Guide de pêche


    mai 2002 par EchosMouche

      image 215 x 144 Les beaux jours sont de retour. Le soleil aidant, c’est maintenant que se préparent les vacances d’été, non sans oublier d’inclure dans votre futur séjour la découverte de rivières lointaines et méconnues de vous. Pour mettre tous les atouts de votre côté et éviter bien des déconvenues, peut-être ferez-vous appel aux services d’un Guide de pêche.

      Pour vous aider dans votre entreprise et en savoir un peu plus sur cette profession, nous sommes allés à la rencontre de Thierry Millot, Guide de pêche professionnel , diplômé de l’école des Guides de Blesles et Pêcheur à la Mouche depuis 1972, auquel nous avons posé quelques questions, auxquelles il a bien voulu répondre.

      EM Quelles sont les motivations qui peuvent conduire quelqu’un à devenir Guide de pêche ?

      TM Chaque guide a ses motivations personnelles. En ce qui me concerne, il y en trois principales : la passion de la pêche à la mouche depuis mon enfance, une grande sensibilité à la culture mouche en général.
      Dès mon premier client pêcheur je me suis sentis en harmonie professionnelle ,ce qui m’a conforté dans l’envie d’exercer ce métier.

      EM Guide de Pêche, un métier, et qui dit métier, dit aussi formation et diplôme : quelles sont les écoles qui dispensent cette formation, en quoi consiste t’elle, quel est le bagage requis pour prétendre l’entreprendre et quels en sont les débouchés ?

      TM Il y a actuellement trois écoles qui forment chacune une quinzaine de guides par an : Ornans en Franche-Comté ,Marvejols en Languedoc-Roussillon et Ahun en Limousin ; Blesle en Auvergne ayant cessé son activité l’an passé . Les formations sont généralistes, y sont abordés : les techniques de pêche, la biologie, la législation, le marketing, la gestion, la mise en situation . Les programmes diffèrent légèrement d’une école à l’autre. L’accès à ces formations se fait principalement sur présentation d’un projet professionnel lié au tourisme pêche Les débouchés sont très variés et vont de vendeur de produits pêche à gérant de site de pêche en passant par animateur d’école de pêche ; ce métier saisonnier complète souvent une autre activité. Toutes techniques confondues, il y a environ cinq cent diplômés sur le territoire français ; dans la pêche à la mouche nous ne sommes qu’une dizaine à en vivre.

      EM Cantonner le Guide de pêche dans un rôle de simple accompagnateur serait à la fois réducteur et caricatural : pourriez-vous nous dire plus précisément en quoi consiste la "mission" d’un Guide de pêche ?

      TM Un guide de pêche est avant tout quelqu’un qui aime recevoir ,transmettre son savoir, qui est capable de faire pêcher sans pêcher. Etre guide c’est organiser, prévoir, anticiper pour que le temps passé par son hôte soit un moment agréable .

      EM Parmi les services proposés figurent les séjours de pêche "clé en main" en France ou à l’étranger : en quoi consiste cette prestation ?

      image 190 x 275 TM En principe un séjour clé en main est proposé par un tour-operator ; le guide en solo n’ayant pas le droit de vendre de l’hébergement, de la restauration, du transport en même temps que sa prestation. Lorsqu’un guide travaille avec un tour-operator, il peut proposer des séjours à ses clients qu’ils achèteront au tour-operator. Je propose, par exemple, des séjours en Slovénie et en Croatie, mais je collabore avec Planetflyfishing qui commercialise ces séjours.

      EM Les Guides de pêche sont aussi pédagogues et proposent des cours d’initiation, de formation et de perfectionnement aux techniques de pêche : à qui sont- ils destinés, quand et comment sont ils organisés ?

      TM Pour ma part, cinquante pour cent des pêcheurs que je reçois viennent en initiation, vingt cinq pourcent en perfectionnement et vingt cinq pour cent pour du guidage pur. En initiation le public est très varié, cela va du non-pêcheur séduit par le bonne image de la pêche à la mouche au pêcheur au coup qui veut s’y mettre sans perdre de temps. En deux ou trois jours de stage, on donne les bonnes bases pour permettre à un débutant de s’équiper sans se tromper et pêcher dans de bonne conditions. En perfectionnement, le plus souvent, il nous est demandé des mises à niveau complétées par l’apprentissage de techniques spécifiques ( nymphe , noyée, eaux rapides, etc..) Pour les pêcheurs confirmés le guide est un gage de gain de temps, d’optimisation de découverte, de bon choix de lieux de pêche suivant le saison.

      EM Au travers de leurs prestations, les guides de pêche font la promotion de leurs rivières et de leurs régions : quel en est selon vous l’impact, à la fois touristique et économique ?

      TM Le tourisme pêche a un impact indéniable sur l’économie locale, surtout hors saison . Un exemple concret : prochainement, je vais recevoir un pêcheur pendant deux jours. Il va séjourner avec sa femme et leurs enfants durant une semaine, louer un gîte, consommer sur place, découvrir une nouvelle région . Ces séjours font vendre des cartes et du matériel de pêche , des nuitées en hôtel, etc. De nos jours, la plupart des départements à valeur halieutique communiquent sur le loisir pêche grâce aux guides qui ont été les tous premiers a développer les produits pêche.

      EM Le tourisme pêche se développe d’année en année : ne craignez-vous pas qu’à terme une trop grande fréquentation et une trop forte pression de pêche n’engendrent, sur certaines rivières, des destructions et des déséquilibres écologiques ?

