Un peu de bon sens


    juin 2002 par René Marchand

      Avertissement : Ceci n’est pas un article, et n’est donc pas régi par les lois du copyright. Ce que vous lirez là n’est que le fruit de réflexions personnelles, parfois sévères, vous le constaterez. Néanmoins, même publié à titre gracieux, j’ose espérer que l’honnêteté prévaudra, et que la propriété intellectuelle de René Marchand le restera. Il me serait une nouvelle fois désagréable de le rappeler par d’autres voies.

      Que les atrabilaires abhorrant ce "vieux con de Marchand ", et il en est ( je suis bien placé pour le savoir, non ? ), passent leur chemin et choisissent un autre dossier. J’accepte la responsabilité de mes propos, contrairement à d’autres se cachant derrière des pseudonymes. Mais je me refuse à enfiler la casquette de vecteur urticole, si certains effets sont en tous points comparables. Ces réserves désormais nettement définies, et mieux encore, énoncées, abordons une de nos préoccupations principales : la pêche et quelques-uns de ses excès.

      Vaste sujet, aux multiples ramifications. Et à dire vrai, sujet-bateau qui permet de dire n’importe quoi, son imprécision autorisant tous les débords. Bref, un cargo qui , si on n’y prenait garde, pourrait très aisément suivre le même chemin que le trop fameux Titanic. Alors, contentons-nous d’évoquer un aspect controversé de notre pratique : la prédation.

      C’est là une nécessité absolue : il faut voir plus loin que le bout de son nez. La prédation se justifie pour la pêche professionnelle, elle est le moteur même de son existence. Mais il y a beaucoup à dire sur ses méthodes de pêche ( cas dauphins ou civelles), les comportements de certains armateurs, et surtout l’évident manque d’une gestion cohérente à l’échelle planétaire. Les études de l’Orstom, l’actualité ( guerre entre pêcheurs français et ibériques) sont édifiantes sur le sujet. Ce qui conduit désormais à la prise de mesures radicales. Plus clairement , faute d’avoir su prévenir, on tente aujourd’hui de guérir. Hélas, l’amputation est nécessaire ! Je ne vous apprendrai rien : sur tout le pourtour méditerranéen, certains commencent à faire une sale g.. .

      Les abus étaient nombreux et surtout impunis ; ils sont désormais inutiles, car il n’y a pratiquement plus rien à prendre, hors peut-être certaines espèces jugées non commerciales ( donc non rentables ) pour nos si délicats palais européens , mais très appréciées par contre des Asiatiques. Les navires-usine japonais, coréens, voire chinois, qui lançaient des km de filets ( aux mailles ridiculement étroites) pour capturer tout ce qui était prenable ( baleine, espadon, dauphin en guise de thon, requin entre autres ) n’est pas un leurre, mais une réalité toujours vérifiable. Ils devront donc changer de zones de pêche. Mais avec ces gens-là, qui signent des traités sans jamais les respecter, cas de la baleine, on n’est sûr de rien. De plus, outre le pillage de ressources déjà exsangues, le danger était grand de voir aussi ces navires importer, plus ou moins volontairement, des espèces animales ou végétales n’ayant rien à faire dans ces biotopes.

      On connaît le cas taxifolia soi-disant échappé du Musée de Monaco. Je veux bien, mais cette bavure arrange quand même pas mal de monde ; car en fait, elle est gratuite. Et donc, permet à certaines crapules authentifiées de poursuivre leurs méfaits. Lesquels ont évidemment un rapport très étroit avec l’argent.

      Bref, pêche surintensive plus pillage, plus pollutions diverses : égale un patrimoine maritime réduit comme peau de chagrin. Au point qu’aujourd’hui, des mesures internationales sont prises pour éviter la catastrophe fatale. N’est-il pas trop tard ? De toute façons, le réveil sera brutal. J’ai des amis plongeurs, et ils reviennent consternés de ce qu’ils voient. Ou ne voient plus, c’est kif-kif.

      Par ailleurs, le tourisme-pêche est devenue pour certaines têtes ( bien ?) pensantes - promoteurs, voyagistes, guides ceci ou cela, accompagnateurs, capitaines, politiques encore une fois - un moyen de s’en mettre un peu plus plein les fouilles en faisant miroiter ... Miroiter quoi ? Un nouvel Eldorado ? Des sensations fortes ? Des souvenirs impérissables ? Un dépaysement total ? La découverte d’horizons nouveaux ? La prise en compte du déséquilibre actuel ? Un enrichissement culturel ? Un peu de tout cela sans doute.

