Le grand Cormoran


    Le règne des voleurs ...et de leurs mécènes


    janvier 2001 par David Synold

       le grand cormoran C’est à la suite d’ une recherche sur le web où je suis tombé sur un site traitant des oiseaux, la page perso de Pierre Marchand que j’ai voulu écrire cet article. Je ne peux résister au plaisir de vous faire partager le commentaire de Pierre Marchand accompagnant la photo de notre grand AMI le cormoran...

      Je cite : "Il existe deux sous-espèces de Grand Cormoran, Le Phalacrocorax carbo carbo qui est une espèce maritime et le Phalacrocorax carbo sinensis qui est une espèce continentale. L’espèce continentale est accusée par certains pêcheurs à la ligne français de manger gratuitement les poissons, alors qu’eux-mêmes paient très cher le droit de pêcher du poisson qu’ ils ne mangent pas à cause de la pollution."

      Après quelques échanges peu fructueux par mail, c’est par cet article que je réponds à ce Moooonsieur, somme toute peu ouvert à la discussion et aux avis qui divergent de ses seules idées.

      Pour un écologiste - au sens étymologique du terme - convaincu, comme moi, il n’est pas simple de faire la part des choses en ce qui concerne le cormoran.

      Quand un oiseau prend nos rivières pour des réserves à grains.

      Appartenant à la famille des Phalacrocoracidés , ordre des Pélicanidés qui ne comprend qu’un seul genre appeléPhalacrocorax, seul le Grand Cormoran ou Phalacrocorax carbo vit régulièrement dans nos régions.
      La sous-espèce atlantique, Phalacrocorax carbo carbo, est native des îles britanniques, des côtes scandinaves, de l’Islande, et du Groenland.

      La sous-espèce continentale, Phalacrocorax carbo sinensis, est un peu plus petite que sa soeur atlantique, elle est aussi plus méridionale et fréquente particulièrement les eaux douces et saumâtres. Son origine est située au Pays-Bas, au Danemark, en Allemagne, en Pologne, dans le bassin du Danube, et en Grèce.
      C’est cette dernière sous-espèce, la continentale que l’on observe dans nos régions bien que la forme atlantique y fasse de brefs ,et heureusement, rares passages.

      Description

      De loin, on remarque que les Grands Cormorans apparaissent entièrement noirs, seul le blanc des joues et de la gorge, plus visible en saison des amours, donne un semblant d’humanité à cet oiseau long, raide et austère.
      En dehors de la période qui précède la reproduction, il n’est pas possible de faire la différence entre le mâle et la femelle lors d’une simple observation.
      Il atteint l’âge adulte vers quatre ou cinq ans et peut vivre jusqu’à l’âge de vingt ans. Il mesure entre quatre vingt centimètres et un mètre, son envergure est, le plus souvent, comprise entre un mètre trente et un mètre soixante.

      Anatomie

      Son corps est entièrement adapté à la nage sous-marine. Ses pattes, à quatre doigts, sont palmées. Son bec corné possède des tranchants légèrement dentelés et se termine en forme de crochet ; ce qui le classe dans les oiseaux piscivores.

      Alimentation

      Constitué à quatre vingt quinze pourcent de poissons, son régime alimentaire peut aussi comprendre des crustacés. En moyenne, le Grand Cormoran consomme entre quatre cent et sept cent grammes de poissons par jour, mais cette valeur reste variable selon les individus et leur âge.

      Si la nourriture est abondante , il pêche en bande composée jusqu’à cinquante individus. A l’inverse, si le poisson est rare il pêche en solitaire. Il fait preuve d’une grande habileté mais s’attaque d’abord aux poissons blessés ou malades.

      Vol

      Le Grand Cormoran obligé de faire quelques petits pas de course sur l’eau avant de s’envoler, est facilement reconnaissable en vol, il a la forme d’une croix. Sur courtes distances, il rase l’eau avec un battement d’ailes caractéristique. Sur des distances plus longues, il monte en altitude et plane. Il peut atteindre les cinquante kilomètres à l’heure.

      Localisation

      Le Grand Cormoran est marin mais vit très bien à l’intérieur des terres s’il y a un plan d’eau ou une rivière à proximité pour qu’il puisse aller y puiser sa nourriture.

      Les cormorans élisent domicile, pendant l’hiver, dans des dortoirs, qui conditionnent l’hivernage. Ce dortoir est fixe et se trouve obligatoirement au bord de l’eau. Ils hébergent, pour les plus petits, entre vingt et cent cinquante individus et cinq cent à deux mille pour les plus grands.

      Ces oiseaux se déplacent rarement à plus de cinquante kilomètres de leur dortoir pour éviter une trop grande consommation d’énergie. Pourtant depuis plusieurs années on constate une présence permanente de l’animal au bord de nos étangs, lacs et rivières, quand ce n’est pas au-dessus de nos salmonicultures qu’il tourne.

