Quel devenir pour la pêche traditionnelle (Part 1)


    juillet 2002 par René Marchand

      A l’usage, on ne s’en rend pas forcément compte : la pêche traditionnelle, dite associative, vit une lente mutation. Mutation non encore achevée, et que je qualifie d’agonie, même s’il m’en coûte. Le sujet du jour est donc de savoir ce qu’elle laissera derrière elle : il en va de notre avenir de pêcheur (nous reste-t-il un avenir ?). Et à moyen terme, de la pêche elle-même. Ni plus ni moins....

      On ne cesse de le seriner : nous sommes de moins en moins nombreux à fréquenter les rives de nos cours ou plans d’eau. Avantages spécieux : l’espace praticable des restants croît dans des proportions intéressantes, et conséquemment le nombre des prises. Mais apparence et logique sont trompeuses.

      Certes, les jours d’ouverture truite, le badaud peut admirer à loisir la fine fleur, que dis-je le gratin, l’élite, le nec plus ultra, - osons les superlatifs - de la gent halieutique, serrée en bancs d’oignon le long des première catégorie. Il pourrait à bon droit se dire que.... C’est lui prêter là un jugement de Salomon. Car si le bougre connaît tant soit peu, il saura que c’est là mascarade, où chacun de ces oignons, au prétexte qu’il a casqué sa carte, doit : imposer son m’as-tu bien vu, tant dans son accoutrement que son comportement la rentabiliser dans le minimum de temps. Autrement dit, dès le premier jour de pêche autorisée.

      Pas question de mégoter : ce qui est fait n’est plus à faire, et le pris plus à prendre. C’est pourquoi j’ai bien écrit rentabiliser, et non justifier. Explication : un kg de truite industrielle, vendu en grande surface, coûte environ trente francs. Or, la délivrance du permis de pêche ne s’obtient, lui, que contre un chèque de quatre cent cinquante francs fr. environ. Pour annuler ce débours, non compte tenu des annexes (matos, apparat, appâts ou leurres), pour ne pas passer pour un con (un maladroit, pour être plus en phase), il faut capturer au moins quinze kilos de ces mêmes poissons, et pouvoir enfin fièrement dire : "çà ne me coûte pas plus cher qu’au supermarché voisin". Exact ! vu que les pisciculteurs ne font eux, aucune différence entre la grande enseigne voisine et une AAPPMA qu’ils approvisionnent. Une facture reste une facture, et dès lors qu’elle est honorée, aucun scrupule à avoir.... Idem pour les tarifs.

      Les dirigeants de nos AAPPMA n’en font pas plus, au prétexte que les adhérents en demandent, et doivent donc en avoir. De quoi, et pourquoi ? çà ! certains, honnêtes, répondent "pour leur argent !". Les autres, sans doute (c’est-à-dire sans le moindre doute possible) plus irresponsables, diront : "du plaisir". Les faux-jetons ! Simple remarque, en passant : le pêcheur ne parle jamais d’amortir le coût de son matériel, en somme de ses outils, mais toujours de rentabiliser son permis. Moi, entre une carte à quatre cent cinquante francs et une canne à deux mille balles, je penserais d’abord à amortir le matériel, avant même d’oser parler rentabilité.... si tant est qu’il y en ait une.

      Faux-jetons, disais-je plus avant. Oui, car la lente agonie (comment appeler autrement cette lente glissade qui voit les effectifs s’amenuiser au fil d’une eau de plus en plus rare ?) de la pêche associative relevée actuellement n’a pas commencé en 1998.

      Elle trouve ses origines il y a près d’un demi-siècle déjà. Grosso modo avec l’apparition de la carte pêche (1941), ou la " fin de la guerre ". Mais il est de bon ton, et plus réaliste, de mettre en avant les années 60. Avant ? c’était de la préhistoire.... et on trouve aisément les justificatifs pour se disculper : "on n’avait pas l’temps, y’avait d’autres priorités, on ne savait pas". Savait pas quoi ?

