La renouée du Japon


    juin 2001 par David Synold

      La renouée ou Fallopia japonica nous est arrivée d’Asie, plus particulièrement de Chine, de Taiwan, et du Japon où elle est la première à coloniser les sols pauvres et brûlés par les éruptions volcaniques.

      Quand on connaît les facultés d’adaptation et de résistance aux pollutions des sols et de l’air qu’offre une telle plante on pourrait aisément croire à son utilité sur notre continent. Mais il n’en est rien ; la plante qui a été importée vers 1825 en Europe et semble maintenant avoir atteint ses limites géographiques mais sa dispersion dans les régions colonisées continue.

      renouée du Japon

      Cette colonisation fut sans doute volontaire, tout du moins en partie, puisque l’attrait exotique de la renouée avait conquis de nombreux propriétaires de jardins. Elle se développe depuis 1929 dans tout notre pays, et un contrôle de sa progression, pour ne pas dire de son invasion, est devenue aujourd’hui problématique et coûteux, mais indispensable.

      La renouée est une plante vivace, dont les tiges et les feuilles meurent chaque année dès les premières gelées. Les rhizomes et racines passent l’hiver, à l’abri, sous terre. Dès les premiers rayons du soleil, au début du printemps, les rhizomes bourgeonnent, se développent et donnent naissance à de nouvelles tiges segmentées, qui peuvent atteindre trois mètres de hauteur dès le mois de juin et deux à quatre centimètres d’épaisseur. Ces tiges de couleur verte, piquetées de petites taches rougeâtres, sont creuses et cassantes. Chaque segment de la tige principale développe d’autres tiges fines qui portent des feuilles vertes de forme ovale.

      Les feuilles sont disposées le long de la tige de manière alternée. Leur forme évoque très vaguement celle d’un cœur. Leur taille est d’environ quinze à vingt centimètres. La Renouée forme des broussailles denses et impénétrables. Cette plante terrestre, herbacée, à tige dressée, peut atteindre quatre mètres de haut.

      Sa reproduction, en ce qui concerne l’Europe, ne se fait pas par fécondation du pistil par le pollen ni par la production de graines. La renouée utilise des méthodes plus rapides et moins aléatoires que la reproduction sexuée. La première est celle du bouturage naturel de fragments de ses tiges, qui racinent très facilement. La seconde est l’expansion par ses rhizomes de plus de vingt mètres de long, qui résistent au gel, au fauchage, au feu et à la pollution.

      Ces derniers ont aussi la faculté de bourgeonner et donc de donner de nouvelles tiges à pousse rapide qui colonisent, chaque année, un peu plus les berges de nos rivières. Le système radiculaire de la plante ne stabilise pas le sol, un fragment de rhizome peut ainsi être emporté à la faveur d’une crue et développer une nouvelle plante, en aval ...ainsi va la renouée.

      C’est malheureusement dans l’est de la France qu’elle est le mieux implantée, mais le reste du pays n’est pas épargné, ceci s’expliquant sans doute par un grand pouvoir d’adaptation puisqu’elle supporte des conditions allant d’un extrême à l’autre. Pourtant il est prouvé aujourd’hui que certains paramètres favorisent son développement, on peu aisément dire que l’humidité du sol mais aussi de l’air, les sols acides et aérés et un bon ensoleillement, s’ils sont réunis offrent le milieu idéal à la renouée.

      Les résultats des études menées il y a peu de temps, sont inquiétant. Ils démontrent, dans un premier temps, que la renouée n’a aucun concurrent naturel. Aucun végétal autochtone n’est capable de rivaliser avec sa vitesse d’extension, aucun insecte consommateur de la plante n’est connu à ce jour, seule la présence d’un sol calcaire semble éviter la prolifération de la renouée. Un hectare de renouée produit de six à treize tonnes de matière sèche pour sa partie aérienne, quant aux rhizomes, on en compte seize tonnes pour la même surface.

      L’importance du volume de ces déchets et la simple présence de la renouée ont des effets néfastes sur le milieu aquatique. On peut lui reprocher, de par l’accumulation de ces matières sèches, la création de barrages et d’encombrements dans le lit des cours d’eau, mais aussi la fragilisation des berges, puisque le système radiculaire est quasiment inexistant. Quand les condition sont idéales, comme c’est le cas dans l’est de la France, la prolifération non contrôlée de la renouée, condamne la végétation autochtone. Elle fait d’abord disparaître les autres plantes herbacées, viennent ensuite les jeunes arbustes, qui meurent par manque de lumière.

