Mondial Mouche 2002 (Part. 2)


    octobre 2002 par Jean-Pierre Jurado

      Dimanche 7 juillet 2002 - Ce matin, c’est repos pour tout le monde, mais en plein championnat, une matinée de repos est forcément bien remplie. Dans les villages tout le monde s’affaire pour préparer les trois manches à venir. A Granges sur Vologne, les nombreux spectateurs se réjouissent des démonstrations de lancer orchestrés en grand spectacle par les moniteurs de la FFPSML.

      Mondial Mouche 2002Les plus hardis vont prendre leur leçon individuelle de double traction, pendant que d’autres observent le talent de Michel Flenet au montage de mouches d’exception. Les sponsors de l’épreuve n’ont pas manqué cette occasion de présenter leurs dernières nouveautés, notamment Marryat France avec sa canne "Furtive" et le dernier né de ses moulinet, le MR3. Mais bien vite il est temps pour tous les compétiteurs de prendre le bus et rejoindre les parcours.

      A Longemer les poissons commencent à comprendre que tout ce qui est criard n’est pas forcément bon à goûter, et qu’en plus ça fait mal aux dents. C’est la journée de transition, celle où il devient difficile de déterminer ce qui va plaire aux truites. Dans cet exercice, c’est le tchèque Tomas Starychfojtu qui va se montrer le plus habile en prenant 11 truites, contesté jusqu’au bout par le finlandais Ruokonen qui échoue sur le fil avec 10 prises.

      Sandro Soldarini (Italie) est l’heureux troisième, talonné par Philippe Schetter (Belgique), ils totalisent chacun 6 prises. Côté français, on peut dire que rien n’épargne Gérald (Garcia). Dans cette manche charnière, il ne sera jamais en mesure de rivaliser avec les meilleurs. Avec 4 poissons il est dans la moyenne, mais par le jeu des tailles il échoue à la 14ème place (le 8ème, l’australien Stagg a également pris 4 poissons). Dans ces cas, les poissons perdus laissent le goût amer des regrets puisque seulement 2 poissons de plus font gagner une dizaine de places. De quoi maudire tous ces petits riens qui volent une bonne performance. Quand ça ne veut pas sourire...

      Sur la Moselle, Philippe Béranger est en plus grande difficulté encore. Sur le secteur 19 (en aval) il lui est impossible de mettre à l’épuisette un seul poisson maillé. Au 16, Tony Perrin (Belgique) remplit son contrat en épuisant 3 poissons pour une plus qu’honorable 5ème place. Sur les secteurs amont, aux postes 4 et 2, Dennis Butcher (USA) et le polonais Guzdek finissent respectivement 4ème et 3ème avec 4 prises.
      Les meilleurs sur la Moselle aujourd’hui sont l’espagnol Quevedo au poste 5 et le tchèque Dvorak sur le secteur 13. Ce dernier l’emporte avec 7 poissons contre 6 à son adversaire. Derrière c’est l’hécatombe puisque 12 pêcheurs sont capots, outre Philippe Béranger, Edgardo Dona (Italie), Mika Vale, Scott Tucker, Hywel Morgan, Mike Tinnion entre autres rendent une feuille vierge.

      Sur la Moselotte, le mano a mano entre Bernard Marguet et Olivier Martinovic continue. Sur des eaux très fines avec des poissons déjà très sollicités ils font une brillante démonstration de leur talent. En trois heures de pêche ils mettent chacun 6 poissons au sec, et c’est encore une fois le belge qui l’emporte, cette fois à la faveur du jeu des tailles. Le polonais "Toni" Tondera est juste derrière avec 5 poissons, devant l’écossais Ian Jones (4 poissons). Mark Yelland (Afr. du Sud) et Martin Droz (Rep. Tchèque) finissent respectivement 5ème et 6ème avec 4 poissons. De leur côté, l’espagnol Martinez et l’italien Tinti prennent chacun une petite truite pour sauver le capot et finissent la manche 11ème et 13ème. Derrière il y a tout de même 7 capots.

