Espèces d’un autre monde (Part. 2)


    mai 2001 par Vincent Pons

      Le nom de la dernière espèce de truite rencontrée dans l’Ouest américain, la golden trout (oncorhynchus aquabonita) va à coup sûr réveiller les pêcheurs en réservoir.

      En effet, l’introduction de cette Californienne d’origine dans de nombreux réservoirs français attire nombre de pêcheurs en quête de nouveauté, voila de quoi les satisfaire, l’aquabonita considérée par beaucoup comme le plus beau poisson d’eau douce. Cette truite aux couleurs d’or a une bande rouge le long de son corps, des nageoires rouge-orange et un dos verdâtre. Aucun point présent sur le corps, tous sur la nageoire caudale. Bien que le record dans sont état d’origine soit de dix livres, les sujets les plus communs n’excèdent pas les trente centimètres.

      Toujours dans ses terres natales, elle vit à des altitudes supérieures à deux mille mètres et la nécessité d’engranger suffisamment de réserves durant le court été explique très bien sa voracité et son manque de sélection voire sa naïveté. La golden trout demeure la seule espèce de truites ne migrant pas en mer. L’autre grande famille, celle des chars, ne manque pas non plus de magnifiques poissons. Au premier desquels, je mettrai le seul que j’ai eu l’occasion de prendre à plusieurs reprises, la dolly varden ou salvelinus malma. Cette espèce a bien de la chance de toujours exister car elle a longtemps été l’objet de tentatives de destruction. Pourquoi ? Tout simplement car ce grand consommateur d’œufs et d’alevins de saumons était accusé de l’extinction des populations de saumons.

      Pendant vingt ans, de 1921 a 1940, cinq cents ont été versés par nageoire caudale de dolly varden ramenée. Six millions de poissons ont ainsi été massacrés avant que les spécialistes ne s’aperçoivent qu’en fait la plupart des nageoires provenaient de rainbow et de saumon coho et stoppent le programme. Mesures extrêmes appliquées sans scrupules et sans fondement car dolly varden et saumons ont coexisté pendant des siècles et des siècles bien avant que l’homme ne commence a détruire lui-même le saumon et à se chercher des excuses ridicules.

      Vous pourriez croire après cette histoire que rainbow et dolly varden sont similaires, loin de la. La partie supérieure de leur corps est couverte de points orange ou rose. Leur taille, autour de trente centimètres pour les individus sédentaires peut excéder les dix livres pour les sujets anadromes. Elles sont présentes partout sur la côte pacifique du Nord des Etats-Unis, du Canada, sur la péninsule Chukokst en Russie et même au Nord de la Corée et du Japon. Ces poissons au même titre que les cutthroat de mer permettent de combler des journées d’hiver ou l’on ne croise pas une steelhead. Bien belle roue de secours que de pouvoir présenter une nymphe à des poissons dépassant la taille moyenne des farios rencontrées dans nos rivières françaises.

      Les dernières que j’ai attrapées étaient mêlées à des steelhead, c’était il y a un mois, la dernière fois où je suis allé à la pêche d’ailleurs. Je m’en souviens très bien, le week-end précédent, j’avais pu sortir plusieurs de ces poissons et j’avais donc décidé de revenir à la pêche avant la fermeture de la Stilligamish jusqu’en juin (il faut bien laisser les steelhead pondre). Ce matin-là, en quittant Seattle très tôt, je m’attendais à une journée comme les autres. Arrivé sur place, une eau claire et basse nous attendait, pas terrible pour permettre aux steelhead de remonter mais l’idéal pour pêcher en nymphe à vue. En compagnie d’un autre pêcheur et de son chien, je me dirige donc vers mes pools préfères où je sais que je peux repérer les poissons sans problème.

      Premier pool, pas un poisson, normal, ce pool est rarement fréquenté par eau basse. Deuxième pool, bingo, des steelhead, des cutthroat et des dollies nous attendaient. Après avoir manqué les deux premiers poissons au ferrage ou décrochage au premier départ, j’arrive finalement à ramener mon premier poisson de la matinée, une belle dolly varden qui a craqué comme bon nombre de poissons que je prends pour une oreille de lièvre casquée. Une autre dolly suit ainsi que deux cutthroat de mer, que des poissons superbes mais impossible de poser ma nymphe là où se tiennent les steelhead, tant pis, j’abandonne ce pool pour rejoindre mon partenaire parti pêcher plus bas.