      En fait, un tel salmigondis que l’essentiel est oublié, évacué, au seul profit des chimères. C’est exact, jamais un voyagiste ne vous dira que vous allez dans un pays où les habitants crèvent de faim, que votre argent, vot’pognon , votre obole ne servira qu’à engraisser un peu plus les requins du bizness et les apôtres de la magouille ( on appelle ça, pour faire chic, développement conjoncturel. Et si l’on est un peu plus salaud, développement durable, valorisation des ressources locales, apprentissage de l’auto-suffisance locale. Bref, le choix des termes ne manque pas. Mais reste qu’une ordure, quelque soit l’emphase, reste une crapule ) .

      Qui vous dira que l’activité-pêche pour laquelle vous avez entrepris ce voyage est destructrice de ressources fatalement vitales pour l’habitant ? Personne ! Non, ça, on ne le dira pas, et pour cause ! Mais si vous avez des yeux pour voir, et envie de vous soûler avec autre chose que les festivités programmées, ( forme déguisée de l’esclavagisme moderne) , sortez de votre village, désertez ces plages balisées ou réputées. Quittez le navire et partez à l’aventure, en fait droit vers l’authentique. Vous verrez alors très vite la destination finale de votre argent. Et que la gestion du patrimoine naturel, en fait l’écologie, est totalement ignorée. Lorsqu’il n’y aura plus rien à piller ou polluer ici, on passera une de ces frontières si mouvantes, et on recommencera plus loin le même trafic. Aujourd’hui, on passe très aisément de l’Oural au Sénégal...

      Me serais-je éloigné de mon sujet ? Non ! Je suis en plein dedans. Tant il est évident que pour gérer, il faut qu’il y ait quelque chose à gérer. Et puisque nous avons vu qu’il n’était pas question ici de patrimoine naturel, du respect de l’équilibre des ressources, alors le gestionnable devient, par la force des choses, le gestionné. Ce que j’ai baptisé gogo, ou gobeur gobant. Autrement dit, vous ! Eh oui ! de chasseur, vous devenez gibier. Aspect jamais explicité de la prédation, celui-là !

      On se sert de vous, de vos rêves, de vos aspirations à sortir au moins une fois du quotidien, pour perpétrer indirectement des méfaits qui détruiront un peu plus ce, ou ceux, qui s’en seraient volontiers passé. Et le bon sens, contrairement à une idée reçue, est la chose du monde la moins bien partagée. C’est exact, il n’y a pas que ça !

      Oh certes, j’ai le beau rôle, celui du père Fouettard. Je ne l’ai pas choisi, on me l’a collé sur le dos, parce que j’ai, paraît-il, quelque compréhension, et une plume acerbe. Mais rassurez-vous, je ne prétends pas jouer les nouveaux Messie, détenir la Vérité : celle qui serait une et universelle, intemporelle par excellence. Des erreurs, voire des c...ries, j’en ai commises moi aussi , je le confesse , et j’en commettrai encore. Comme vous sans doute. Mais avec l’âge, ( note aux curieux : j’ai passé le demi-siècle il y a quelques jours à peine ), et ce qu’on appelle l’expérience, je peux avouer ici que tout excès nuit. Et ce dans tous les domaines.

      Alors, la pêche, qui est une de nos activités favorites, et céans le moteur de cette réflexion, n’y échappe pas. Je dis : une de nos activités. Car tout ramener à la pêche, ne vivre que pour la pêche est aussi dément que vivre dans le rêve. La pêche est une activité humaine. Une, non l’Unique.. et rien de plus . Ce qui signifie ? Il y en a d’autres. Mais, quand on fait abstraction de ces autres et se concentre sur ce qui est devenu l’unique, on perd le sens des valeurs - ennuyeux, ça , pour l’entourage - ! Mais plus encore celui des réalités. La pêche-passion est donc dangereuse : elle peut conduire aux pires excès. Mais le drame de notre espèce, soit-disant unique car douée de pensée ( profonde erreur : il y a autant d’intelligence chez un ver de terre, un quartz ou une giroflée que chez un être humain. Elle se manifeste différemment, c’est tout ), c’est de tout ramener à soi. Et quand le soi, son nombril, devient l’axe du monde, on peut et doit s’attendre au pire. Je ne vous ferai pas l’injure de rappels historiques récents, je sortirais de mon sujet.