      On retrouve Jérôme Brossutti sur la Vologne dont les eaux sont toujours aussi basses. Etre discret, pêcher juste et fin, ne pas se laisser déconcentrer par les prises de (trop) petites truites : C’est le challenge à relever. 8 pêcheurs échouent totalement dans cette entreprise, dont le tchèque Sedivy et l’Espagnol Garcia-Fernandez. 4 compétiteurs sauvent le capot dont le belge Denis Liczner qui prend la 11ème place avec une truite de 23 cm. Avec 3 poissons pour la 7ème place, Angelo Ferrari sauve les meubles à défaut de briller.
      Mais les meilleurs aujourd’hui sont l’américain Jay Buchner et...notre Jérôme national. Avec 7 truites maillées (et un wagon de petites) chacun, ils se disputeront la victoire jusqu’à la dernière minute. Le duel tourne à la faveur du français pour quelques centimètres de plus. Carton plein pour Jérôme, qui non seulement ramène le précieux point de la victoire, mais surtout creuse l’écart avec les adversaires directs de l’équipe de France.

      La Thur La Thur reste le parcours le plus régulier. Dans cette 3ème manche, seuls 2 compétiteurs rendront une feuille blanche et 113 poissons seront comptabilisés !!! Première surprise, l’italien Baldassini, sur le secteur 4 qui aura été régulier tout au long de la compétition, ne réussit à prendre que 2 truites. Il échoue à la 17ème place. Le Tchèque Karel Vacek lui aussi n’exploitera pas un bon secteur 12. Ses 5 truites ne lui valent que la 8ème place.
      Car devant, on a trouvé la pêche. Le polonais konieczny et le sud-africain Wellmann mettent chacun 11 truites à l’épuisette pour conclure aux 5 et 4èmes places. Juste devant c’est le duel hispano-belge entre Santiago Punter et Alain Gigot. Ils totalisent chacun 12 truites, et c’est le belge qui s’adjuge la seconde place aux points, signant là qu’il est enfin rentré dans la compétition après 2 manches en demi-teinte.
      Mais aujourd’hui sur la Thur, un pêcheur est au dessus du lot. Ses supporters sont venus de Savoie et ont même déployé une banderole pour l’encourager. Il s’octroie un légitime moment d’émotion avant le coup d’envoi mais entre dans le vif du sujet dès les premières minutes où il fait 2 petites truites. Dès lors, en confiance et particulièrement opportuniste, il alterne mouche sèche et nymphe pour exploiter chaque poste, et au bout de 3 heures de pêche, c’est 21 truites qu’il a fait comptabiliser. Jean-Luc Estublier est bien dans le coup, ce dimanche après-midi, il était même intouchable. Son petit point va à l’équipe, et il en profite pour mettre un coup au moral de ses adversaires. Excellente opération donc pour le vétéran de l’équipe de France qui montre l’exemple.

      A l’issue de cette 3ème manche, les écarts sont minimes, la France est en tête avec 78 points, devant la Belgique (92 pts), la République tchèque (100 pts), l’Italie (115 pts), l’Espagne (116pts) et la Pologne (118 pts).Les écarts sont donc très minimes, un capot coûtant 20 points à lui seul. La soirée s’annonce très tactique et technique, il faudra demain négocier les 2 dernières manches, probablement les plus difficiles. Les observations des compétiteurs et du staff que chaque équipe a pris soin de mettre en place seront donc précieuses et les options tactiques choisies seront déterminantes pour le classement de chacun.

      Lundi matin les eaux sont toujours aussi basses et claires, il n’y a pas de raison que la pêche devienne plus facile.
      Alors sur la Vologne c’est l’hécatombe. En 3 heures de pêche 12 compétiteurs n’ont pas marqué un seul poisson, dont le tchèque Martin Droz, et le belge Olivier Martinovic qui après avoir survolé les débats revient au rang de simple mortel. A sa décharge, signalons que lorsqu’il s’est présenté à l’abord du seul pool valable de son secteur, il y a découvert un photographe qui surplombait ce coup sur un rocher au bord de la rivière. Bien évidemment le pool s’était vidé de tous ses occupants. Tous les parcours étaient pourtant parfaitement balisés par l’organisation et il est dommage qu’un illustre crétin soit venu perturber la pêche d’un compétiteur en course pour le titre mondial. Espérons qu’au moins la photo était réussie... Pour le belge, une seule touche, celle qui lui aurait suffi dans sa course au titre, décrochée après quelques cabrioles, et un bilan catastrophique pour ce jeune moucheur de 22 ans qu’on voyait déjà cette année champion du monde.
      Car il fallait peu de choses pour bien figurer dans cette manche.