      Il doit être aux alentours de onze heures du matin, peut-être moins, quand je l’aperçois, j’entends à ce même moment quelques cailloux tomber dans l’eau et quelques troncs d’arbres bouger mais rien de bien anormal, pas de quoi me stopper mis à part ce pool qui s’offre à moi. Je traverse donc la rivière quand je vois Darryl me faire des gestes, sûrement l’heure de quitter les lieux pensais-je. Je le rejoins et il m’apprend qu’on l’on vient juste de subir un tremblement de terre ! Il était pâle et même son chien a été effrayé. Mon premier tremblement de terre, le dernier j’espère, je ne l’ai pas ressenti, je dois faire partie des rares personnes à ne pas s’en être aperçu. Voilà ce que c’est quand on marche sur la berge d’un pas très décidé vers de nouveaux pools prometteurs.

      Depuis cette matinée, je ne suis pas revenu sur les bords de la Stilligamish mais je pense bien y retourner pour assister au frai des steelhead et vérifier si les dollies sont bien à l’affût du moindre oeuf dérivant. Ces dernières peuvent être aussi confondues avec les bull trout (salvelinus confluentus). Personnellement, je ne sais pas reconnaître les deux espèces mais il n’y pas de bull trout dans les rivières ou j’ai pris des dollies donc pas d’erreur possible. Prendre une bull trout pour une dolly varden ou même pour une brook trout (voir plus bas) est si aisé que l’espèce est en voie d’extinction. De nombreux pêcheurs pensant tuer une petite brook trout tuent en fait une bull et contribuent au déclin de l’espèce.

      La situation est telle que la pêche intentionnelle de ces poissons est même interdite dans certaines régions. Un autre point négatif, elles grossissent très lentement et bien qu’elle peuvent vivre suffisamment longtemps pour atteindre quinze kilos, elles meurent souvent avant de pondre une seule fois car elles sont matures après quatre ou dix ans suivant la richesse du milieu où elles vivent. Les bull vivent souvent dans des pools profonds et sombres et seul un streamer ou une nymphe présentés à leur hauteur pourra les faire mordre.

      Si un jour, vous tenez une bull trout au bout de votre ligne, considérez vous comme extrêmement chanceux car là où elle est présente, en Colombie Britannique, en Oregon, dans l’état de Washington, , en Idaho ou a Alberta et dans le nord du Montana, ses populations sont en net déclin notamment à cause de sa ressemblance avec les jeunes brook trout (salvelinus fontinalis), notre saumon de fontaine. Inutile de présenter ce vorace qui pourtant excède rarement les quarante centimètres. Natif d’une aire comprise entre le nord du Québec et la Georgie, il a été implanté avec succès un peu partout dans le monde comme en Afrique, toute l’Amérique, la Nouvelle-Zélande ou bien entendu l’Europe. A mon avis, les brook trouts sont les truites offrant le moins de challenge car trop vorace, elles prennent n’importe quel leurre qui leur est présenté cependant elles sont superbes de couleurs.

      Dernières mais pas la plus petite des espèces, les lake trouts (salvelinus namaycush) peuvent accuser un poids de vingt cinq kilos avec un record pointe a cent deux livres. Les lake trouts sont un trophée rare pour le pêcheur à la mouche car elles vivent à des profondeurs inouies dans des lacs immenses, souvent en dessous de la thermocline. Par contre, dans les eaux froides du nord du Canada, elles vivent plus proche de la surface gobant des sedges à longueur de journée durant l’été mais ce n’est pas ce régime estival qui est à l’origine de leur taille phénoménale. La cause est bien entendu une consommation importante de graylings ou de whitefishs et une longue vie. Leur corps gris argent est parsemé de points blancs. Ce poisson pourrait être le poisson de votre vie qui plus est en sèche.

      De nombreuses espèces anadromes ou non peuplent les cours d’eau et lacs m’entourant. A ce jour, il me reste toujours plusieurs espèces à localiser et à essayer de leurrer car je ne me suis, jusqu’à présent, focalisé que sur les saumons et les steelheads. Je compte bien réparer cela dans un proche avenir et ajouter à ma carte de visite une brown trout et une brook trout américaines, une lake trout ainsi u’une golden trout. Un visiteur venu de France, ayant le même challenge en tête, pourrait bien me motiver encore plus à réaliser ce rêve ....

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