Saumonier


    Une passion à tort ou à raison


    novembre 2002 par Jérôme Philipon

      Saumonnier Jean-Pierre m’avait pourtant mis en garde contre la saumonite : "Je ne touche ni aux saumons ni aux truites de mer", m’avait-il dit, "de peur de ne pouvoir m’arrêter ! Je m’amuse bien assez comme cela à taquiner les farios trophées des Pyrénées, pourquoi risquer inutilement d’attraper le virus ?"

      Juillet 1998 - Oloron Sainte Marie - Je tenais une canne à mouche pour la première fois et Jean-Pierre, mon guide de pêche sur le Gave d’Aspe, me faisait découvrir les rudiments du fouet. Oreilles grandes ouvertes pour emmagasiner les précieux conseils et yeux tout ébahis par la splendeur du décor pyrénéen, je m’efforcais d’apprendre tel un écolier avide de progresser.
      Très rapidement des souvenirs inoubliables allaient s’inscrire dans ma mémoire : les premiers coups du soir, l’emmerveillement des premières éclosions et, bien sûr, mes premières farios avec un petit cul de canard émergeant jaune numéro 16.

      Juillet 2002 - Swindon, Wiltshire, Angleterre - Quatre ans biens remplis ont passé. Samedi soir, il est 19h30, je rentre à peine du Pays de Galles. Brian, l’Irlandais à la verve aussi fumante que sa pipe, vient de me déposer à la maison après trois heures de route. Malgré une dizaine de petites farios chacun et autant de tacons de 12 cm, notre groupe de quatre a fait chou blanc dans sa poursuite des truites de mer.

      Pour autant que je puisse en dire, les conditions de vendredi soir semblaient pourtant très favorables : niveau d’eau en baisse après une crue rafraîchissante, teinte couleur thé prononcée mais eau tout à fait pêchable à la mouche et surtout rivière pleine de sewins - le nom local des truites de mer galloises. Il ne restait plus qu’à peigner méticuleusement les pools à la mouche en essayant différentes profondeurs et tactiques. Une premiere séance nocturne de 22h00 à 2h30 du matin n’allait se solder que par un maigre bilan : six marsouinages, loin, très loin de nos mouches !
      Quatre heures de sommeils plus tard et nous voilà au bord de l’eau à 6h30 pour le coup du matin. Là encore, pas une attaque de sewin !

      Hormis en période de crue, les truites de mer sont principalement actives la nuit et les prises de jour constituent plutôt l’exception. Le reste de la journée de Samedi en est la parfaite illustration : pas l’ombre d’une attaque de salmonidés hormis de la petite friture de juvéniles affamés. Si l’on considère les cinquante deux heures de pêche cumulées entre quatre pêcheurs en deux jours, le bilan est tout de même bien maigre et je ne cache pas ma frustration.

      Certes chaque nouvelle session de pêche améne son lot d’espoir renouvellé mais bien malin est celui qui peut à l’avance garantir un résultat en terme de prise. La vérité est que cet exercice de pêche au saumon ou à la truite de mer est hautement aléatoire : trop souvent une lotterie ! Réalité parfois dûre à avaler et qu’il est donc bon de rappeler.

      Chaque année, de nombreux pêcheurs tentent la grande aventure. Certains feront leurs premiers pas sur leur rivière locale, d’autres - la grande majorité- au cours d’un voyage de pêche spécialement organisé. Loin de moi l’idée de les décourager mais autant qu’ils sachent à quoi ils s’engagent.

      Où est-ce que je veux en venir ? Jean-Pierre, mon guide pyrénéen, avait bien cerné le problème : saumonier est une passion dévorante, un virus, une quête ambitieuse, incertaine et pénible, pleine de merveilleuses surprises et de déceptions.
      Celui qui s’y engage ferait bien de mesurer l’ampleur de la tâche qui l’attend. La récompense que constitue un premier saumon est unique, un instant souvent mémorable. Bien que pas mal d’eau ait coulé sous les ponts depuis mes débuts à la mouche, je me considère toujours comme un "lapereau de printemps". J’ai encore beaucoup de choses à apprendre comme en témoigne les innombrables bredouilles.

      L’expérience m’a néanmoins appris ceci : il y a un remède éprouvé contre la "saumonite" et ses frustrations, une recette toute simple qui contribue en plus à construire des pêcheurs pluridisciplinaires. Varier les plaisirs en alternant pêche au saumon et truite de mer avec d’autres types de pêche a la mouche moins aléatoires : brochet en lac, ombre en rivière ou mieux en mer (Baltique), farios de torrents et Bass dans le surf. Vous m’en direz des nouvelles !


      Cet article est dédié à Jean Pierre Ruata et Guy Bonel.

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