      Que le monde allait évoluer, les besoins changer, les loisirs se multiplier, et les groupes de pression se développer. Pourtant, cette société-là, qui nous environne aujourd’hui, on ne l’a pas choisie, nous, les générations d’après-guerre. Elle nous est bel et bien imposée. Et Mai 68, dont on a fêté le trentenaire, ne voulait rien exprimer d’autre que la volonté de pouvoir enfin choisir notre voie, non celle qui avait été tracée pour nous. La montée sur les barricades n’avait pas d’autre but, même si la quasi-totalité des soixante-huitards ne l’ont jamais compris. " Interdit d’interdire !", chantaient les fils à papa en lançant les pavés de Paris. Pauvres cons ! Rien qu’en énonçant cette imbécillité, ils se mettaient eux-mêmes sur la touche, hors-jeu, mais surtout sur le même rang que ceux qu’ils voulaient déboulonner. Interdit d’interdire, c’était du De Gaulle, çà, mais pas du révolutionnaire.

      Je ne suis pas amer : j’avais tout juste vingt ans, toutes mes dents, et moi j’voulais bouffer du vieux con. En somme, les virer, et place aux jeunes ! eh oui, déjà ! J’ai donc essayé, mais c’est moi qui me suis fait virer, par les vieux cons ! Alors, si j’interroge aujourd’hui ces jeunes cons, (les barricadiers) dont certains sont devenus de remarquables fossiles, suite à regrets exprimés du bon vieux temps jadis, l’excuse bateau est la suivante : " fallait bien suivre l’évolution !". Quelle évolution ? Dans certains domaines tel l’environnement, il faut faire preuve d’un esprit vraiment très large pour appeler çà évolution. Et je ne parle pas ici d’urbanisation outrancière ni de développement d’infrastructures vitales (autoroutes par exemple), mais de la France profonde, comme il est de bon ton de nommer nos campagnes. Tout ça parce que dès les années 60, avec la mise en place des grandes structures européennes, et la rentabilisation (si on est exploitant, fertilisation pour le pékin) de l’agriculture, force fut de pousser le remembrement agricole au dernier extrême. Et donc de sacrifier aux lobbies paysans qui, on le sait depuis l’aube des temps, ont toujours peur que la terre manque sous leurs pieds, et n’en ont donc jamais assez. En conséquence, ils désiraient produire plus, pour éviter, - et là, je leur donne juste quitus de cette ambition -, les famines qu’avaient connues nos anciens. En 1945, une exploitation agricole faisait vivre cinq familles, soit environ vingt personnes, enfants compris.

      De nos jours, une exploitation peut nourrir cinquante mille personnes, mais n’en fait plus vivre qu’une. Et encore, s’il y a des subventions à ceci ou cela.... Voyez les cas Corse, Bretagne. C’est éloquent, non ? Seulement, pour en arriver là, il a fallu sacrifier pas mal de choses, dont la première n’était que la fonte de leurs effectifs. Six millions de travailleurs agricoles en 1945, trois cent mille en 1998. Sans commentaires ! Bref, avec les différents plans (parce qu’avant, on faisait des plans ; aujourd’hui, on les tire sur la comète ! et on les appelle programmes. La voilà donc l’évolution !), on a donc d’abord renforcé les industries lourdes (sidérurgie, charbon, atome etc.), et poussé ensuite au maximum l’agriculture qui n’avait qu’un seul guide : le modèle yankee.

      On a tout fait pour laisser le champ libre à nos chers paysans, toujours aussi mal dans leur peau en 1998 qu’il y a cinquante ou trois cent, à l’époque des Jacques, puisque devenus tour à tour agriculteurs, exploitants (qui ? nous, les con...tribuables ? ) agricoles, techniciens agrobiologistes, et enfin, c’est leur ambition dernière, gardiens du patrimoine naturel. Rien que çà ! Patrimoine qu’ils ont pourtant bousillé sans le moindre scrupule, soit directement (prime à l’arrachage des haies, au déboisement), soit indirectement, par le biais des chambres d’agriculture (prime au développement), de la DDA, et surtout des élus craignant de se voir éjecter aux élections suivantes (eux désiraient... la prime au sortant).