      Trois pêcheurs sauvent le capot pour les 7, 8 et 9èmes places, Susumu Kaneko (japon) prend 2 truites pour la 5ème place et devant nous trouvons 4 compétiteurs avec 3 truites chacun. Bernard Marguet a pris les plus petites et finit 4ème. Il est devancé par Tondera (Pologne), Martinez Espagne, et c’est l’italien Jacopo Tinti qui remporte cette manche avec 3 truites lui aussi.

      Sur la Moselotte il devient aussi difficile de tirer son épingle du jeu. 9 pêcheurs rendent une feuille vierge, 5 autres sauvent la catastrophe, dont l’espagnol Quevedo (9ème). Avec 2 truites le polonais Guzdek est 6ème et le Gallois Hywel Morgan 5ème. Edgardo Dona est 4ème avec 4 poissons, précédé avec 5 poissons chacun par Philippe Béranger et Tony Perin, le belge le devançant pour 5 petits centimètre. C’est le Tchèque Dvorack qui l’emporte, en totalisant 6 poissons. Dans cette manche les favoris se sont marqués "à la culotte".

      Sur la Moselle, c’est aussi ardu de faire mordre un poisson. 8 pêcheurs, dont l’espagnol Punter-Toran n’y parviendront pas. 6 autres, dont le Tchèque Vacek ne marquent qu’une prise. 4 autres compétiteurs en marquent 2, Baldassini (Italie 6ème), Flohr (Luxembourg 5ème), Gibson (Ecosse 4ème), et Jean-Luc Estublier qui se classe 3ème avec 2 poissons de 29 et 45 cm. Il ne fallait pas les décrocher !
      Devant, c’est le slovaque Trnka qui s’adjuge la seconde place avec 3 poissons. Reste le vainqueur de cette manche, le belge Alain Gigot. En reconnaissant son parcours, il a localisé un banc d’ombres actifs. Il s’en approche discrètement, expédie une petite nymphe, dérive, prise, ferrage, lutte, épuisette. Une fois (en belge dans le texte), 2 fois, 3 fois, 4 fois. En une demi heure 4 ombres sont passés par la gouttière du contrôleur, il a déjà gagné sa manche ! Il en mettra 7 autres dans l’épuisette tout au long de son secteur. C’est sa seconde grande performance consécutive , celle qui confirme qu’il est bien revenu dans la compétition après 2 premières manches bien au dessous de son potentiel. Voilà un garçon qui a de belles ressources morales !

      Mondial Mouche 2002Des ressources morales, il en faut aussi à son coéquipier Philippe Schetter sur la Thur. Il a tiré un secteur amont difficile (le 2). Dans la première heure, il s’applique pour prendre 2 truites trop petites, puis en décrocher 3, pour enfin en mesurer 2. Il en marquera 3 autres et finit 14ème en n’ayant pas grand chose à se reprocher. Juste en aval, Gérald Garcia démarre lui aussi difficilement et met plus d’1/2 heure avant de marquer sa première truite. Heureusement, il ne se démobilise pas et monte en puissance à mesure qu’il progresse vers l’amont de son secteur. Il finit en trombe, après avoir mesuré 15 truites pour la 5ème place. Car sur la Thur ce matin, il faut faire beaucoup de poissons pour bien figurer. Devant lui, Soldarini (Italie 4ème), Oliveras (Espagne 3ème) et Tysack (Angleterre 2nd ) en mesurent 16 et se départagent par leurs tailles. Mais comme Jean-Luc la veille, un pêcheur réalise la manche parfaite. C’est Tchèque Tomas Starychfojtu, qui explose le "record" de Jean-Luc (21 poissons) pour le porter à...27 truites prises en 3 heures !!!! Non, ce n’est pas en lac qu’il s’est pris ce matin 187 poissons par 19 compétiteurs, c’est bien sur la Thur !

      Sur le lac tout le monde prend du poisson, mais le total est 3 fois inférieur, et la pêche particulièrement ardue. L’espagnol Garcia-Fernandez ne peut faire mieux que 11ème avec 2 truites, l’italien Ferrari cale également sur le même score pour la 10ème place. Le tchèque Sedivy en fait une de plus pour la 8ème place, tout comme le belge Denis Liczner qui le devance d’une place.
      En lutte pour les 3 premières places, on trouve le Gallois Cartwright, l’écossais Cocker et Jérôme Brossutti. Les écossais ont très bien appréhendé Longemer durant tout le championnat, et celui ci ne fait pas exception. Il l’emporte avec 10 poissons. Il laisse la troisième place au gallois avec 8 prises. Jérôme prend donc la place de dauphin, grâce notamment aux indications de Gérald Garcia qui a essuyé les plâtres la veille.

