ont le droit, au nom du libéralisme économique ( OMC ), autrement dit de la mondialisation, terme français qui a son équivalent en anglais : globalisation. Qu’est-ce donc ? Le but de l’OMC est d’éliminer les barrières douanières au commerce entre états. C’est à l’occasion de cycles (round) de négociations ( Uruguay round par exemple) que les états membres décident de supprimer les barrière douanière sur telle ou telle marchandise, produit ou service. Or, comme l’Amérique du Nord, en vertu des accords du Gatt , a reçu ( en fait s’est attribuée) le quasi monopole de l’agro-alimentaire, on voit donc que nous, européens, n’en avons pas fini avec les MacDo et autres saloperies du même acabit.

      On verra si le consommateur, les fines gueules que sont les Européens noteront une différence dans le goût du saumon. Si oui, il faudra rectifier le tir, c’est-à-dire le parfumer à la fraise, bref le maquiller pour que... Sinon, c’est l’invasion qui nous attend sous peu, car bien évidemment, AF Protein n’entend pas vendre de brevets, et ne parle même pas de licence d’exploitation. En d’autres termes, c’est soit le jackpot, soit la Bérésina, autrement dit la couillonnade ( pour les actionnaires s’entend). Mais çà, on s’en fout, car jouer à la roulette russe présente quand même des dangers, les statistiques sont formelles là-dessus. Mais cet article, bien qu’il aborde le sujet ( comment faire autrement ?) n’est pas d’ordre économique. Il se veut avant tout mise en gardiste. Car reste que ce saumon transgénique présente un danger !

      Sur le plan alimentation humaine, l’expérience est en cours, et je ne saurais en tirer des conclusions hâtives et donc définitives. Gageons cependant que courant février ou mars 2001, le ministère de la santé ,sous l’impulsion de Greenpeace ou des associations de consommateurs, révélera brusquement que le saumon acheté pour les fêtes de fin d’année était d’origine nord-américaine et de type transgénique. C’est classique, non ? Sur le plan biologique, et plus exactement écosystémique, il y a beaucoup à dire, beaucoup de réserves à formuler. En effet, sa taille exceptionnelle lui permet de rivaliser avec ses congénères naturels. En d’autres termes, relâché par accident plus ou moins volontaire, il est à prévoir qu’il se mêlera au groupe, et ira féconder les femelles lors des remontées annuelles.

      Ce qui veut dire qu’il transmettra sa mutation génétique. Et, en moins de quarante ans, génération après génération, toute l’espèce saumon aura disparu, parce que pas du tout adaptée aux nouvelles données génétiques incompatibles avec une vie en milieu naturel. Faux, pas de risque, affirme AF Protéin, nos saumons sont surveillés, et de plus, ils sont stériles. Ouais ! n’empêche qu’un individu sur mille est à lui seul capable de favoriser l’extinction définitive de l’espèce.

      Ce n’est pas Marchand qui le dit, mais une étude très sérieuse, et pas très controversée d’ailleurs. " 01/12/1999 - Libérez un seul poisson transgénique dans une population composée d’individus normaux. Au bout de quelques générations, qu’avez-vous ? Plus rien du tout. Tous les poissons ont disparu. C’est du moins le résultat d’une expérience menée par William Muir et Richard Howard, de l’Université Purdue, en Indiana, avec des poissons ayant reçu le gène de l’hormone de croissance humaine. Des résultats qui retiennent l’attention, parce qu’on développe actuellement une lignée de saumons dotée de cette hormone dans le but de les libérer dans la nature. " selon nos confrères de Cybersciences.

      Alors, pourquoi en relâche-t-on en pleine nature si ce n’est dans le but évident de faire disparaître la souche originale, autrement dit l’espèce Salmo Salar ? Car s’il n’y a plus de vrais saumons, où ira-t’on en chercher, sinon chez AF Protein et consorts ? Vous dîtes ? mauvais esprit, le Marchand ? Oui, mais il en a tellement vu, et surtout il en reçoit tant qu’il vaut mieux taire, sinon vous sortiriez soit la boîte de Lexomil, soit le révolver. Et comme je tiens à vous... Re-mauvais esprit, le père Marchand ? Ben oui, mais lui, il a la chance de recevoir ce que vous n’aurez jamais en mains. Et c’est ainsi qu’il peut ici vous apprendre que sur cent saumons capturés lors des remontées 2000, pas moins de trente étaient d’origine artificielle. Et sur ce nombre, dix individus sont d’ores et déjà soupçonnés d’être porteurs d’un génome modifié. Alors, le mauvais esprit qu’on pourrait attribuer à l’auteur de cet article ( qui sera unique ) trouve une étrange résonance, non ? Bye, bye, et bisous ...

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