La truite et son rythme de vie (Part. 1)


    septembre 2001 par Christophe Bouet

      Tous les pêcheurs le savent bien et ne me contrediront probablement pas en lisant ces quelques lignes si je prends la liberté d’écrire et d’affirmer que c’est uniquement en connaissant parfaitement son adversaire (je préfère ce terme à celui de victime) que l’on a les plus grandes chances de réussir ses futures parties de pêche.

      Il est alors bien évident que pouvoir anticiper ses réactions et comprendre son analyse et sa logique nutritionnelle vont être des facteurs qui seront déterminant pour la réussite de notre pêche. De plus, et cet aspect des choses me tient particulièrement à cœur puisqu’il va dans le sens d’un esprit que j’aimerais faire partager avec un grand nombre de pêcheurs, tenter de comprendre et de connaître un être vivant c’est déjà commencer à le respecter ... même s’il est généralement petit, visqueux et vit dans un milieu horriblement froid.

      Nous allons donc ensemble pendant quelques mois essayer de comprendre le rythme de vie que peut mener miss fario en accentuant de façon significative notre réflexion sur le facteur qui va nous permettre de mieux la piéger : la nutrition. En effet, Essayer de comprendre d’avantage les mécanismes qui régissent son activité alimentaire et conditionnent son comportement face à la nourriture sont, sans nul doute, fort instructif pour mieux la connaître ... mais également pour mieux la pêcher.

      Cela sera d’ailleurs relativement simple car si l’on veut bien faire abstraction de sa période de reproduction, notre belle fario ne pense qu’à se nourrir : Son existence se décompose en effet qu’en une succession de phases d’alimentation et de repos. Très opportuniste quant au choix de ses repas, elle se nourrit quasiment en permanence pour ne s’abandonner, qu’une fois repue, à une léthargie digestive plus ou moins longue.

      En résumé la vie de notre belle mouchetée ne sera donc qu’alternance successive et très inégale de périodes d’alimentation et de périodes de repos. Ces périodes vont être liées bien sûr à la sensation de faim que va ressentir la truite mais aussi de ses besoins caloriques et énergétiques. Les périodes de sensation de faim vont être plus ou moins rapprochées en fonction de la vitesse de digestion et d’assimilation des aliments, qui représenteront les périodes de repos.

      Tous les poissons, et la truite n’échappe pas à cette règle, sont des animaux à sang froid, et, la température de leurs corps variant avec celle de l’eau, la vitesse d’assimilation de la nourriture sera directement dépendante de celle-ci. Si la température du milieu est faible elle sera alors ralentie. Au contraire, elle deviendra très rapide lorsque la température sera proche de l’idéal pour la reine des eaux vives : Température qui s’approche de 13 degrès pour Salmo Trutta Fario. Donc, quand le métabolisme d’assimilation fonctionne à son plein rendement, les phases d’alimentation sont très nombreuses et les phases de repos, c’est à dire de digestion, courtes et normalement moins fréquentes. Mais la sensation de faim ne sera pas le seul paramètre qui décidera la truite à entrer dans une phase de nutrition car il faudra compter sur le facteur sécurité. Car c’est dans son système d’analyse de la nourriture et du danger que la truite va marquer la plus grande différence de comportement par rapport à nous. A ce sujet, je suis d’ailleurs affligé de constater que certains pêcheurs- journalistes, pourtant sérieux, n’hésitent pas à écrire régulièrement dans des articles halieutiques des inepties du genre : La prise d’une truite à la mouche découle à 80% d’une bonne présentation et à 20% de la mouche artificielle employée.

      Si je cite volontairement cet exemple concernant la pêche à la mouche c’est que je l’ai lu très récemment, mais cette stupidité habituelle se retrouve écrite quel que soit le type de pêche pratiqué. Est-ce vraiment raisonnable d’écrire de telles choses ? La présentation ne compte évidemment pas pour 80, 70 ou 50% : Elle est bonne ou elle ne l’est pas ! C’est tout !

      Si elle est bonne elle compte bien sûr à 100% car de toutes les façons, si elle ne l’était pas, la truite n’aurait certainement pas pris. Dame Fario ne fonctionne pas en effet tout à fait comme nous nous pourrions le faire, car son système d’analyse et de décision est purement binaire : C’est oui ou non ! Les informations qu’elle reçoit ne sont pas soumises, comme les nôtres, à d’autres éléments décisionnels extérieurs : Le peut-être n’existe pas. Soit l’information est positive et l’engage à engamer sa proie, soit elle est négative et l’incite à stopper son action, voir même à s’enfuir pour les individus les plus sages. C’est pour cette bonne raison que, même si la faim est un facteur nécessaire à l’activité alimentaire, cela n’est pas suffisant. Il faut que miss Fario se sente en sécurité et que le déplacement en mérite la peine.

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