      Avec 40 points d’avance ( soit 2 capots) la France a creusé l’écart (95 points) et doit assurer pour conserver son titre, la Belgique 135 pts), la République Tchèque (138 pts), l’Italie (140 pts) et l’Espagne 152 pts) sont dans un mouchoir de poche pour les places d’honneur. En individuel, c’est encore plus serré, là personne n’a droit à l’erreur. Trois français sur les 5 en compétition peuvent encore prétendre au sacre.

      1. Brossutti (9pts)
      2. Marguet (12pts)
      3. Starychfojtu (13pts)
      4. Tondera (15pts)
      5. Estublier (18pts)

      Nous voilà donc à la cinquième et ultime manche de ce mondial 2002. Le contrat à remplir pour les français est simple : Il ne faut pas que 2 compétiteurs soient capot. Pour leurs suivants il faut encore être parmi les meilleurs. Les compétiteurs en lice sur la Vologne et la Moselle sont donc les plus exposés.

      Sur la Vologne, il se prend toujours aussi peu de poissons. Dans ces circonstances difficiles, Philippe Béranger remplit son contrat en mettant au sec une petite truite de 23 cm (9ème), ce que ne réussissent ni le Tchèque Dvorack, ni le polonais Guzdek. Tony Perin (Belgique) fait mieux avec 2 truites qui lui assurent la 6ème place. L’italien Dona avec 2 truites plus belles est 2ème, et cette manche est gagnée par l’inévitable espagnol de service, Oscar Quevedo.

      S’il en est un qui aura été de toutes les galères cette année, c’est bien Gérald Garcia. Alors pour faire bonne mesure, il est sur un des secteurs aval de la Moselle (le 16), les plus difficiles et irréguliers. Certes, il a bien cette jolie chute d’eau, avec un beau trou à l’ombre des arbres, mais quand la Moselle a décidé de ne rien donner, elle ne donne vraiment rien. Alors il a beau y passer et repasser ses nymphes, pas une nageoire n’en sortira.

      Reste à savoir ce que les autres vont y faire cet après midi. Philippe Schetter au 20 est dans la même galère. Pourtant il est d’une discrétion exemplaire, il s’approche et lance ses mouches sans jamais effrayer les poissons. Mais quand il repère quelques ombres, ceux ci sont entre deux eaux, et rien ne semble pouvoir les émouvoir. A tel point, que de dépit il lance sa nymphe sur un chevesne, pour lui retirer au moment il va la prendre, juste pour voir s’il peut encore tenter un poisson... Bien qu’il retrouve immédiatement sa concentration, il ne fera pas mieux que Gérald et rendra une page blanche. L’italien Sandro Soldarini au 9 est logé à la même enseigne, il a bien des poissons, mais rien à faire pour les tenter, à tel point que son contrôleur s’allonge dans l’herbe pour une séance de bronzage.

      Juste en amont, le polonais Josef Lach sauve le capot avec une truite de 27cm. Le poste 4 est celui du tchèque Tomas Statychfojtu. Lui aussi est à la peine. Il réussit tout de même à prendre un poisson de 36 cm. Un des accompagnateurs de l’équipe commence à lui donner quelques indications. Le contrôleur les réprimande et leur rappelle le règlement qui stipule que durant une manche, le compétiteur n’a le droit de parler qu’au capitaine de son équipe à l’exclusion de toute autre personne. Il continue donc à pêcher les poissons qui sont devant lui. Nouveau conciliabule avec son compatriote, nouvelle réprimande du contrôleur. Il change de mouche et prend un poisson. Evidemment cette deuxième prise ne sera pas validée par la FIPS (Fédération internationale de pêche sportive mouche) ce qui, fait amusant, ne changera rien à son classement.

