La mouche exacte


    décembre 2001 par Christophe Bouet

      C’est en écoutant une conversation de moucheurs, lors d’un salon, que l’envie m’est venue de vous entretenir d’un sujet qui me tiens particulièrement à cœur. Car à toujours vouloir imiter au mieux un insecte, à rechercher la perfection dans le montage ou à monter une artificielle plus vraie que nature, de nombreux moucheurs perfectionnistes en ont oublié l’essentiel : une bonne imitation ne se juge pas dans une boîte à mouche mais bel et bien en action sur l’eau !

      Le débat entre les partisans de la mouche exacte et les adeptes de la formule la façon de donner vaut mieux que ce que l’on donne ne date pas d’hier. Cependant, chacun s’accorde en affirmant que la nature est d’une complexité accablante et qu’il est bien difficile de vouloir la copier. Mais les artistes du montage de mouche qui nous concoctent parfois des modèles éclatants de vérité, de véritables œuvres d’arts se sont-ils posées les questions qui conviennent ?

      Une truite, ou tout autre poisson gobeur d’ailleurs, peut-elle voir de la même manière que nous une splendide éphémère, merveille de complexité, posée sur la surface de l’eau ? Assurément, non ! Loi physique oblige, la capillarité et la tension superficielle en ont décidées autrement. En effet, un insecte posé sur l’eau se trouve soumis à la tension de surface et se voit très nettement déformé à la vue de nos chères compagnes de jeu. Par curiosité, essayez de déposer une artificielle, ou mieux un insecte naturel, à la surface de l’eau contenue dans un aquarium et regardez par-dessous : Vous allez être surpris du résultat !

      Seuls les points de contact, en général les pattes de l’insecte, avec la surface sont visibles et ces derniers masquent tout le reste du corps. La déformation de surface est si importante que les parties de l’insecte qui ne touchent pas l’eau n’apparaissent que sous la forme d’un vague halo sombre : l’insecte naturel est alors totalement méconnaissable !

      Cette façon de percevoir la mouche telle qu’elle se présente à la vue des poissons gobeurs bouscule donc pas mal de certitude et je l’avoue, peut causer quelques soucis aux partisans de la mouche exacte. Ainsi, et aux vues de mes constatations, il s’avère que la vérité se retrouve plus dans la manière de flotter d’une artificielle que dans les détails de son corps ou de ses ailes. Prenons l’exemple d’un palmer, mouche ne ressemblant vraiment à rien d’existant, et poser le dans votre aquarium au même endroit que l’insecte que vous aviez disposé auparavant. Vous allez vous rendre compte par vous-même que ce petit morceau de plume va devenir curieusement la mouche la plus exacte de toutes ... vue par le dessous.

      On l’aura compris, la question de la mouche exacte ne semble pas être celle qui convient. Car cette notion d’exactitude doit être validée par la truite, seule juge de la réussite du piège. Le concept de justesse n’a finalement que peu de chance d’avoir la même signification pour nous que pour le poisson. Mais, comme on le dit fréquemment, ceci est une autre histoire que je me propose de développer avec vous une prochaine fois ...

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