Saumon transgénique


    La vigilence est de mise


    juin 2000 par David Synold

      Pour ouvrir le dossier de ce saumon né des éprouvettes de certains de nos savants fous (comme si les expériences du passé n’avaient pas servi de leçon), j’ai choisi de publier un article de Catherine Vincent, journaliste pour "Le Monde". Je tiens à préciser que je ne tire aucun bénéfice financier ou matériel de la publication de cet article et qu’il permet uniquement une bonne approche du sujet.

      Les saumons sauvages peuvent-ils être atteints, à l’échelle planétaire, par la commercialisation de variétés génétiquement modifiées ? Ces poissons transgéniques sont-ils capables de transmettre leurs gènes aux populations naturelles et d’accélérer ainsi leur régression, comme l’affirme un document que vient de publier l’association Greenpeace ?

      Tandis que se concluent, à Montréal, les nouvelles négociations du protocole sur la bio sécurité (20-28 janvier), les travaux scientifiques sur lesquels s’appuient ces défenseurs de l’écologie démontrent en tout cas la nécessité, pour les autorités internationales, de contrôler strictement la commercialisation de ces saumons pas comme les autres.

      Prenons pour exemple l’espèce atlantique Salmo salar, plus fréquente à frayer dans nos rivières que celles du Pacifique. Sauvage ou transgénique, ses caractères distinctifs resteront les mêmes : une dizaine de taches sombres sur les flancs pour le juvénile, pour l’adulte une livrée argentée, ornée de points sur la tête et le dos. Et, comme tous les salmonidés, une bouche agrandie jusqu’au niveau de l’oeil, ainsi qu’une petite nageoire supplémentaire (dite adipeuse) sur un corps fusiforme.

      Question gabarit, en revanche, c’est une autre affaire. D’ordinaire, le poids d’un saumon adulte tourne autour de cinq à dix kilos, pour une taille variant de cinquante centimètres à un mètre. Les saumons transgéniques, en extrapolant à partir des mesures faites sur les jeunes, pourraient atteindre dix fois plus si on les laissait grandir : ils possèdent dans leurs cellules une copie supplémentaire du gène de l’hormone de croissance. Obtenue pour la première fois chez la souris en 1982, puis chez un poisson en 1994, cette technique de dopage par greffe génétique, effectuée sur les oeufs tout juste fécondés, suffit à augmenter considérablement la taille des saumons. Elle pourrait aussi diminuer de moitié le temps nécessaire à la croissance des alevins d’élevage, et fournir à moindre coût des poissons propres à la consommation. A condition toutefois que la recherche progresse suffisamment pour accroître leur qualité gastronomique, qui laisse encore à désirer.

      Créés et confinés en laboratoire, ces produits de la science ne devraient rien connaître des joies de la nature. Ni les graviers des sites de frai, sous lesquels sont déposés les oeufs de leurs frères sauvages (trois mille à dix mille par femelle) ; ni les zones de courants vifs dans lesquels, quelques saisons durant, les alevins se sédentarisent ; ni les charmes de l’océan, où les saumoneaux descendent à reculons, le nez au courant, et passent deux ou trois ans à se repaître de calmars, de crevettes et de harengs.

      Les transgéniques ignoreront tout, également, de la singulière migration à rebours qu’effectuent les adultes, quand vient pour eux le temps de se reproduire. Et de l’extraordinaire mémoire olfactive dont ils témoignent alors, qui leur permet, parfois sur des distances considérables (huit cent kilomètres pour remonter de l’Atlantique jusqu’au bassin Loire-Allier), de retrouver leur frayère d’origine. Par quels circuits neuronaux, à travers quelles molécules ces poissons reconnaissent-ils le parfum de leur petite enfance ?

      On sait seulement qu’ils en garderont la signature intacte. Elle sera leur fil d’Ariane, grâce auquel ils retrouveront, un jour de décembre, l’estuaire traversé plusieurs années auparavant, puis remonteront les cours d’eau à contre-courant. Qu’on leur ôte l’odorat, et ils n’en poursuivront pas moins leur épuisant voyage. Mais ils deviendront incapables de choisir, parmi les dizaines de cours d’eaux affluents d’un fleuve, celui qui les mènera à leur ruisseau natal.

      Le gène de Troie

      De tout cela, affirme-t-on, les saumons transgéniques ne sauront rien... Mais est-ce si sûr ? Leurs lieux de confinement seront-ils entourés de toute la sécurité requise pour empêcher des disséminations accidentelles ? « A l’heure actuelle, lâcher ne serait-ce qu’un seul poisson transgénique dans l’océan n’est même pas illégal », souligne Greenpeace France. Or, selon un modèle scientifique récemment publié dans la revue américaine PNAS (Proceedings of the National Academy of Science), un petit nombre de poissons transgéniques, livrés à eux-mêmes dans le milieu naturel, pourrait suffire à la disparition de populations sauvages bien portantes. Leur taille imposante, en effet, leur confère un avantage reproductif important. Mais la viabilité de leur progéniture étant réduite par le facteur même qui accélère leur croissance, ce gène de Troie pourrait participer à la régression de l’espèce.