      Car aujourd’hui sur la Moselle, est heureux celui qui a mis un poisson dans l’épuisette. Ils ne sont que 7 dans ce cas. Le norvégien Syversbraaten (7ème), l’australien Stagg (6ème), Josef Lach (5ème), le hollandais Crooymans (4ème), l’ excellent anglais Tysack (3ème), derrière ce diable de Tomas Starychfojtu second avec son poisson de 36 cm. Cette seconde place sur la Moselle est inquiétante pour Bernard Marguet qui ne le précédait que d’un petit point et encore plus pour Jean-Luc Estublier qui le suivait à cinq longueurs.

      Devant tout ce beau monde, il en est un qui était en état de grâce pour cette dernière manche. Quand tout le monde peine pour rentrer un poisson, lui en mesure 7 entre 25 et 38 centimètres. Durant la dernière demi-heure il conclut en beauté son championnat en épuisant successivement une truite de 37cm dans le dernier courant et un ombre de 34...sur le dernier plat. Il s’agit de Jorge Oliveras. Cette fois encore, le petit espagnol n’a pas manqué le rendez-vous, et si les poissons étaient bien disposés sur son secteur, il n’a pas laissé passer l’opportunité d’achever l’épreuve sur la note la plus positive.

      Sur la Moselotte ce n’est pas non plus la fête. 8 compétiteurs sont capot, dont le tchèque Karel Vacek. Ce 2ème capot est catastrophique pour les Tchèques qui cèdent donc déjà 40 points à leurs adversaires directs belges italiens et espagnols. L’italien Baldassini avec une truite de 22cm accroche la 11ème place, l’espagnol Punter-Toran s’en sort lui aussi in extremis avec un poisson de 32cm pour la 7ème place. Alain Gigot est à l’étage au dessus avec 2 poissons et la 5ème place. Il est parfaitement revenu dans le match malgré ses 2 premières manches difficiles, faisant ainsi mentir ceux qui l’auraient enterré un peu tôt. Jean-Luc Estublier conclut lui aussi ces championnats avec 2 poissons (4ème), juste derrière le luxembourgeois Lucien Flohr qui s’offre la troisième marche de la manche et par la même occasion le meilleur résultat de son équipe dans la compétition. Deux pêcheurs ont totalisé 3 prises, le finlandais Sironen et le gallois Thurnall. C’est ce dernier qui s’imposera à l’issue de la manche pour quelques centimètres. Pour Jean-Luc le contrat est largement rempli. Tous les adversaires directs de l’équipe sont derrière lui et ce résultat préserve toutes ses chances au classement individuel...

      A Longemer, Bernard Marguet a un gros challenge à relever : A la fois marquer des points pour l’équipe car les résultats de ses coéquipiers en rivière sont aléatoires, et ensuite soigner son classement individuel puisque le titre mondial est à sa portée. Alors la pression est lourde sur ses épaules dans cette dernière manche, alors qu’on le sait plus à son aise en rivière qu’en lac.

      Dans ce groupe, le polonais Tondera pêche lui aussi pour le titre mondial individuel. Quatrième à l’entame de cette manche, il n’est qu’à 2 points de Starychfojtu, 3 de Bernard, et 6 de Jérôme, le titre est donc à sa portée, d’autant plus qu’il partage son bateau avec Olivier Martinovic... Dans cette dernière manche les concurrents vont décrocher énormément de poissons, car les truites ne peuvent pas prendre les leurres avec l’enthousiasme du premier jour (quoi de plus normal après 3 jours de pêche intensive ?). Les montages se sont affiné, les mouches aussi, elles sont plus dépouillées, plus neutres. Tous les compétiteurs vont donc voir leurs nerfs mis à rude épreuve.

      A l’issue des 3 heures de cette ultime manche, le premier à faire les frais de ces changements est le polonais Antoni Tondera qui avec seulement 2 prises pour une 12ème place laisse définitivement s’échapper tout espoir de podium. Juste devant lui avec 3 prises chacun, le tchèque Droz (11ème), l’italien Tinti 10ème, et l’espagnol Martinez (9ème), laissent encore s’échapper des points précieux.