      On peut observer plusieurs dortoirs sur le Rhin. Plus proche de moi je peux observer un dortoir sur la commune d’Aspach le Haut, dans le Haut Rhin, sur une ancienne gravière qui fut en son temps classée en zone naturelle protègée.

      La trentaine d’individus, pour ceux que j’ai pu compter, qui y vivent peuvent aisément se rendre sur la Thur, la Doller, la Lauch, le barrage de Kruth-Wildenstein, la salmoniculture de Wildenstein et d’autres lacs, étangs et gravières qui se trouvent dans leur rayon d’action.

      Des origines à la discorde

      Les Cormorans ont, durant de nombreux siècles, subi de la main de l’homme de nombreuses pertes. Ils ont failli être exterminés dans toute l’Europe. Au début du XXe siècle, on en dénombrait moins de quatre mille couples.

      Après les années soixante dix, des mesures de protection de l’espèce on été prises comme la directive de la CEE du 2 avril 1979 sur la conservation des oiseaux sauvages, elle accorde au Cormoran une immunité totale.

      A partir de cette date le cormoran a subi une explosion démographique importante, peut-être trop importante. On annonce en ce début de millénaire le chiffre de sept cent mille têtes en Europe ; est inclu dans ce chiffre la sous-espèce atlantique. Ces chiffres ne paraissent un peu élevés et demanderaient à être confirmés par une étude et un comptage objectifs. La seule certitude, aux vues des études en la matière, est que le nombre de cormorans croît régulièrement.

      Une telle prolifération de l’espèce n’est pas sans soulever des questions quant à ses raisons mais aussi aux conséquences qui en découlent.

      En ce qui concerne les raisons on peut évidement trouver une réponse simpliste en accusant la directive Européenne de 1979... mais il faut se rendre l’évidence, les activités industrielles et humaines, rejets, construction de barrages et retenues, etc. entretiennent et font croître les zones cyprinicoles, donnant par la même occasion, de nouveaux lieux de développement et de chasse à l’oiseau.

      Pour ce qui est des conséquences... on notera qu’avant le 20ème siècle le cormoran était un oiseau rare sur nos cours d’eau et nos lacs et les quelques individus que l’on observait étaient sur le chemin de la migration. Depuis les années cinquante, l’hivernage de l’espèce sur les grands lacs puis les moyens et encore les petits est une réalité. Dans les années quatre vingt, ils s’attaquent à nos cours d’eau ne faisant plus de différence entre les cyprinidés dont ils prélèvent les plus faibles, les malades et les blessés et les salmonidés qu’ils pêchent sans distinctions dans des eaux généralement peu profondes. Plusieurs études arrivent aujourd’hui, à une conclusion que je partage :

      On peut exclure l’influence de l’action du grand cormoran sur les espèces de poissons qui sont menacés dans les eaux stagnantes. Mais pour les eaux courantes, son influence néfaste a été démontrée sur plusieurs espèces comme la truite lacustre, l’ombre et La truite fario. De plus une présence du cormoran sur nos rivières lors de la période du frai des truites me parait être une chose peu compatible avec le respect de la faune et de sa reproduction naturelle déjà fortement compromise par les obstacles et les rejets créés par l’Homme.

      On nous reproche à nous pêcheurs de vouloir la peau de la bête, alors que certains écologistes, au sens politique du terme, prétendent que la directive est bonne et qu’elle doit rester en l’état... on ne peut blâmer aucune des parties. Face à l’envahissement et à la menace de plusieurs espèces de poissons autochtones ; ne serait-il pas envisageable de modifier une directive vieille de vingt ans et qui n’est plus adaptée à la situation actuelle ?

      Si l’on ne se décide pas à aller dans ce sens, les efforts consentis par les usagers de l’eau - dont nous sommes une composante incontournable - pour la reconquête des rivières et ruisseaux par la truite et l’ombre et accessoirement le barbeau et le chevesne, auront été vains. Les conséquences qui en découleront seront une fois de plus imputées aux pêcheurs mais la responsabilité restera dans le camp de ceux qui, aujourd’hui, refusent au mépris du bon sens la régulation de ce satané oiseau.

      Conclusion

      Il me parait important de rappeler les études et les analyses de certains scientifiques et biologistes qui mettent l’accent sur le fait que les Cormorans sont le seul facteur sur lequel une action est possible.

      Mais peut-être que la solution viendra de la nature elle-même puisque de source scientifique les cormorans sont actuellement victimes de nématodes ; vers parasites présents dans l’estomac de spécimens abattus ou décèdés et autopsiés.

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