      La renouée sécrète des substances qui attaquent et font mourir les racines des grands arbres. A long et moyen terme c’est toute la flore mais aussi de la faune qui y vie ou y trouve refuge qui sont menacées. On compte aussi de nombreuses dégradations sur les ouvrages tels que les ponts, seuils et autres barrages, et la difficulté d’accès aux berges pour les promeneurs, pêcheurs et usagers de l’eau n’est pas négligeable. Pour finir on peut s’inquiéter de la pollution visuelle qu’entraîne les champs de renouées, sèches, présente durant tout l’hiver.

      La gestion de l’extension de la renouée est une nécessité. Plutôt qu’une gestion, elle est devenue une mesure de protection et de conservation de l’environnement. On ne saurait trop conseiller aux gestionnaires de lots de pêches, aux présidents d’AAPPMA, aux maires et aux présidents de communautés de communes, de prendre des décisions allant dans le sens d’un contrôle, si ce n’est d’une éradication de la renouée.

       renouée du Japon Force est de constater, que sur chaque enrochage créé par l’homme, que sur chaque coupe et débroussaillage de la végétation des rives, que sur chaque dépôt de gravas, que sur chaque parcelles de culture intensive en bord de berges, c’est la renouée qui s’installe et colonise...

      Si la renouée avance, c’est que les interventions humaines offrent un terrain favorable à son développement. Plus que le fauchage régulier, c’est la remise en état et la respect du milieu ainsi que la non intervention humaine sur la vie du cours d’eau qui permettra le retour à la normale.

      La solution des déserbages chimiques, préconisés par quelques inconscients, avec des produit dits homologués en milieu aquatique, me paraît en contradiction total avec le respect d’un milieu naturel. Le fait de vouloir se débarrasser d’un mal, somme toute naturel en introduisant un autre mal, d’origine chimique, même homologué, ne sera jamais bénéfique pour la faune et la flore.

      D’autre solutions existent, certes longues et lourdes en main d’oeuvre, mais les quelques années que prendrait son éradication manuelle, ne sont pas grand chose à côté du siècle qu’a mise la renouée à conquérir notre continent...

      Il est à noter que plusieurs expériences de lutte contre la renouée, sont en cours, l’un par l’Institut Bruxellois pour la Gestion de l’Environnement et l’autre sur deux affluents du Tarn. Dans le second cas, depuis 1997, sur deux affluents du Tarn, la réimplantation d’une ripisylve (arbres, arbustes et herbacés, peuplant les berges naturellement) sur des massifs de renouées, préalablement fauchées et évacuées, accompagnée d’un entretien régulier, limitant la concurrence avec la renouée, donne des résultats encourageants pour l’avenir.

      L’expérience menée par l’Institut Bruxellois pour la Gestion de l’Environnement, donne quelques pistes, et offre le meilleur compromis dans la lutte contre la renouée : l’arrachage manuel. Deux arrachages annuels paraissent être la solution qui offre le meilleur rapport prix/efficacité, le premier s’effectue autour de la mi-juin, juste avant le pic de végétation. Le second quand à lui s’effectue au début du mois d’octobre, lors de la repousse. Après arrachage, les plantes sont stockées sur place, en tas compacts, ce qui évite la dispersion par auto bouturage. Là où cette méthode est utilisée et reconduite chaque année, les résultat sont encourageants.

      Pour l’heure elle a permis de stabiliser les gros peuplements et fait disparaître quelques peuplements à faible vitalité. Le suivi annuel de l’arrachage, jusqu’a épuisement complet de la renouée et le suivi du peuplement après extinction, sont les conditions essentielles de réussite. On peut estimer la durée du traitement, à plusieurs années, parfois une dizaine selon que les conditions sont plus ou moins propices à la vie de la renouée. Rien n’empêche d’augmenter la fréquence d’arrachage, ou/et d’associer à l’arrachage, la plantation d’une ripisylve autochtone, composée de saules, d’aulnes et d’herbacées, si on en a les moyens techniques et financiers...

      Il en résulte un épuisement plus rapide de la plante. Lorsque l’on opte pour la plantation, les terres d’excavation devront rester sur place, pour éviter de propager par transport et dépôt, les rhizomes et les boutures. La renouée est aussi une plante fourragère, on peut donc associer à la lutte les bovins et caprins. Il faut veiller à préserver les abords immédiats de l’eau puisque le piétinement de ces animaux sont un des facteurs important de la déstabilisation des berges.

      La Renouée, en plus d’être luxuriante et conquérante, est un adversaire coriace. Sa vitalité et son agressivité en font une espèce dangereuse, d’où l’absolue nécessité de contrôler sa croissance et son développement.

      La renouée est une plante à croissance rapide difficile à contrôler.

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