      Pourtant, pour mieux asseoir leur ambition nouvelle, ils refusent la nouvelle loi d’orientation agricole qui demande un retour progressif à la production propre. Comprenne qui pourra ! Résultat : nos cours d’eau si typiques sont devenus des fossés antichars, par la grâce du dieu moderne le bulldozer, une autre saloperie yankee. Ainsi, nos fleuves se sont retrouvés dragués, endigués et canalisés : Rhin, Rhône, Seine, Loire etc. Et tout ce qu’il y avait de vivant et de vrai dans ces veines d’eau a évidemment disparu. Saumon et béton n’ont jamais fait bon ménage. Mais on s’en foutait, on avait respecté le plan. Et le saumon, dans les plans, il n’était pas invité. Quand au reste, "après nous, le déluge !". Et fatalement, il est arrivé : inondations répétitives, assèchement des nappes phréatiques, pollutions en tous genres, et appauvrissement biologique des cours d’eau.

      Et tout çà parce qu’on ne savait pas ? Non, en fait, on a sciemment ignoré que la faune piscicole avait besoin de conditions idoines pour s’épanouir. Principaux coupables : EDF, agriculture. Et, à un degré moindre, l’industrie qui n’aurait pu se développer sans électricité.... Et je ne parlerai pas des agences de l’eau, mises en place dans les années 60. Quelle est donc leur ambition actuelle ? Dépolluer ? oui, certes, mais un chouia ! Point trop, sinon c’est le chômage assuré ! Le plus intéressant, le plus valorisant aux yeux de ceux qui détiennent le pouvoir, c’est construire des retenues, au motif de soutien d’étiage, de réserves d’irrigation, de rétention de crues, de ceci ou cela.... Mais jamais de rendre aux rivières leur entité propre, et pour cause. Oh certes ! ici ou là, on met en avant quelques réalisations spectaculaires. C’est de la frime, pas un véritable projet ni réelle ambition de remise en état du chevelu hydrographique et hydrobiologique. Donc, quasiment plus de rivières, et dans ce qui en restait, plus de poissons ! il y eut là motif à bien des désertions. Elles se firent sentir. Et c’est si vrai que s’il y avait cinq millions de pratiquants en 60, il en reste moins de deux millions à l’aube de l’an 2000.

      Certes, l’agriculture et ses aberrations connexes ne sont pas les seules responsables de cette dégringolade de nos effectifs. Il nous faut aussi : y ajouter la banalisation de l’automobile qui permet de se déplacer en une demie journée à l’autre bout de la France. tenir compte de besoins annexes, pudiquement nommés loisirs, et qui n’obéissent qu’à cette seule motivation : fric. Enfin, aspect rarement avancé, ajouter que le poisson n’est plus une source essentielle d’appoint alimentaire. La preuve ? Demandez donc à votre épouse de vider une perche ou un poisson-chat, et vous allez voir sa réaction.... alors que nos mères et grand-mères étaient heureuses de le faire, au prétexte de varier les menus. Et cerise sur le gâteau, ne coûtait quasiment rien, si le pêcheur était habile et avait les yeux en face des trous pour surveiller sa ligne. Aujourd’hui, une truite s’achète éviscérée, congelée, ou en pavés poivrés chez Findus. À telle enseigne que nos gosses ne savent même plus qu’un poisson était un être vivant, avant de débarquer dans leur assiette.