      La prédation est-elle une nécessité, un besoin vital , une obligation biologique ? Plus simplement, une anomalie génétique ? ou, plus grave encore, une erreur sociologique ? Pour parler clairement, une inadaptation de notre éducation ? Et précisément, le manque d’équilibre est une constante de notre éducation. Pour survivre, on nous enseigne que... Traduction : il faut que . Et ce "il faut que" conduit nécessairement à des interprétations fort différentes, et souvent contradictoires si ce n’est pas antagonistes. Et nous retrouvons une nouvelle fois le thème de cet entretien, le coeur du puzzle.. La prédation est-elle fatalité ou nécessité ?

      Jadis, la pêche était une activité nécessairement vitale pour l’homme. Le poisson était une fraction, parfois un complément de son alimentation essentiellement carnée s’il naissait nanti, végétale s’il était d’extraction roturière. Il fournissait par contre le foncier de la nourriture pour les ordres religieux, astreints à autant de carêmes qu’il y avait de saints. Et comme on les fabriquait à la pelle, pour les besoins de la politique locale...

      Bref, la prédation à vocation alimentaire exigeait que l’on ne compte pas, et que l’on cueille autant que nature l’autorisait. J’ai utilisé sciemment le verbe cueillir, car depuis Charlemagne, il vous faut savoir que la pêche est assimilée à un droit de récolte, de cueillette. Digression intempestive ? Non pas. Charlemagne prit des mesures - les trop méconnus capitulaires - pour légiférer le droit de pêche. Parmi les principales :

      Interdiction de pêcher la nuit, les sergents impériaux ne pouvant contrôler les pêcheurs, la taille des captures, et les modes de pêche.

      Interdiction de pêcher certaines espèces à certaines époques

      Création de bassins viviers ( étrangs parfois appelés moines ) pour pallier aux insuffisances relevées dans les cours d’eau ; concernés : les grosses fermes et les sites religieux.

      Interdiction d’utiliser certaines substances destinées à droguer le poisson etc.

      Voyez : la gestion piscicole n’est donc pas un phénomène nouveau. Par contre, depuis une trentaine d’années, est apparu un phénomène nouveau, lié lui à l’industrialisation excessive des pays occidentaux. Ce phénomène, déjà perceptible à la fin du dix neuvième siècle - souvenez-vous de Zola et de ses Rougon-Macquart -, c’est la consommation.

      On produit pour consommer, et on se doit donc, pour conserver la dynamique des économies concernées, consommer encore et encore, et donc produire toujours plus. De l’utile, comme les médicaments, mais aussi de l’inutile. Là, je vous laisse le soin d’apprécier ce qui l’est ou ne l’est pas. L’étonnant, c’est que toute notre dépendance biologique est désormais basée sur ce nouveau besoin : le consommable. Sinon, c’est le stress, puis le cancer . Alors, on consomme de tout. De tout, jusqu’aux loisirs devenus désormais une source d’activités non négligeable, tant sur le plan économique que structurel. Eh oui, vous avez compris où je voulais en venir.

      La pêche, jusqu’alors activité alimentaire, est devenue activité lucrative. Elle a désormais ses sites, ses monuments, ses guides, ses gestionnaires . Pas encore fonctionnarisée, hors cas CSP, mais cela ne saurait tarder. Pire, on l’a banalisée, puis idéalisée, informatisée, et même publicisée. Mais on a oublié de la gérer. Chez nous, en France, on a ainsi omis, au prétexte de ce nom magique "revenus", qu’elle était avant tout conditionnée par la richesse du patrimoine naturel. Lequel, depuis le développement de l’agriculture industrielle, en a pris un sacré coup. Sur le plan législatif, il y aurait beaucoup à dire, et sans doute le ferais-je un jour si vous le demandez.

      Mais il existe une autre forme de codification, celle-là plus personnelle, et non moins contraignante que la précédente. Exemple : cette imbécillité qu’on veut nous imposer : le no-kill. Encore une importation anglo-saxonne, une de plus, après le maïs transgénique, la vache folle, et ce monument culturel qu’est Dallas et son univers impitoyable. Le jour où britishs ou yankees se mettront le cul sur leur tête en affirmant que c’est là la seule manière de marcher, je suis persuadé qu’il y aura chez nous des pontifes pour reprendre cette imbécillité et nous l’imposer. Mais là rien de bien étonnant.