      TM Hélas, il y bien longtemps que les déséquilibres écologiques existent . Les pêcheurs viandards et les gestionnaires ne sachant pas gérer s’en sont chargés ,aidés par un peu ou beaucoup de pollutions et quelques nuées de cormorans. Malgré ce constat, il y a encore un fort potentiel en France : je crois que le tourisme pêche peut être bon , car pour en faire ,il faut des rivières en bonne état et bien peuplées, donc bien gérer.
      Le tourisme pêche fonctionne à merveille aux Etats Unis ,en Slovénie, en Autriche ou en Irlande. Ce n’est pas une priorité en France ,au contraire , il y une parano de l’étranger - même s’il habite le département voisin - qui vient vider LA rivière … A moins de ne travailler que sur un linéaire très réduit de cours d’eau, il est impossible de porter atteinte au milieu aquatique ; j’en veux pour exemple l’Ardèche et la Haute Loire - les deux département où j’exerce - avec plus de trois mille quatre cent kilomètres de première catégorie dans chacun d’eux où cela ne pose aucun problème.
      En tant que guide, on se doit d’apprendre et sensibiliser les pêcheurs que l’on reçoit à la manière dont fonctionne le milieu aquatique, à faire attention aux frayères ,aux juvénile, à écraser les ardillons, à manipuler délicatement un poisson avant de le relâcher … un complément aux AAPPMA qui font bien leur boulot ! Pour finir ,en cinq ans de guidage , tous les poissons capturés par mes hôtes ,on été graciés après une rapide photo pour les plus beaux spécimens.

      EM Quelles sont pour vous les qualités essentielles d’un Guide de Pêche ou, si vous préférez, quels sont les critères à retenir si l’on souhaite faire appel aux services d’un Guide de Pêche ?

      TM Deux réponses me viennent à l’esprit. Concernant les qualités essentielles d’un Guide, il doit savoir proposer la formule de stages qui colle à son client, être ponctuel, s’adapter rapidement à la ou les personnes qu’il reçoit, être patient, savoir recevoir et être disponible, avoir un bon équipement personnel comme un équipement à fournir, bien maîtriser sa technique de pêche, connaître des sites de pêche convenant à tous les niveaux de pratique et de conditions physiques, enfin avoir un bon réseau d’hébergeurs local Pour les critères, j’avancerai personnellement qu’un bon guide est connu des fédérations de pêche dans les régions où il exerce, des organismes touristiques départementaux (CDT, SLA, OT) ,il possède plusieurs années d’expérience, il est connu de la presse spécialisée, il est présent sur les salons de pêche et collabore avec des marques de matériel de pêche.

      EM Comme dans de nombreuses autres professions prestataires de services, existe t’il une charte des Guides de Pêche ; gage de compétences et de qualité des prestations fournies ?

      TM Pour l’instant c’est un peu le flou, il convient de noter l’existence de la Fédération Française des Guides de Pêche et la mise en place de filières pêche ; initiatives régionales menées par des CRT. Un brevet professionnel devrait voir le jour en 2003 et donner un vrai statut à la profession. Chaque guide se doit d’être à la hauteur de ce qu’il propose. Il est bien évident qu’un guide qui fait du mauvais boulot ne reste pas longtemps sur le marché car le milieu professionnel de la pêche est un microcosme où les erreurs ne pardonnent pas : les clients déçus savent aussi faire passer le message.

      EM Enfin, parce qu’il faut bien y venir, quel est le montant moyen des prestations pratiqué tant pour un séjour "clé en main" , une sortie à la journée que pour un stage de formation ?

      TM Pour la partie guidages, les tarifs 2002 des guides professionnel mouches sont aux alentours de 125 Euros par jour en individuel et 160 Euros par jour pour deux. Ramené à un tarif horaire, les prix pratiqués sont tout à fait raisonnables pour une prestation de type cours particulier ; une journée de pêche pouvant durer entre sept et douze heures.

      EM Quelle question ne vous ai-je pas posée et que vous auriez aimé voir figurer dans ce questionnaire ? Comment y répondriez-vous ?

      TM En tant que professionnel de la pêche ,comment voyez vous l’avenir de la pêche en France ?
      A la fois optimiste et pessimiste : Optimiste au vue de l’évolution des mentalités des pêcheurs - moins de viandards , plus de respect des milieux aquatiques - et des jeunes gestionnaire qui appliquent des méthodes cohérentes. Je suis pessimiste car il y encore un manque de responsabilité des anciens gestionnaires, voire une incompétence de nombreux élus d’AAPPMA ou de Fédérations. Pessimiste aussi de voir encore des pêcheurs et même des présidents d’AAPPMA ... garder des farios de quinze centimètres !

      Difficile de ne pas être angoissé lorsque que le ministre Ric Cochet fait le barbeau en voulant plus de microcentrales sur nos rivières : nous avons les plus belles rivières d’Europe, nous avons du pognon - pour mémoire plus de dix milliards de francs immobilisé sur les comptes de l’ensemble des Fédés - , les dirigeants connaissent exactement ce qu’il faut faire pour être au top et pourtant sur les quatre mille deux cent AAPPMA il y en a peut être seulement vingt pour cent qui font du bon boulot.

      Le gros problème à mes yeux , c’est que le pêcheur Français n’est pas assez responsable, pas assez exigeant. Se prendre la tête avec la mouche ceci ou le bas de ligne cela c’est bien. S’investir auprès d’ une AAPPMA pour gonfler les rangs des personnes actives, voulant une vraie gestion, c’est mieux !

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