      Aujourd’hui, nous sommes donc un peu moins de deux millions à acquitter nos taxes piscicoles. Notez l’honnêteté intellectuelle : il est bien dit taxes piscicoles. Autrement dit, impôt.... Que vous le vouliez ou non, c’est ainsi ! Et c’est si vrai qu’en cas de défaillance d’un dépositaire, les AAPPMA sont considérées comme créancier privilégié, au même titre que l’État ou la Sécu. Elles sont donc bien assimilées à des collecteurs d’impôts. Les effectifs pêcheurs auraient baissé de soixante pour cent, en moins de deux générations. C’est beaucoup ! Trop, même ! (à titre de comparaison, durant la même période, les effectifs agricoles ont chuté, eux, de.... quatre vingt quinze pour cent et ce n’est pas fini, avec la nouvelle PAC).

      Ces deux millions de pêcheurs, ce n’est pas rien. Ils intéressent tout à la fois les fabricants d’articles de pêche, ce qui est logique et normal. Mais aussi les politiques, surtout au moment des élections, ce qui leur permet d’avancer des excuses aussi éculées que leurs promesses (électeurs partis à la pêche). Mais encore les autorités territoriales, qui, au prétexte que sur leur territoire de compétence (faut les voir, ces compétences !) coulent différents cours d’eau (patrimoine commun de la Nation, article 1 de la loi de 1992), aimeraient attirer le maximum de ces quidams chez eux, au prétexte de développement touristique, de tourisme vert, de redéploiement rural, de diversification d’activité, de développement durable, que sais-je encore. Bref, le grand Larousse ou le petit Robert sont de sortie, et on (qui ? mais vous, pardi !) paye des gougnafiers pour dénicher ces emphases que nos intègres (sic !) élus s’empressent de reprendre et de mettre en avant.

      Vu qu’en politique, ce ne sont pas les idées qui comptent, mais la façon de les dire, de les présenter, et donc de les faire avaler.

      Bizarre, cette attitude qui consiste à fustiger les pêcheurs pour justifier l’abstentionnisme électoral ; et leur dire ensuite : "petits, petits, on vous aime bien. Alors, venez chez moi dépenser vot’pognon.". Les faux-culs ! Ainsi, restons clairs ! vous, pêcheurs, vous intéressez énormément de monde : les agriculteurs, à qui vous commencez à courir sur les chausses, devinez pourquoi. Les élus, qui voient désormais dans l’activité hydraulique (et a fortiori halieutique), un moyen souvent (peu) déguisé d’arrondir des fins de mois difficiles. Ne me dîtes pas : c’est faux ! Au cours des cinq dernières années, deux cent quatre vingt cinq élus (députés, maires, députés-maire, sénateurs, conseillers généraux, ministres) ont été mis en examen ou emprisonnés pour différents délits liés à l’eau : de fuite (mais pas de robinet), d’initiés, de corruption, d’abus de bien sociaux, d’appropriation abusive, de faux divers, etc. J’en passe et des meilleures. Vous l’aurez noté : tous ces braves gens dirigent des collectivités locales. Qui, elles, souhaitent que vous veniez dépenser chez elles le contenu de votre escarcelle.

      En résumé, tout ce potentiel, car vous représentez un potentiel, demande des études, des statistiques pour mieux cibler vos besoins, et donc les offres à venir. Et alors, tout esbaudi, on apprend que de 2 millions, nos effectifs sont en réalité supérieurs à cinq millions. Autrement dit, en quarante ans, nos effectifs n’ont pas varié d’un poil. Conséquence : les chiffres officiels avancés sont faux, erronés et mensongers. Excusez du peu !