      Comprenons-nous bien : je ne critique pas les intentions. Sans doute étaient-ils animés d’un bon sentiment, au vu de ce qu’ils avaient constaté sur les frayères à sandre ou à black-bass.. Et qui, il faut oser l’avouer, n’était pas très reluisant, mais assez révélateur de la mentalité de certains sportifs. Mais vouloir l’imposer par tout , et pour tout , était une hérésie.

      D’une bonne intention, on a fait une idéologie, et, plus grave encore, une absurdité sur le plan écologique. En fait, il eut fallu éduquer les pratiquants. Leur expliquer qu’à prélever sans compter, n’importe où , n’importe quand, on allait au-devant d’une catastrophe. Et que le remède à prescrire serait pire que le mal. Hélas, ils ne l’ont pas fait. C’est vrai que piller un ruisseau du Puy de Dôme de ses truites était une imbécillité, si ce n’est un crime. Mais n’était-il pas plus simple d’interdire certains sites à la pratique de la pêche, le temps que la faune autochtone recolonise le site ? Ce qui va généralement assez vite si le gel du site est respecté : entre trois et six ans. Mais nos dirigeants, obnubilés par la lessiveuse, par les élections prochaines, par la fréquence de leur apparition dans les colonnes du quotidien local, ne l’ont pas fait. Par ignorance parfois, par incompétence le plus souvent . Oui, par incompétence. Car on ne gère plus la pêche en 1998 comme on le pouvait faire en 1948, avant le remembrement, le machinisme agricole, l’urbanisation , le développement industriel, avant l’Europe. Non, ils ne l’ont pas fait.

      Alors, devant cet abandon, devant cette destruction programmée, il fallait une réaction. Et certains d’entre nous, en fait un grand nombre, se recrutant principalement chez les opposants, se sont empressés d’embrasser cette nouvelle religion : le no-kill. Mais oublièrent que le mot religion signifie "qui relie".

      Relier deux mondes, deux conceptions, deux rives, deux ceci ou cela. En tous cas, des entités forcément antagonistes ou antinomiques. En d’autres termes, une fois de plus, on a mis la charrue avant les boeufs, faute d’analyse suffisante. Et ignoré que la pêche prédation destinée à la consommation était devenue une consommation, avisée ou non, de la prédation tout azimuth, au nom de la sacro-sainte économie. Et puis, osons le dire, cela arrangeait bigrement les affaires de quelques génies précurseurs du tourisme-pêche. Il est très rentable d’investir dans des poissons de qualité reconnue ( poids, combativité, renommée etc) quand on sait pertinemment que leurs multiples captures n’entraîneront aucune perte dans le stock .

      Un investissement rentable, autant pour l’affairiste que pour Mr Kodak. Et puis, le poisson devenu méfiant sera plus difficile à leurrer. Alors, avec une campagne de presse-vidéo savamment orchestrée, et la complicité involontaire ( ?) de quelques grands noms, la pêche devient un mythe. Et les mythes sont éternels, c’est bien connu depuis Freud. Du moins, autant que l’ingénuité ( notez l’élégance du terme) des apprentis ceci ou cela... Bref, de ceux qui ont quelques deniers à dépenser au prétexte d’émotions fortes. Que ne se hasardent-ils à franchir le Horn. Là, au moins les émotions sont garanties, vous pouvez m’en croire.

      Alors, le no-kill , nouveau credo, est devenu une absurdité comparable à la prédation tout azimuth dont se targuent certains sportifs de haute volée, à défaut de facture. Imposer le no-kill est une hérésie. La pêche, même si sa finalité actuelle est un loisir, donc une consommation, reste avant tout, par sa pratique, une prédation équivalente à celle du jardinier cueillant la salade qu’il a semé.

      Aurions-nous le courage, écologiste ou non, végétarien ou pas, gestionnaire ou ignare, d’enguirlander ce brave homme au prétexte qu’il vient de détruire une entité, la salade, aussi vivante que l’est une truite ou une carpe avant sa capture ? Non, n’est-ce pas ! Alors, ce qui est valable dans un cas, pourquoi ne le serait-il pas dans l’autre ? J’ai écrit, il y a quelques années, un article qui avait fait un certain bruit dans la très nébuleuse confrérie des carpistes. J’avais osé écrire, crime de lèse-majesté, que je conservais, une fois ou deux par an, le résultat de mes sorties de pêche. Et que je me sentirais déshonoré, tout franc parlé, d’acheter une carpe ou un sandre chez un quelconque poissonnier, alors qu’il me suffit de choisir une canne, la technique appropriée à la saison, et d’aller sur les bords de Saône cueillir ce dont j’avais besoin. Je l’ai déclaré sur les ondes hertziennes, je l’ai écrit noir sur blanc, et aujourd’hui, je réitère ce que certains appelleront forfaiture. Tant qu’à faire !

