Chroniques d’un Moucheur aux Amériques


    décembre 2000 par Vincent Pons

      Chroniques d'un Moucheur aux AmériquesLes Etats-Unis, qui n’a pas rêvé de faire un voyage dans ce pays où tout est démesuré ? Toutes les revues de pêche contiennent des annonces de voyages organisés dans le pays de l’oncle Sam avec, à l’appui, des photos de grosses truites prises au milieu de paysages grandioses.

      Qui n’a pas rêvé en regardant le célèbre film de Robert Redford : "A river runs through it" ? Ce film a d’ailleurs été un catalyseur, le détonateur qu’il fallait à notre loisir préféré pour le démocratiser et ne plus en faire une pêche d’élite. En effet, dans notre pays, la pêche à la mouche a ensuite connu un important développement, de nombreux clubs se sont formés, le matériel est devenu plus accessible, les jeunes se sont mis à la pêche à la mouche, considérée plus fun que les autres techniques. Bref, ce magnifique film a non seulement été un superbe éloge aux Etats-Unis mais aussi une superbe publicité pour ses paysages, rivières et surtout ses non moins superbes truites. Aussi, quand le Montana ou l’Utah sont évoqués, l’image venant de suite à notre esprit est celle d’une grosse truite prenant délicatement un éphémère posé sur la surface.

      Cependant, tous les Etats ne sont pas nantis des mêmes ressources naturelles et donc des mêmes poissons. L’Etat de Washington, où je vis maintenant depuis un peu plus d’un an, ne possède pas de rivières avec les densités de truites arc en ciel de la Green River de l’Utah. En m’installant à Seattle, je pensais trouver de nombreux cours d’eau peuplés de belles truites, par la taille et la robe, gobant à longueur de journée. Je savais que cet Etat est pourvu de nombreuses rivières à migrateurs (steelheads et saumons) mais uniquement la pêche de la truite m’intéressait et notament celle des grosses.

      Cet Etat posséde un réseau hydrographique hors du commun. Une quantité innombrable de rivières coulent au mileu de vallées sauvages et de parcs nationaux où vivent des ours, aigles, chèvres des montagnes ou lynxs. Le point culminant de l’Etat de Washington est le Mount Rainier (plus de quatorze mille pieds) où de nombreux alpinistes viennent s’entrainer avant de partir dans l’Himalaya dans ce qui est considéré comme le plus grand système de glaciers du pays. Ce mont est surnommé la montagne, une expression pour dire qu’il fait bon à Seattle est de dire : "on voit la montagne aujourd’hui". Je ne parlerai pas du Mount Baker ou du Mount St Helens dont la dernière éruption remonte à vingt ans. Que d’endroits paradisiaques entourent Seattle pour qui aime la nature, mais revenons à la pêche.

      Tout d’abord, la réglementation, elle est très différente de celle de notre pays qui ne jouit pas non plus du même réseau. Des cours d’eau entiers sont mis en réserve, des kilomètres de rivières sont placés en parcours catch and release où la réglementation impose des hameçons sans ardillons. Les parcours pêche à la mouche uniquement sont très réglementés - pêche avec une mouche seulement - , interdiction d’ajout de poids sur le bas de ligne.

      A côté de ces régles qui ne sont pas si contraignantes, selon les rivières, on peut pêcher toute l’année, vingt quatre heures sur vingt quatre. Sur les parcours où les prélèvements sont autorisés, un maximum de deux truites par jour est souvent imposé. Sur une année, trente saumons et trente steelheads peuvent être conservés ce qui est déjà énorme, cela fait plus d’un saumon et d’une steelhead toutes les deux semaines. Une carte à remplir en cas de conservation, immédiatement après avoir sacrifié un poisson, est là pour tenir les comptes. Une réglementation assez simple mais qui change en fonction des rivières, pas d’uniformisation ici, à chaque cours d’eau sa réglementation qui peut changer en cours d’année en fonction des remontées.

      Avant de me lancer dans le grand bain, durant six mois, je me suis renseigné sur les coins chauds, les époques, les mouches, je suis allé dans les shows ayant pour thème la pêche à la mouche, j’ai lu... Tout ce que j’ai pu en retenir et qui m’a tout d’abord surpris, c’est l’énorme l’engouement des pêcheurs locaux pour la pêche de la steelhead ou du saumon. Pour eux, la truite (autre que les steelies) n’existe pas. Moi qui étais jusqu’à présent omnibulé par la truite, je ne voyais pas comment la pêche de ces poissons, souvent pas très fine, pouvait tant focaliser leur attention. Têtu et n’écoutant que moi même, j’ai attaqué par la recherche de la truite. Après quelques essais infructueux sur la Snoqualmie River au moment de la fonte des neiges entrecoupés d’une excursion sur la Rocky Ford, j’ai finalement attendu la visite de mon frère durant le mois d’août pour me mettre sérieusement à la recherche des migrateurs en donnant la priorité aux steelheads. En effet, n’attraper que des truitelles atteignant péniblement vingt cinq centimètres ne pouvait que décevoir. Certes les paysages étaient grandioses et j’avais tout de même touché des truites de plus de quatre livres mais dans un parcours régulièrement empoissonné (la Rocky Ford Creek).

      Où était la pêche qui me faisait tant rêver ? Ma déception venait de la densité de belles rainbows ou cutthroats mais cette petite déception a vite été oubliée car, dans les rivières du Nord Ouest americain, vivent pas moins de cinq espèces de saumons (chinook ou king, coho, chum, pink, sockeye) et six espèces de truites (rainbow ou arc en ciel, cutthroat, brown ou notre fario, brook, dolly varden, bull trout) si je n’en oublie pas. Un nouveau challenge s’offrait donc à moi, celui d’attraper un poisson de chaque espèce quelque soit sa taille. Ce n’est plus la recherche de gros poissons qui m’occupe maintenant (bien que j’espére attraper une steelhead de plus de vingt livres) mais plutôt la traque de toute espèce de salmonidés en employant sensiblement toujours les mêmes techniques (nymphe à vue prioritairement). Mais encore faut-il différencier tous ces salmonidés et surtout les attraper. La différence entre certaines espèces de saumons peut être très légère, ce n’est qu’à force de prendre des poissons, de bien les regarder, demander aux autres pêcheurs, que l’on peut commencer à les reconnaitre.

      Les saumons, kings, coho ou chums, ce sera le sujet d’un prochain article, le mois prochain, si vous le voulez bien.

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