Pollution du Guiers


    septembre 2001 par Richard Guidetty

      Vous connaissez sans doute le Guiers, superbe rivière à truites et ombres coulant à la limite de l’Isère et de la Savoie. Et bien, n’y venez pas en vacances cet été ! Le Guiers vient à nouveau de subir une grave pollution.

      Le jeudi 12 juillet 2001, un peu avant dix sept heures trente, la papeterie Matussière & Forest située au bord du Guiers Mort à Entre deux Guiers, a déversé par erreur (comme toujours), un produit de la famille des phénols (un détergent pour mouiller la pâte à papier) en quantité suffisamment importante pour produire des effets catastrophiques sur tout le cours aval du Guiers. C’est l’usine qui a prévenu les autorités de l’Isère (pompiers, DRIRE, gendarmerie) qui sont intervenus pour constater les faits à vingt heures. Le CSP lui n’a été alerté qu’à vingt heures trente par un pêcheur ... Le garde venant de Savoie était sur place à vingt et une heures trente pour effectuer les constatations d’usage et un comptage de la mortalité, jusqu’après deux heures trente du matin puis à nouveau à partir de six heures jusqu’en milieu d’après-midi...

      Revenons au jeudi soir : la papeterie a arrêté la production de pâte à papier seulement à vingt trois heures malgrés la présence sur place d’autorités garantes théoriquement de la santé publique et de la préservation des milieux naturels.

      Dés le début de la pollution, le Guiers s’est couvert de vingt centimètres de mousse blanche à ne pas confondre avec celle d’un bain moussant car irritante pour la peau et les yeux des mammifères que nous sommes ; pour la faune aquatique les effets furent beaucoup plus graves, le produit déversé ayant la triste faculté de se fixer sur les branchies des poissons et des invertébrés et d’entraîner leur mort par asphyxie. Le bilan est éloquent : sur les dix kilomètres en aval, jusqu’à la confluence avec l’Ainon, la mortalité est de cent pour cent, pour les poissons petits et gros comme pour la micro-faune : il ne reste ni truite, ni ombre, ni chabot, ni vairon, plus la moindre bestiole, larve, nymphe, ...

      Sur les dix kilomètres suivant, entre l’Ainon et l’apport d’eau propre suivant, le Thiers, la mortalité est encore de cinquante pour cent ... pas mal quand même !

      Les dix derniers kilomètres, jusqu’à ce que le Guiers se jette dans le Rhône, vingt pour cent des poissons étaient morts le lendemain de la pollution.

      Trente kilomètres d’une rivière magnifique et très productive (vingt et un kilos de poissons crevés ramassés sur soixante dix mètres sur le secteur amont) ont étés massacrés ; le préjudice est considérable car pour que des poissons se ré-implantent, il faudra d’abord que la micro-faune se reconstitue. Cela sera d’autant plus difficile que le produit incriminé est un produit lourd, qui s’est donc déposé sur le fond et qui est, d’après sa notice technique, "susceptible d’entraîner des effets à long terme sur le milieu aquatique" ; en clair, les larves vivant sur le fond de la rivière, ne sont pas prêtes de revenir ; de même, ce poison reste fixé sur les ouïes des poissons ; les survivants sont donc à la merci du prochain brassage du fond par un coup d’eau, brassage qui enverra un peu plus de produit se fixer sur leurs ouïes jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus respirer du tout.

      Pour mettre une touche finale à cette oeuvre, le quotidien régional a publié le samedi 14, un article absolument effarant qui disait en résumé : "cette pollution n’est pas grave puisque elle ne touche que les poissons et que la nature reprendra rapidement le dessus". Heureusement, les jours suivant d’autres articles sont parus, beaucoup plus objectifs.

      Il est inutile de vous décrire ce mélange d’écoeurement, de découragement et de rage qui déchire tous les pêcheurs de la région. De multiples plaintes ont été déposées. Une des AAPPMA locale recueille sur son site les signatures de ceux qui veulent nous apporter leur soutien et manifester leur indignation : www.allobroge.com.

      Les AAPPMA locales ont décidé à la majorité de ne pas fermer leur parcours ni pour cette fin de saison, ni pour les années suivantes qui seront nécessaires au repeuplement du secteur. Il doit rester quelques permis à vendre et peut-être quelques truites à manger ...

      Si vous allez pêcher sur le Guiers durant cette période, si vous prenez un poisson, maillé ou non, merci pour la rivière d’avoir la bonté de la relâcher avec tout le respect possible : il s’agit d’un survivant ou d’un colonisateur potentiel !

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