      La pêche, si elle est loisir, se doit être loisir intelligent. Et joindre l’utile à l’agréable me paraît faire preuve d’une certaine intelligence. D’autant que sur certains secteurs, remettre une prise à l’eau est un non-sens écologique. L’exemple le plus frappant est celui du poisson-chat, que la législation interdit d’ailleurs de remettre à l’eau ou de transporter vivant. J’ai vu, de mes yeux vu , en Bourgogne, certains apôtres du no-kill remettre à l’eau des matous, mais après leurs avoir coupé les picots. D’autres les utiliser comme vifs à silure. Je peux vous l’assurer : ils se souviennent de mon intervention. On peut aussi voir, du côté de Mâcon, des pêcheurs, jeter sur le talus des silurots de cinquante centimètres, au prétexte que "on n’a pas besoin de cette saloperie ici ".

      Autre exemple : celui des carpistes. On me dit que pour être un grand ( c’est quoi, ça ?) , il faut prendre délicatement la carpe, la coucher sur un matelas de réception, lui chanter une romance pendant qu’on enlève l’hameçon, la mettre dans un sac noir pour la laisser récupérer, puis la photographier ( si possible en cinquante exemplaires ou plans différents, ce qui permet l’accumulation express d’albums ) avant de la relâcher. Mais a-t-on seulement pensé à lui demander si le stress subi ne lui sera pas fatal ensuite ? Le matelas de dépose, moi, je veux bien. Mais alors, pourquoi ne pas aller au bout de la logique, ou du ridicule ?

      A quand les massages de remise en forme pour ce malheureux adversaire ? Ou les visites chez le psy ? l’électrocardiogramme et la prise de tension ? Prendre toutes ces précautions, qui vont jusqu’à désinfecter d’éventuelles plaies, n’est-ce pas ridicule ? Pour moi, oui, sans conteste possible ! Quand je me bagarre avec une carpe (plus de six mille prises à l’heure actuelle, ce qui laisse quand même loin derrière tous les mannequins qu’on peut admirer sur certaines cassettes vidéo) , quand elle se décroche en cours de lutte, ou qu’elle casse ma ligne, dois-je culpabiliser ? NON ! non, et non. La bête a défendu sa peau, elle a gagné le match. Dans ce cas, tant mieux pour elle, et tant pis pour ma g.. C’est ça, la loi du sport, ou sa glorieuse incertitude, comme on dit pour faire chic. Mais on dit tellement de conneries...

      Vous me rétorquerez que la prise, ô pardon mon ex-prise, s’en est repartie fortement traumatisée. Et moi alors ? Dans cette affaire, le dindon, le cocu, c’est bien moi, non ? Bizarrement, aucun de ces m’as-tu-vu n’a encore jamais prôné de pêcher avec des hameçons sans ardillon, pour moins blesser son adversaire, de minimiser le diamètre du nylon, et augmenter ses chances de remporter le match. Non, aucun. Et pourtant, dans les salons, dans les enduros, faut-il les entendre pérorer à l’infini sur la composition microgrammique des bouillettes, sur leur respect absolu du no-kill, sur ce moulinet à X roulements à billes de chez Yamamoto qui.... C’est la loi du " fais ce que je te dis, et surtout pas ce que je fais".

      Pourquoi oublient-ils donc que leurs bouillettes ne sont que chimie pure, pas du tout naturelles ; pourquoi sont-ils incapables de pêcher ailleurs que sur des coups suramorcés, avec une quincaillerie souvent aussi coûteuse que douteuse, et soit-disant entre gens de bonne compagnie ? De bonne compagnie ? Allons donc ! il suffit de passer derrière un safari-carpe pour se rendre compte que le respect de la nature n’est pas leur souci premier. D’ouïr certains spécialistes de la haute-cuisine vous vanter les vertus du protoxylase de bi-magnésium lyophilisé pour se demander si la raison... Et puis, je voudrais quand même bien savoir qui approvisionne, en bestiaux soit-disant record , tous ces étangs privés où le droit de pêche journalier équivaut au salaire hebdomadaire d’un smicard ?

