Le miracle de la Thur


    septembre 2002 par EchosMouche

      La rivière Thur aura, à tout point de vue, marqué les concurrents et les spectateurs de ce mondial qui vient de s’achever. Large, encaissée par endroits, aux eaux cristallines en amont et fortement teintées plus en aval (nous en reparlerons plus loin), le cours de la Thur est une succession de grands plats, de seuils avec des sorties de courants riches en surprises où les poissons et les gobages ne se comptent plus tant ils sont nombreux. La Thur est une rivière attrayante qui donnerait envie à plus d’un Moucheur de se mettre à l’eau.

      Fabuleuse, c’est ainsi que je qualifierais la Thur et ce ne sont pas les compétiteurs de ce mondial qui me contrediront ; qu’ils aient réalisé des pêches de rêve ou des capots mémorables sur des truites et des ombres parfois difficiles à leurrer .

      Fabuleuse ? L’adjectif pourrait sembler un peu fort pour qui la fréquente régulièrement et pourtant la Thur a vécu un véritable miracle que je vais tenter de vous conter en quelques lignes.

      Reportons nous, si vous le voulez bien, trente ans en arrière : dans les années soixante dix, la Thur ressemblait plus à un tout à l’égout qu’à une rivière. Réputée, alors, pour son activité industrielle liée à la chimie, au textile, à l’impression et à la teinture, la vallée de Thann n’était pas à proprement parler le paradis des pêcheurs, loin s’en faut.

      Les eaux de la Thur étaient, à cette époque, malodorantes, fortement polluées et colorées par les rejets directs des usines chimiques, couvertes de plaques de mousse blanche, avec ça et là des cadavres de poissons à la dérive : une désolation, une poubelle à ciel ouvert ! Bien malin celui qui aurait pu prédire qu’un jour ombres et truites viendraient ou reviendraient coloniser ses eaux - l’ombre dont on a trace jusqu’en 1952, est en cours de réintroduction depuis 1997 - et que la Thur serait, trente ans plus tard, un des fleurons d’un Mondial de Pêche à la Mouche.

      Ce miracle, nous le devons à la détermination et à la patience des hommes, ainsi qu’aux collectivités locales qui, main dans la main, se sont battus d’arrache pieds pendant des années pour redonner vie à une rivière moribonde, tout en tentant de concilier qualité de vie et réalité économique : une tâche pas facile, un pari à la hauteur de l’enjeu. Les investissements nécessaires, principalement en équipements de filtration des eaux usées et des effluents industriels, ont été lourds et coûteux. Comme nous avons pu le constater sur place, toutes ces années d’efforts ont payé. Le résultat est là, la Thur s’est refait une jeunesse et on ne peut que s’en féliciter.

      Un combat n’est jamais tout à fait gagné, la vigilence reste de mise. La prolifération de renoué du Japon qui encombre les berges, la mode du tout enrocher et les rejets chroniques d’effluents de couleur noirâtre qui donnent, certains jours, aux eaux de la Thur une couleur foncée et rendent glissantes les pierres qui tapissent le fond de son lit sont aujourd’hui au coeur du débat. Gageons que ces problèmes seront bientôt résolus.

      La réhabilitation de la Thur est, sans conteste, un succès et un exemple remarquable de reconquête de la qualité de l’eau. Il nous semblait normal de vous en parler et d’en saluer les artisans, voilà qui est chose faite.

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