      « Dès qu’un animal vole ou nage, les risques de dissémination ne peuvent être exclus », confirme Louis-Marie Houdebine, spécialiste de la transgénèse animale à l’INRA de Jouy-en-Josas (Yvelines), qui partage avec les écologistes la conviction que « la modification génétique de poissons à des fins commerciales doit être interdite ». Le saumon qui, en France, peuplait il y a un siècle tous les grands fleuves et rivières se jetant dans la Manche, la mer du Nord et l’Atlantique, ne fraye déjà plus guère que dans la Loire et l’Allier, le bassin pyrénéen de l’Adour et quelques rivières bretonnes et normandes. Son avenir n’a pas besoin de manipulations génétiques pour être inquiétant. " - Janvier 2000

      Des poissons modifiés génétiquement pourraient être approuvés pour consommation humaine d’ici un an et présents dans nos assiettes dès la fin de l’année pour tester nos papilles.

      William Muir et Richard Howard, de l’Université Purdue, en Indiana ont mené une expérience dont les résultats sont accablants. "Si on libère un seul poisson transgénique dans une population composée d’individus de souche naturelle, on constate que les poissons sont voués à l’extinction au bout de quelques générations".

      Ces résultats me paraissent capitaux puisque menés avec l’hormone de croissance humaine HGH, qui est actuellement utilisée dans le développement d’une lignée de saumons destinés à être remis en liberté.

      La modification des gènes de ces saumons réduit leur durée de vie, les observations donnent les chiffres suivants : seulement deux saumons transgéniques sur trois atteignent l’age adulte. Pour les saumons qui atteignent cet age on constate qu’ils transmettent rapidement leur gènes aux populations autochtones. Cela est du à leur taille importante qui fait d’eux des partenaires sexuels recherchés et d’importants producteurs d’oeufs.

      On constate qu’après quelques générations, toute la population est porteuse du gène modifié, par extrapolation on peut avancer que chaque génération perd un tiers de ses membres avant l’age adulte... Des simulations faites par ordinateur par ces américains démontrent qu’à long terme, la population décline et finit par disparaître. En libérant soixante poissons transgéniques parmi soixante mille individus, le groupe entier disparaît en quarante générations. Un seul poisson modifié suffit à anéantir le groupe, si on lui laisse assez de temps.

      Les deux chercheurs William Muir et Richard Howard, ont effectué des simulations informatiques qui démontrent que l’introduction de tels gènes dans une population de poissons, entraîne son déclin et enfin sa disparition à long terme.

      A montrer du doigt ...

      La société américaine AFProtein, élève actuellement des saumons transgéniques, sur l’île canadienne du Prince Edouard. Ces saumons atlantiques à qui on administre deux gènes, le premier est une hormone de croissance et le second un gène activateur du premier, se développent jusqu’à dix fois plus vite. L’intérêt premier de l’activité est la réduction des coûts de production de moitié, mais à quel prix... pour l’avenir de l’espèce et de l’Homme.

      Malgré les précautions avancées par AFProtein concernant la stérilité totale de tous les spécimens transgéniques, qui peut garantir aujourd’hui de tels engagements ???

      Des craintes fondées, sont aujourd’hui avancées par les défenseurs de la nature, mais aussi par les éleveurs de saumons traditionnels. Les premiers avancent le risque d’hybridation entre des individus transgéniques non stériles, échappés des élevages et les saumons naturels non dopés. Une telle situation pourrait à terme interrompre la migration et donc la reproduction et la survie de l’espèce. Les seconds quand à eux défendent le coté économique et le risque de voir disparaître leurs élevages traditionnels au profit du tout transgénique.

      Pour le respect des nombreuses années de combat pour la sauvegarde et le retour du saumon sur nos rivières, pour que les sacrifices et l’investissement financier important consenti par la communauté dans ce sens ne soit pas vain et pour qu’enfin notre santé ne soit pas sacrifiée au mon de la rentabilité, un arrêt immédiat et sans compromis des expérimentations et de la production dans ce domaine sont plus que nécessaires.

      Il ne faut pas regarder bien loin derrière nous pour constater les dangers, les répercussions et les échecs sanitaires issus des recherches scientifiques intéressées. Faute d’expérimentations sérieuses, à long terme, la vie est en danger... au nom des gros bénéfices à court terme.

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