      En tous cas, ils n’arrivent pas tout seuls dans ces bassins, à des centaines de km de leur point de capture. En somme, d’accord pour le no-kill, mais à condition qu’il soit lucratif ! Et ce qui est valable pour la carpe l’est tout autant pour le silure. Tous honnêtes, tous intègres, les grands sportifs, les chantres de la débrouille ? Je vous laisse encore juge de la réponse.

      J’habite en Bourgogne. Je le reconnais , je suis un veinard. Mais je n’ai pas choisi de naître là plutôt qu’ailleurs. A quelque trente kilomètres de chez moi, il y a la Seine et ses truites sauvages ( oui, il y en a encore) , la Saône et ses silures mythiques ( bon, puisque j’en suis aux révélations, je vous dirai qu’il y a aussi les plus gros amours qu’on puisse trouver hors de leur bassin d’origine, et une densité de black-bass à faire pâlir les ricains ), la Loire et ses sandres aussi fantasques que le capricieux débit du fleuve. Plus la Seille, l’Ignon, la Bèze et ses truites mythiques, les étangs ou lacs du Morvan. Bref de quoi s’occuper les phalanges. Et donc beaucoup de pêcheurs. Dont certains ne font que çà : approvisionner qui les détaillants en vifs, qui les restaurants en friture ou sandres ( maillant ou non) , qui les aquariums ou les zoos en silures, qui les bassins d’exploitation ( un site, fédéral ou non, destiné à la pêche trébuchante est un bassin d’exploitation à gogos, ne l’oublions pas).

      Qui ignore l’identité de ce pseudo-guide de pêche qui vend ses captures au kilo, comme un vulgaire poissonnier ? Mais à un tarif disons majoré . Trafic en direction de la Bretagne ou de l’Allemagne.. Et c’est ce genre de gars, aussi auréolés soient-ils , qu’il nous faut écouter comme si Dieu lui-même s’adressait à nous ? Allons, soyons sérieux. Je sais que le ridicule ne tue pas, mais tout de même.. Et en mer, ou dans les zones côtières, c’est pire. Je ne vous rappellerai que l’affaire des civelles. Explicite, non ? Et l’exemple n’est pas unique, hélas !

      Aussi, si vous avez eu le courage de me lire jusqu’ici, et que vous vous posiez la question de savoir si le fait de conserver une capture est moral ou non, selon les critères actuels, je vous réponds : oui . Et je défie quiconque, y compris les prophètes de la nouvelle religion, de me prouver le contraire. Je dis bien : de me prouver. Et non de me convaincre. Puisque, vous ne l’ignorez plus, j’ai eu l’occasion de batailler contre le chantre de cette éthique moderne. Et de lui dire, d’abord entre quatre yeux, puis en public, ce que je pensais de ses instructions. La liberté, personne n’a pouvoir de l’imposer, elle s’impose elle-même.

      Tout excès nuit, ais-je déclaré plus avant. Aussi, à l’inverse, il est bien évident que parader devant un appareil photo ou une caméra avec pour motif central un tableau impressionnant de X captures est en soi une réelle imbécillité. Les raisons, vous les connaissez maintenant. Le droit de prélèvement, normal en soi, ne doit être que proportionnel aux besoins vitaux.

      L’orgueil, la fatuité ne sont pas des besoins vitaux. Les civelles ou les saumoneaux non plus. Du moins, pas que je sache ! Mais j’ai sans doute encore à apprendre, c’est juste ! Le paradeur étant en lui-même une imbécillité vivante, rien que de très normal si sa personnalité déteigne sur son comportement. Exact ! en révélant cela, je ne me ferai guère de nouveaux amis. Mais là n’était pas mon but.

      Je l’ai déjà dit, nombre d’entre vous me font l’honneur de me considérer comme un vieil anar, ce que je prends comme un compliment, car l’anarchie est le refus absolu de toute contrainte qui ne soit consentie librement. Alors, à moi de mériter leur confiance et leur jugement. Avec cette restriction permanente à l’esprit : Marchand n’est pas L.., ou X , et pas plus le Messie. D’autres, sans doute amoureux d’académisme , me qualifieront de pauvre con. Sans doute ! Après tout, il y eut un bien un ministre ( très ) célèbre pour m’attifer de ce surnom M. Vitriol . Alors, un peu plus, un peu moins. On ne prête qu’aux riches, paraît-il !

      A une prochaine, si tant est qu’il y en ait une . L’avenir est au hasard, et le hasard souvent capricieux. Alors, qui sait ? Ne regrettez rien, pour que ce vitriol vous paraisse revivifiant, il faut qu’il soit rare. A dose homéopathique, en somme.

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