      Alors, moi Marchand, me souvenant de mes études passées, je pose le problème suivant : si des cinq, j’enlève deux, reste trois. Donc trois millions (oublions les broutilles) de pêcheurs non comptabilisés parce que ne payant pas de taxes piscicoles, et qui sont donc ignorés. Logique, non ? Ces gens-là, ils pêcheraient donc gratos, à l’oeil, dans la plus parfaite illégalité (puisque pour pêcher, il faut théoriquement et obligatoirement adhérer à une AAPPMA ) ? Non, m’est-il répondu quand je leur pose la question. Le contraire eut été surprenant, avouez-le ! " Non, car moi, je paye une cotisation à mon Comité d’Entreprise, vingt francs parr an ! Moi, je pêche dans un étang privé, et ça me coûte deux cent, trois cent francs par. L’avantage, c’est que moi, Monsieur (merci pour cette majuscule !), je n’ai pas les contraintes que vous, pauvres...., avec tout votre fatras de réglementations anachroniques.

      Je prends de la truite en janvier, moi ; et aussi du brochet en mars ! je tends vingt lignes si ça me plaît, et même la nuit s’il me chante. Il y a toujours du poisson là où je pêche. Pouvez en dire autant, vous, avec votre grande g..., et vos principes à la con ? . Et un, deux, trois zéro ! Balle au centre ! La solution-miracle, à les ouïr, ils l’ont trouvée. Pourquoi s’acquitter de taxes élevées pour ne rien prendre alors qu’il suffit d’appartenir à une entreprise quelconque qui, pour la bonne santé psychologique (jamais physiologique ?) de ses employés, a décidé l’achat d’un plan d’eau clos, par l’intermédiaire de son CE ? Oui, pourquoi se priver de cette possibilité ? Puisque le conjoint bénéficie évidemment des mêmes avantages, ainsi que les enfants ! Et très souvent le beau-frère, la cousine de l’oncle Adolphe, et même le petit dernier de la promotion paroissiale, pour peu que l’on se fasse inviter. Mine de rien, si vous multipliez un nombre même modeste de lâcheurs par celui des plans d’eau, et je ne parle que des recensés, ça fait du monde.

      Il existe des départements qui ont ainsi des centaines, voire des milliers de plans d’eau (dix mille, rien qu’en Dordogne). Et quand bien même le dit plan d’eau ne recevrait la visite que de son seul propriétaire légal, ça fait du monde là encore. Mais vous le savez bien : certains de ces propriétaires n’hésitent guère à proposer des actions annuelles, histoire de payer leurs impôts locaux, sans doute ! Pour un franc. par jour, environ trois cent cinquante francs. par an, l’affaire est rentable. Et, avouons-le, tout autant pour le locataire, car il est vrai qu’il n’est plus soumis à aucune contrainte légale en cours sur les eaux libres. J’en connais même qui avancent cet argument : "Notez la situation de mon plan d’eau. Chaque année, avec les crues de la rivière, le rempoissonnement est automatique. Il ne vous coûte rien, puisque ce sont vos p’tits copains de l’AAPPMA qui payent l’alevinage". Et qu’on ne vienne pas me dire : c’est faux.... on m’en a proposé un de plus d’un ha., récemment, à deux cent mètres des bords de Saône, pour deux mille cinq cent francs de loyer annuel. À charge pour moi de récupérer mon obole par des actions annuelles, des sous-locations etc. Mais aussi de payer l’impôt foncier ! Riche idée qu’eurent donc les créateurs de gravière, dans les années 60, pour rentabiliser ces pustules ne servant plus à alimenter les bétonnières. Nos banlieues et clapiers modernes étaient déjà construits. Merci Le Corbusier !

      L’affaire est globalement si rentable, économiquement parlant, que désormais nos fédérations, nos chères fédés, n’hésitent plus, elles aussi, à s’engouffrer dans la brèche, et acheter de tels sites. Qu’elles remettent plus ou moins en état, qu’elles empoissonnent, puis qu’elles ouvrent à la pêche, moyennant nouvelle rétribution : journalière, hebdomadaire ou annuelle. Le plus dégueulasse, parce que c’est réellement dégueulasse, c’est qu’elles font ces achats avec l’argent, ou la quote-part, de nos cotisations forcées, les fameuses taxes piscicoles. En somme, et là je mets quiconque au défi de prouver le contraire, nous payons deux fois : une pour acheter, une autre pour pêcher.

