Espèces d’un autre Monde (Part. 1)


    avril 2001 par Vincent Pons

      Espèces d'un autre MondeDe quels poissons nos cours d’eau sont-ils peuplés ? Réponse simple dans le cas d’une rivière française de première catégorie mais pas pour un cours d’eau de la côte ouest américaine. En France, en étant chanceux, on peut se mesurer à des truites fario (rarement arc en ciel), truites de mer, saumons Atlantique ou ombres.

      Au total quatre espèces peuvent cohabiter et sont reparties en fonction des zones de la rivière. Autre région du globe, situation différente, les pêcheurs de la côte pacifique US peuvent espérer attraper dans la saison cinq sortes de saumons et huit sortes de truites dans la même rivière (espèces anadromes non comprises). Les saumons ayant été à eux seuls l’objet d’un autre article, nous ne considèrerons dans celui-ci que les truites. Huit espèces, la tâche de l’identification n’est pas gagnée d’avance. Une description des cutthroat, rainbow, bull trout, brook trout et compères s’impose donc et, à part quelques cas, l’identification des truites reste dans le domaine du facile (plus aisé par rapport aux saumons).

      Cependant, tous ces poissons ne font pas tous partie de la famille des truites. Certains font partie de la famille des ombles et sont appelés chars. Truites et chars ont la particularité de n’avoir que douze raies ou moins sur la nageoire caudale (de même que le saumon atlantique) alors que les saumons du pacifique en ont treize ou plus. Nous classerons donc dans le même groupe, celui des truites, les brown trout, rainbow trout, golden trout, cutthroat ; on aurait très bien pu y ajouter le saumon atlantique. Les dolly varden, bull trout, brook trout et lake trout constituent l’autre groupe, celui des ombles. A noter que les rainbow, cutthroat et golden trout ont récemment été re-classifiées comme des espèces de saumon.

      A tout seigneur, tout honneur, commençons cette description par la brown trout (salmo trutta), notre fameuse fario. Voila un très bel exemple d’acclimatation, cette espèce européenne a été introduite aux Etats-Unis à la fin du 19ème siècle, vers 1880. La légende veut qu’elle ait été introduite par l’armée anglaise dont les officiers voulaient absolument pouvoir attraper des farios partout où ils allaient. Ainsi, on la retrouve de la Nouvelle Zélande à l’Amérique du sud, loin de ces contrées d’origine.

      Je me souviens de ma première fario, à l’époque je ne pêchais qu’au toc. C’était ma première ouverture, par une froide matinée de mars sur les bords de l’Arize, ma première confrontation avec les truites. Après quelques passages de mon ver sur un coup prometteur, j’ai finalement perçu ces gratouillements sur le fil synonyme de prise, le ferrage suivit et après quelques instants, je tenais ma première truite dans mes mains, fier comme un paon. Quelques années ont passé depuis et j’ai toujours la même envie quand je pêche, seule la technique et l’approche de la pêche ont changé.

      Malgré une défense inférieure à celle de bien d’autres poissons, les farios restent de fabuleux poissons, elles ne pardonnent pas la moindre erreur, toujours prêtes à rejoindre leur cache à tout mouvement suspect. Un repère qu’elles n’hésitent pas à quitter lors d’éclosions massives nous permettant de leur présenter nos plus belles imitations, pour croquer un porte-bois dérivant ou bien pour aller faire un ravage dans les bancs de vairons. Salmo trutta a la réputation d’être piscivore et nocturne, alimentant toute sorte de théories fondées ou non sur la qualité de la pêche en fonction de la lune.

      Personnellement, j’ai connu des après-midi de pêche fantastiques au cœur de l’été en période de pleine lune mais aussi des journées sans, lors de lune noire. Je n’ai jamais trouvé aucune corrélation entre la lune et la qualité de la pêche. La fario peut atteindre quinze ans et un poids de vingt kilos. Elle est mature après trois ou quatre années et fraie pendant l’hiver. Selon la souche, de larges points rouges ou noirs ornent son corps jaune-brun mais pas la nageoire caudale qu’on peut qualifier de carrée. Dans certains cours d’eau, les pêcheurs pourront se frotter à des farios anadromes dépassant parfois les vingt cinq livres dans certaines régions du globe. Bien qu’originaire d’Europe, les meilleures destinations pour pêcher la brown trout sont la Nouvelle Zélande ou le Montana.

      Espèces d'un autre MondeLa rainbow, oncorhynchus mykiss ou truite arc en ciel, est peut-être la truite la plus connue dans notre pays après la fario. Plus spectaculaire que la dernière, elle n’a pas non plus les mêmes mœurs. Vivant seulement un maximum de cinq ou six années, elle grossit rapidement et est prête pour le frai du printemps dès sa deuxième année. Plus claire que dame fario, son corps et ses nageoires sont parsemés de petits points noirs sur un fond aux multiples couleurs difficile a décrire. Son dos est vert très foncé voire noir. Alors qu’elle n’exige pas une qualité d’eau hors du commun et peut vivre un peu partout, étonnamment, son implantation dans la plupart des rivières de l’hexagone a été un échec. Les lacs des Bouillouses dans les Pyrénées Orientales semblent constituer une belle exception mais les populations d’arc y sont en danger.
      Alors que certains avancent l’hypothèse selon laquelle les farios croquent les alevins rainbow dès leur émergence, il est difficile de penser que les rainbow n’en font pas de même avec les alevins de farios bien qu’elles ne soient pas aussi carnivores. Mes premières "arcs", je les ai attrapées bien entendu en deuxième catégorie lors d’un de ces éternels lâchers. Malgré tout, j’ai tout de suite été intéressé par ce poisson et l’impatience d’en découdre avec des sauvages me rongeait.

