Pour une gestion raisonnée (Part. 1)


    novembre 2002 par Christophe Bouet

      Pendant de nombreuses années nous avons tous pensé pouvoir prendre puis consommer, d’un bout à l’autre de notre saison de pêche, toutes nos prises. Notre seul souci aurait été tout simplement, en période hivernale, de réviser et préparer notre matériel pour la saison suivante. Tout aurait pu continuer comme ça bien longtemps si l’homme n’avait pas, en quelques dizaines d’années, tout fait pour modifier irréversiblement les choses et perturber ce schéma idyllique.

      Certains sanglotent en évoquant un passé que nous ne connaîtrons plus, d’autres ont remisé leur matériel et ne le ressortiront peut être jamais .... et quelques-uns se posent des questions pour savoir comment arrêter le massacre !

      Si l’on a un tant soit peu de lucidité c’est à ces interrogations qu’il faut répondre pour commencer à changer les choses. Mais, même si l’homme en avait la volonté profonde et les moyens techniques pour le faire, le déséquilibre de nos rivières est si dramatique qu’il faudrait de nombreuses années pour pouvoir réparer les dégâts que nous avons causés et rendre leur état originel à nos belles rivières gauloises.

      Nous en sommes arrivés à un stade en France où les membres des associations de pêche et de protection des milieux aquatiques doivent non plus gérer une situation saine mais un patrimoine affaibli sur une période plutôt difficile .... qui risque bien de ne pas s’arranger de sitôt !

      Même si mes propos sont teintés d’un pessimisme alarmant, il n’est pas dans mes habitudes de baisser les bras en me regardant le nombril et encore moins d’attendre que les choses changent d’elles-mêmes. En effet, tout n’est pas forcément perdu et je pense sincèrement qu’il faut, pour préserver ce qu’il nous reste, comprendre le fonctionnement d’une rivière et tenter de se partager sa production de salmonidés sans en affaiblir le potentiel et surtout sans mettre en péril le devenir salmonicole du dit cours d’eau. Jean-Pierre Guillemaud, plus connu sous le sobriquet de Piam, formidable gestionnaire de milieux aquatiques et pêcheur d’exception, possède une vision tout à fait remarquable de l’équilibre d’une rivière et la compare assez justement mais de façon très imagée à une parcelle de jardin. En effet, bien entretenue, une parcelle de terrain qui produit des salades a besoin que l’on en prélève quelques-unes afin de permettre aux autres de pouvoir grossir . Cette image amusante que nous donne Piam représente la situation initiale de nos rivières. Mais lorsque la parcelle de salades est sur une terre pauvre et peu prolifique, les salades sont peu nombreuses, chaque prélèvement se remarque tout de suite et rend le jardin encore plus pauvre.
      C’est la situation à laquelle nous sommes confronté aujourd’hui sur la majeure partie du territoire. La comparaison avec un jardin potager s’arrête là car on peut toujours replanter des salades sur la parcelle avec un taux de réussite équivalent au reste de la production alors que le rempoissonnement en truite est unanimement reconnu par les plus grands spécialistes comme étant inutile et totalement inefficace.

      On est donc en droit de se poser des questions sur les raisons qui motivent de nombreuses associations à poursuivre les rempoissonnements en truites surdensitaires ? Quel est donc l’intérêt pour un gestionnaire de cours d’eau d’aller à l’encontre du bon sens écologique si ce n’est de privilégier le facteur économique (pour vendre des cartes) ou politique (pour satisfaire les pêcheurs) ? Nous tenterons, dans la seconde partie à venir de cet article, de poursuivre notre réflexion sur la nécessité de gérer autrement notre patrimoine salmonicole et la qualité de son habitat.

      - Vers une nouvelle gestion de notre patrimoine halieutique (Part. 2)

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