      La taxation pour pisser n’existe pas encore, mais gageons que certains élus y songent déjà.... En somme, la pêche associative n’existe plus que pour faire du fric. À défaut de l’admettre, on peut le comprendre, du moins pour une fédé. Mais une AAPPMA, régie par la loi de 1901 (association à vocation non lucrative), c’est un défi au bon sens, et un beau pied de nez à ces.... qui payent une cotisation forcée. Dont votre serviteur ! Notez-le : nos fédés sont victimes de cet état de fait. Puisqu’un projet de loi pas très ancien prévoyait de faire payer la taxe piscicole de base à tout pêcheur, qu’il opère en secteur domanial ou non, privé ou non, libre ou clos. Mais nos chers sénateurs, qui ont décidément plus de surcharge pondérale que morale, à commencer par leur ex-président (puisqu’à l’heure ou j’écris ces lignes, il vient de perdre sa présidence), ont voté contre ce projet de loi, et ont tant fait qu’il est aujourd’hui dans les oubliettes. Dame, mais c’est que nos chers (pas qu’un peu !) ventripotents en ont des sablières, des gravières, des étangs, des lacs, des forêts, et donc des amis qu’on ne va tout de même pas faire payer comme un vulgaire manant !

      Et puis, nos fédés, parce qu’elles sont souvent dirigées comme au début du siècle, c’est-à-dire par des gens dévoués, mais pas toujours futés intellectuellement, n’ont rien compris au formidable outil qu’était la loi sur l’eau de 1992. Cette loi leur donnait quasiment les pleins pouvoirs pour surveiller, contrôler et gérer les sites aquatiques, pour le bien commun de la nation. Elle leur donnait pouvoir d’attaquer, de contrer, et de faire reculer les empêcheurs de pêcher en paix. Mais elles ne l’ont pas fait, faute de connaissances juridiques et plus souvent de compétence. Faute aussi d’hommes à poigne qui ne s’en laisseraient pas compter. Il nous fallait des tignous, des crevures, c’est-à-dire des acharnés. Et on n’a eu (rappel indispensable : c’est quand même nous qui les avons élus) que des gens sérieux, mais totalement débordés. Ils se sont laissés noyer sans rien dire. Et ont toléré, par laxisme, par peur du barouf , des pratiques délétères qui se sont très vite généralisées. Et comme l’affirme le dicton, "qui ne dit rien consent".

      À leur décharge, la gestion des AAPPMA est bénévole, alors qu’en face, on a affaire à des pros. Alors, aujourd’hui, la gestion de l’eau confiée aux AAPPMA et à leurs fédés l’est, sur le terrain, par des magouilleurs de tous poils, type loueurs de canoë, de VTT aquatique, d’hydrospeed, de véliplanchisme et maintenant - c’est nouveau, sorti il y a à peine trois mois en France - d’aéroglisseur. Ces gens prétendent, à raison car soutenus par des élus véreux ou vérolés, que le droit d’usage prévaut. Et l’usage toléré, souvent imposé, fait force de loi.

      Allez faire un tour sur l’Ain, la Sioule, l’Ardèche, la Dordogne ou le Gave de Pau, et vous verrez si j’affabule. Remarquez au passage que les rivières 1ère catégorie piscicole, les plus vives, les plus propres, les plus riches, sont aussi les plus prisées, les plus fréquentées aussi. Et donc les plus saccagées et polluées. Combien de gravières nouvelles sont creusées, chaque année, en bordure des rivières vives ? Des centaines, malgré les lois sur l’environnement, malgré les décrets ministériels, malgré.... On le sait, parce qu’on le constate : une loi n’est vraiment une bonne loi que si elle offre les moyens d’être détournée. Je vous laisse deviner au profit de qui. Jamais à celui des rivières, ou des truites, en tous cas. Pire !