      Olivier Martinovic (Belgique) se reprend bien après son capot du matin sur la Vologne. Il a la bonne tactique, les bonnes mouches, mais décroche plus qu’il n’épuise de poissons. Au final il en mesure tout de même 5, ce qui lui offre la 7ème place devant tous ses adversaires directs pour le podium. L’essentiel est donc fait, et comme lui a si bien dit un de ses coéquipiers, " tu aurais eu l’air fin en gagnant 4 manches et en étant capot sur la Vologne !".
      Bernard Marguet a lui aussi répondu présent au rendez-vous. 4ème avec 6 truites, il a bien œuvré pour l’équipe, il ne lui manque qu’un seul poisson pour l’emporter. Il ne lui reste plus qu’à attendre les résultats... Devant lui, le finlandais Vappula(3ème, 6 prises), l’américain Ungermann (2ème, 6 prises) et l’anglais Andrew Dixon 1er avec 7 truites s’offrent un dernier baroud d’honneur.

      La Thur La Thur a été jusqu’ici la plus régulière des rivières, et une fois de plus les compétiteurs vont y trouver des poissons actifs. Mais encore une fois, truite postée n’est pas forcément truite facile. Angelo Ferrari en fait les frais, il n’est que 15ème avec 3 truites. Hormis Edgardo Dona sur la Vologne, l’équipe d’Italie aura vécu un après-midi cauchemardesque, abandonnant ainsi toute prétention à une place d’honneur. Du côté des espagnols on a remplacé Garcia par Herrero pour cette dernière manche. Avec 5 truites il obtient la 9ème place. Il fait donc mieux que l’italien mais moins bien que le belge et le tchèque. C’est toujours difficile de rentre en fin de match...quelque soit le sport !

      Le jeune belge, Denis Liczner se sort très bien de cette manche. Il totalise 7 prises (et en décroche autant), sa cinquième place, amplement méritée, conforte l’excellente prestation de cette équipe belge qui aura longtemps fait douter les français. Devant lui c’est un match entre l’hémisphère sud et la vieille Europe, avec d’un côté l’australien Ross Stewart et le sud-africain Tim Ralston, et de l’autre le tchèque Sedivy et notre Jérôme Brossutti national.

      Le premier à céder est le sud-africain qui " cale " a 10 truites. Devant lui, Jerôme s’offre la troisième place et son premier titre de champion du monde individuel. Il totalise 12 truites mesurées, tout comme Vladimir Sedivy, champion du monde en titre pour quelques heures encore, qui démontre s’il en était besoin qu’on doit toujours compter sur lui dans les grandes occasions. Et c’est Ross Stewart, l’australien qui termine en beauté ce championnat avec 13 poissons mesurés. Même si australiens et africains du sud ont déjà connu meilleure fortune, ils restent des concurrents sur lesquels il faut compter...

      Nous voilà donc à l’heure du résultat final.

      L’équipe de France est Championne du Monde, la Belgique est vice championne...et c’est l’Espagne qui monte sur la 3ème marche du podium, coiffant sur le poteau la République Tchèque et l’Italie. En individuel :

      le Podium du Mondial Mouche 2002
      JEROME BROSSUTTI est sacré Champion du Monde

      Tomas Starychfojtu est vice champion et Bernard Marguet (à un petit point) empoche le bronze. Jean-Luc Estublier paie cher sa "mauvaise" première manche puisqu’il échoue au pied du podium, talonné par deux espagnols. A l’aube de sa retraite internationale, on rêvait de voir Jean-Luc sur le podium individuel. Une manche pas même ratée, juste difficile, en aura décidé autrement. Reste l’or collectif, à savourer sans modération.

      Analyse et commentaires en brèves

      L’équipe de France a su surmonter la pression pour s’imposer à domicileToutes les conditions ont été réunies (encadrement, logistique...) pour réussir le pari, et ils l’ont fait, au-delà de toute espérance !!! Le titre par équipe, Jérôme champion, Bernard troisième, Jean-Luc quatrième... Cohésion totale, esprit d’équipe, respect des consignes, encadrement de qualité (dont Pascal Cognard lui-même), concentration de chaque instant, voilà la recette du succès, à accommoder avec une généreuse dose de talent, bien évidemment.

      Un mot pour Gérald Garcia qui a réussi à concentrer sur lui à peu près toutes les galères de l’équipe, juste soulagé en troisième manche par Philippe Béranger. Il y a des jours comme ça, où rien ne veut s’emboîter dans le bon ordre... Tout va bien, le titre est là et cette médaille d’or acquise de haute lutte guérira les blessures d’amour propre. Soulignons pour finir la disponibilité et la courtoisie dont a fait preuve l’équipe et son encadrement, vis-à-vis des médias présents pour l’évènement, qu’ils en soient ici remerciés, de même que l’équipe belge qui marche sur ses traces...