      En arrivant à Seattle, je m’imaginais au milieu de décors superbes aux prises avec de magnifiques rainbow sautant et ressautant me faisant craindre à chaque fois un décrochage ou une casse, malheureusement ça n’a pas encore eu lieu. Pourquoi ? Les seules arc qui n’ont pas pu résisterà mes nymphes sont celles du Rocky Ford au milieu de l’Etat de Washington. Ces gros bestiaux ne sont pas les plus sauvages que l’on peut espérer rencontrer mais les seules arcs que j’ai pêché ici, mis à part les steelhead qui sont des rainbow anadromes.

      Steelhead, le mot est prononcé, le poisson roi qui fait rêver tant de pêcheurs. Deux remontées ont lieu chaque année de juin à septembre et de novembre à mars pour arriver à temps pour la saison des amours en mars-avril. Bien entendu, le run d’hiver est surtout l’apanage de cours d’eau proches de l’océan laissant aux poissons le temps d’arriver sur les frayères à temps. Les alevins resteront un à trois ans en eau douce avant de dévaler vers la mer où ils resteront un ou cinq ans de plus et reviendront ensuite dans leur ruisseau natal pour recommencer le cycle. Des spécimens de trente livres et plus sont attrapés chaque année sur la côte Pacifique des Etats-Unis, du Canada ou dans la Péninsule de Kamchatka, là où ce merveilleux poisson est présent. Un autre lieu où les steelhead font des heureux chaque année, la région des grands lacs où elles passent le plus clair de leur temps dans ces lacs immenses pour revenir frayer dans les tributaires en temps voulu.

      Reconnaître une steelhead d’une rainbow n’est pas si ardu que ça. Tout ce qui mesure plus de cinquante centimètres est sûrement une steelhead dans les eaux de la côte pacifique. Si le poisson est fraîchement arrivé de l’océan, il vous éblouira presque par sa brillance. Toutefois, les steelies peuvent demeurer en eau douce plusieurs mois avant le fraie et retrouver des couleurs comparables à celles d’une rainbow. Un avantage des têtes d’acier par rapport aux saumons du pacifique, elles peuvent frayer plusieurs fois tout comme notre saumon atlantique. Comme tout poisson, elles prennent très bien les mouches pour peu qu’elles soient présentées à la bonne vitesse, au bon niveau et un des plus beaux challenges pour un moucheur est de prendre une steelhead par une froide journée de février sous la neige. La pêche d’hiver demande beaucoup d’humilité et d’accepter les bredouilles, une vraie pêche de mordus, de fanatiques dont je fais maintenant parti. Un conseil, n’y touchez pas, c’est ... contagieux !

      Espèces d'un autre MondeLa meilleure façon pour différencier une cutthroat trout oncorhynchus clarki clarki d’une rainbow consiste à repérer les raies rouge-orange présentes sous les mâchoires mais attention, elles ne sont pas toujours visibles chez les truites ayant séjourné en eau salée. En effet, la cutthroat présente sur la photo ci-contre pourrait être prise pour une rainbow alors qu’en fait il s’agit d’une cutthroat de mer. Celle-la n’a pas résisté a une nymphe présentée à ras du fond.

      En général, les cutthroat ne rechignent pas devant une nymphe et peuvent même vous empêcher de pêcher le saumon ou la steelhead car elles prendront votre mouche avant que les autres ne l’aient vue. Les pêcheurs à la mouche aiment bien cette espèce car présente un peu partout, que ce soit dans le ruisseau coulant au fond du jardin ou le long de la côte, en eau salée. La cutthroat anadrome adopte un comportement différent de la plupart des autres espèces anadromes, elle préfère ne pas trop s’éloigner de son ruisseau natal et stationne souvent près de l’estuaire où elle se nourrit. Autre fait marquant, la cutthroat anadrome voyage sans cesse de l’eau douce à l’eau de mer sans raison majeure, certains n’allant en mer que pendant l’été pour se nourrir.

      La période de ponte s’étend de l’hiver au mois de mai. Mes premières cutthroat du Middle Fork de la Snoqualmie River ne dépassaient que très péniblement les vingt centimètres mais depuis que j’ai attrapé mes premières cutthroat de mer, des poissons avoisinant les quarante cinq centimètres se sont succédés, cinquante centimètres étant un maximum dans la région mais quarante cinq une taille courante. Au même titre que pour nos farios européennes, différentes souches de cutthroat existent comme la cutthroat du Yellowstone par exemple. A suivre ...

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