      En seconde catégorie, sur les cours d’eau domaniaux, type canaux ou rivières navigables, confiées à la gestion de VNF, plus aucun travail d’entretien n’est maintenant effectué. Exemple : il faut, il me faut emporter un coupe-coupe pour préparer un poste sur les berges du canal de Bourgogne. Quand je puis y arriver, vu que les chemins ne sont pas plus entretenus, et donc inaccessibles, même à pied.... sauf si vous promenez devant vous une débroussailleuse ! ! Plus généralement, les chemins de halage ne sont pas plus accessibles qu’ils ne l’étaient il y a un demi-siècle. Pourtant, les conditions d’exercice ont changé : voiture quasi obligatoire, matériel varié mais encombrant, trafic essentiellement tourné vers le tourisme fluvial, abandon des attelages, automatisation des services, etc.

      La libre circulation sur les chemins de halage se justifierait donc, entendu à vitesse réduite, sans causer de dégâts aux structures en place, sous conditions, il va de soi. Mais non ! intransigeance imbécile de VNF qui, malgré sa défection, n’oublie jamais de relever le tarif des baux de location, ni de faire payer des services (le libre accès, et les conditions d’exercice) qu’elle est cependant incapable de fournir. Soit par réelle incompétence, soit par laxisme de ses cadres : "fonctionnaire, on attend sagement la retraite, sans faire de vagues, autrement dit sans prendre d’initiatives. Les ministres passent, mais la paye tombe !" Et surtout sans respect du contrat passé avec les AAPPMA. Preuve en est : sa base se mobilise contre cet abandon de notion du service public, car VNF est un service public, dois-je le rappeler. Et ce qui est valable pour VNF l’est plus encore pour EDF, 1er pollueur d’Europe.

      Là, le cynisme prévaut avec le non-respect du module réservé ; où les relâchés d’eau impromptus, en période touristique, à la grande satisfaction des magouilleurs hydrophages. Les canoéistes apprécient, c’est juste ! mais un peu moins les malheureux bloqués au milieu d’un torrent : souvenez-vous du Drac ! Mais aucun relâché, en cas de sécheresse, au moment du frai, ou parce que la situation le nécessite. Le soutien d’étiage, elle ne connaît pas, cette EDF qui nous doit plus que la lumière. Et là, elle a raison : EDF nous doit plus que la lumière !

      Vous ne voyez pas où je veux en venir ? Mais si, vous savez, la fameuse surtaxe prévue pour le financement de l’ex-liaison fluviale Rhin-Rhône. Taxe qu’elle continue d’empocher, malgré l’abandon de cette aberration. Pas de relâchés d’eau...., sauf si évidemment un quelconque président de CG, un sénateur ou un député le demandait, quand ce n’est une poignée d’excités paysans. Tiens, puisque nous parlons fric et EDF, savez-vous combien elle verse à I’Union Nationale en guise de dédommagement pour l’utilisation des cours d’eau, sur l’ensemble du territoire ? trois millions huit (valeur 1997), un franc quatre vingt par pêcheur cotisant et par an. Autrement dit rien ! Ce pognon indûment perçu, il ne serait pas plus utile, chez VNF ?

      - ...la suite de cet article


      (1) Le barrage de Maisons Rouges n’existe plus depuis quelques jours, et le préfet d’Indre et Loire vient d’annuler les arrêtés préfectoraux interdisant l’accès aux rives de la Vienne ( 11 septembre 98 ). Par ailleurs, le barrage de Saint Étienne du Vigan a été dynamité le 24 juin dernier.

      (2) Malgré de réelles avancées ces dernières semaines, tels les cas de la Lavalette et de la Chapelette. Un accord quinquapartite vient d’être signé. Les débits relâchés seront augmentés. Mais il en coûtera 14 millions d’indemnisations versées à EDF. L’accord est signé pour une période allant jusqu’en 2029, date de la fin concession EDF.

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