      La Belgique, justement, a aligné une équipe homogène et talentueuse, les cinq pêcheurs sont dans les trente premiers. Il ne leur a manqué qu’un petit rien pour disputer la victoire plus âprement aux français. En individuel, Olivier Martinovic nous a épaté, sans ce capot sur la Vologne dans la quatrième manche il disputait la victoire finale à Jerôme Brossutti. C’est un pêcheur de classe mondiale, très complet, dont on reparlera assurément au plus haut niveau, d’autant qu’à 22 ans le temps joue en sa faveur. Dommage également pour Alain Gigot qui est rentré dans la compétition par 2 manches en demi teinte avant de se libérer et montrer qu’on peut compter sur lui dans les grandes occasions.

      Tony Perin réalise lui aussi un très beau parcours, il n’a été en difficulté que sur la Thur, sur un secteur où personne n’a réalisé de bonne performance. Même chose pour Philippe Schetter qui après 3 belles prestations s’est bien sorti d’un secteur piège sur la Thur mais a échoué sur la Moselle (y avait il une solution ?!) en dernière manche. Denis Liczner a lui été très régulier dans ses résultats. Il ne lui manque qu’à s’aguerrir au plus haut niveau pour accéder au top 10 mondial.

      Les Espagnols, qu’on attendait, certes, mais pas à ce niveau, sont l’heureuse surprise de ce mondial. Ils ont fait preuve d’une énorme pugnacité, et se sont adaptés en permanence pour compenser leurs lacunes dans la pêche de l’ombre. Ils ont été les meilleurs sur les eaux assoiffées de la montagne vosgienne dans la pêche des truites sélectives. Ils sortent du podium rien moins que les tchèques et les italiens, qui sont des plus réguliers à haut niveau. Nul doute qu’il faudra compter avec eux l’an prochain, à domicile, s’ils ne se laissent pas subjuguer par la pression qui inévitablement pèsera sur leurs épaules.

      Italiens et Tchèques sont les grands perdants de ce mondial. Bien que lâchés par les Français dans la course au titre, les deux équipes étaient en course pour la deuxième place jusqu’à la dernière manche où ils ont explosé face aux belges et aux espagnols. Starychfojtu est le seul tchèque qui a échappé à un capot, et il est vice champion. Edgardo Dona le meilleur transalpin, en étant capot dans la troisième manche...Tous auront à coeur de se racheter en Espagne.

      Ces cinq équipes ont survolé les 22èmes championnats du monde. Derrière eux, sept équipes sont très proches, la Pologne, la Finlande, l’Australie, l’Ecosse, l’Angleterre, l’Afrique du Sud et les Etats-Unis. Pour ceux là, les conditions rencontrées en France, eaux basses et poissons très sélectifs, étaient trop difficiles. C’est le groupe des " prétendants ", avec des équipes en net progrès comme l’Ecosse(sous l’impulsion de Marc Petitjean), la Finlande, et les Etats-Unis, et d’autres qui se reconstruisent pour retrouver les fastes d’antan, autour de bases solides comme la Pologne ou l’Angleterre de Chris Ogborne.

      Reste le dernier groupe de huit équipes, qui sont là soit pour apprendre en côtoyant le plus haut niveau, soit simplement pour être de la fête, ou les deux. Souvent ils disposent de quelques individualités, mais pas assez de régularité pour faire un bon classement par équipe à ce niveau. Parfois l’un d’eux s’arrête de pêcher pour photographier un insecte, ce n’est pas forcément l’esprit de compétition qui est leur moteur premier, mais ça amène un regard décalé sur cette épreuve, dans l’esprit de Coubertin.

      Le mot de la fin sera pour tous ceux qui ont fait de ces 22èmes championnats du monde estampillés "made in France" une réussite. Le comité d’organisation et tous les bénévoles qui ont durant des mois préparé puis fait vivre cette épreuve sur chaque site, les pêcheurs qui ont sacrifié leurs journées de pêche pour satisfaire au règlement international, les initiateurs qui ont fait découvrir notre passion à 1000 écoliers, les contrôleurs qui sont venus de toute la France et de Belgique, et tous ceux en général qui ont contribué au large succès de cette première en France. Merci, merci beaucoup, on s’est vraiment régalé !

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