Pour une gestion raisonnée (Part. 2)


    décembre 2002 par Christophe Bouet

      Si, par expérience, les scientifiques et une écrasante majorité des pêcheurs de salmonidés sont tombés d’accord sur le sujet, il paraît tout de même aberrant de continuer bêtement à réaliser d’important empoissonnement alors que le déversement en truites surdensitaires est unanimement reconnu comme un non-sens écologique ?

      Seulement voilà, tout n’est pas si simple et ceux qui ont déjà assisté à la réunion de leur association de pêche sauront probablement de quoi je veux parler. En effet, en ces lieux, tout devient très difficile lorsqu’il faut prendre une décision. Effectivement, combien sont prêts à braver les quelques pêcheurs protestataires, souvent majoritaires dans ce type d’assemblée, qui réclament haut et fort leur quota de truites pour l’ouverture ? Combien osent franchir le pas vers une vraie gestion de nos rivières en favorisant la reproduction naturelle des géniteurs et en protégeant efficacement leurs alevins ? Combien accepteraient enfin de risquer l’affrontement avec ceux, mécontents, qui prennent la peine d’assister aux assemblées pour réclamer toujours plus de poissons dans leur rivière ?

      Alors souvent, pour contenter tout le monde, on improvise une gestion bâtarde pour se donner bonne conscience : On organise alors des lâchers de truites surdensitaires pour satisfaire les pêcheurs et parallèlement on aménage des ruisseaux pépinières, on pose des boîtes Vibert et on créer des réserves. Cependant, avec ces systèmes de gestions antagonistes réunis sur un même cours d’eau les associations de pêche finissent par ne plus gérer un domaine piscicole mais finalement deviennent ni plus ni moins des gestionnaires de pêcheur. Pourtant, si nous voulons réellement faire avancer les choses, il faut que cette démarche politique cesse une fois pour toute et il convient d’arrêter ces contradictions pour finir enfin à trouver un remède et administrer sainement nos parcours salmonicoles.

      N’allez pas croire aujourd’hui qu’en tenant ces propos je sois totalement hostile aux pêcheurs qui désirent prendre du poisson le jour de l’ouverture et personnellement je ne vois aucun inconvénient à ce que certains trouvent du plaisir à ramener chez lui quelques truites privées de leurs nageoires, même si elles sont prises dans un trou les unes derrières les autres à la pâte à truite. Ce n’est certes pas la même chose que de leurrer difficilement un ou deux magnifiques poissons sauvages à la robe somptueuse mais chacun est en droit de tirer de la satisfaction comme il l’entend et comment ou pourquoi devrait-on juger nos différences de valeur ?

      Je m’insurge simplement sur la cohabitation de deux modes de gestion opposés qui finissent par détruire un patrimoine qui pourrait être au contraire mis en valeur. S’il est effectivement souhaitable de gérer artificiellement une rivière ou un parcours de pêche, malheureusement très touché, lorsque la nature n’est plus en mesure de le faire, pourquoi pratiquer cette gestion incohérente là ou la bêtise humaine n’a pas encore tout détruit ?

      Car il faut bien l’avouer, même avec cette méthode bâtarde pour tenter de satisfaire tous les pêcheurs, personne n’y trouve son compte : Les uns trouvent que les poissons sauvages se raréfient et les autres se plaignent du manque de captures, donc de déversement !

      L’avenir de nos eaux à potentiel salmonicole se jouera donc sur une gestion adaptée. Il faut à mon sens encourager la création de parcours touristiques empoissonnés artificiellement lorsque dame nature n’est plus en mesure de le faire comme cela commence à se réaliser sur des initiatives privées dans les Pyrénées et en Normandie. De même, il faut poursuivre la création de réservoirs sur des plans d’eau stériles. Ces actions pourront valoriser artificiellement et concrètement une nature dégradée sans que cela puisse nuire au bon fonctionnement de notre écosystème lorsque celui ci n’est plus apte à réguler lui-même les nuisances. Menées en des lieux judicieusement choisis, ces initiatives n’en seront que bénéfiques pour la pêche puisqu’elles feront progresser notre technique, amuseront les néophytes et satisferont les pêcheurs plus exigeants sur le nombre de captures que sur la qualité de celles ci. Parallèlement à ces actions, dans les sites naturels où tout n’est pas encore perdu, et dieu sait s’il en reste, il convient d’adopter une démarche opposée et bien plus restrictive en définissant une politique qui favorisera la vie et la reproduction de nos salmonidés en fonction de la rivière.

      Il est bien sûr évident que les pêcheurs qui ne souhaitent pas adhérer à ces conditions obligatoirement arbitraires et limitatives seront absents en ces lieux pro­tégés comme le feraient indubitablement ceux qui ne fréquentent pas les sites artificiels, refusant ce type de gestion.

      Avec ce mode d’administration, tout le monde pourra y trouver son compte et la gestion de chaque lieu n’en sera que meilleur. Il serait bon que chaque gestionnaire en prenne conscience et surtout que chaque responsable de la pêche démocratique française accepte cette évolution inéluctable. Dans le cas contraire, nous allons voir dans les prochaines années se confirmer le schéma de ce qui commence à se profiler de plus en plus sur nos rivières françaises et qui a déjà fait ses preuves en matière de gestion sur le cheptel salmonicole : l’achat de berges par des associations privées ou des associations non fédérées.

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