La mode Punk


    Ephémère ou trichoptère ?


    30 juillet 2003 par Joan Miquel Touron

      mode Punk J’entends d’ici les commentaires : "Quel est donc ce retardataire qui se croit encore à l’heure du no future ?" Si je parle de mode Punk, ici, cela n’a rien a voir avec les touches colorées qui égayent les métros de Paris, Barcelone et Londres.

      Ces Punkies sont des mouches artificielles ayant en commun une coiffure un tantinet iroquoise. Connaissez-vous une mouche qui imite à la fois une éphémère et un trichoptère ? Je vais vous paraître très prétentieux, mais je crois la connaître. Comme pour David Vincent, tout arriva lors d’un coup du soir particulièrement difficile sur le Sègre, la plus belle rivière de Catalogne. Même si aujourd’hui elle n’est plus que le fantôme de ce qu’elle a été. Les truites rechignaient à venir en surface, et tous les insectes qui dérivaient au gré des flots, finissaient leurs métamorphoses et prenaient leur envol, tranquilles comme Baptiste. Une vraie honte.

      Les courants et les calmes n’étaient brisés que par de très rares montées, toujours sous la surface, provocant de gros remous, bien visibles. Nous pouvions présenter toutes nos artificielles, les prises étaient exceptionnelles, et la mouche qui avait réussie une fois, ne connaissait plus d’autre succès. Un cas de figure bien connu au mois d’août. Les truites, souvent de belles tailles, interceptent les nymphes de phryganes au moment où celles-ci rejoignent la surface. C’est ce mouvement de bas en haut, et l’agitation de l’insecte qui déclenche l’attaque du seigneur de ces eaux. Ce qui fit naître l’idée d’une imitation très dépouillée qui donnerait cette impression de nymphe en pleine ascension.

      mode Punk Sur un hameçon caddis 14, je fis un corps en polypropylène vert sombre. J’avais remarqué plusieurs fois que lorsqu’il y a prises de nymphes de trichos, les truites aiment bien les corps verts. Même si ce type d’insecte (rhyacophila) n’est pas présent sur la rivière. En tête, exactement dans l’alignement de la tige de l’hameçon j’attachais une touffe de poils de chevreuil, et pour assurer la flottaison je tournais autour de la pincée de poil, un parachute en plume de coq gris fumé. Attention un gris très clair qui soit le plus transparent possible. S’il existe un seul coup de coq qu’il faut absolument avoir dans sa boite de montage, c’est bien ce gris très, très, clair.

      Aujourd’hui, les truites sur-pêchées sont de plus en plus méfiantes. De petits parachutes gris très clair permettent d’imiter les plus petits chironomes. Les poils sont invisibles, ne laissant apparaître qu’une minuscule irisation là où ils touchent l’eau, comme le ferait un insecte minuscule. Ce qui permet de ne pas trop descendre en taille d’hameçon. Mais revenons à notre mouche. Quelques jours après, je revenais sur le Sègre, et retrouvais les mêmes montées. Toujours de très beaux poissons. Les premiers essais me permirent de voir que la mouche faisait la différence et j’attrapais plusieurs truites, et en manquais presque autant, car mes mouches étaient prises du bout des lèvres juste sous la surface. Mes voisins n’en faisaient aucune. Mais ce n’était pas encore exactement ce que j’espérais. Jusqu’à ce que je trouve un lancer de type nymphe plombée, qui précipite la mouche sous l’eau, les poils de chevreuil la faisant remonter lentement à la surface. Le résultat était édifiant. J’avais créé LA mouche miracle.

      mode Punk J’étais très fier. Parfois une truite que j’avais dépassée, montait juste derrière moi. Qu’à cela ne tienne d’un coup de dent j’arrachais le montage en parachute, un lancer trois quart aval, et lorsqu’elle dérivait juste au dessus de " mon " poisson, un petit aguichage d’un léger coup de poignet laissait très rarement ma gourmande indifférente.

      Mais ce n’est pas tout. Quelque jours plus tard, invité par un ami à pêcher les chalk streams anglais si chers à Isaac Walton, je me retrouvais en plein après midi sur des parcours magnifiques, sans qu’un seul gobage n’apparaisse en surface. Il faut préciser que nos amis anglais interdisent absolument de pêcher sous l’eau, que se soit en nymphe ou en streamer. Ne parlons pas de pêcher en descendant, qui est considéré là-bas comme une véritable hérésie. Pourtant, sous la surface, il y avait du monde, et du beau monde. Des poissons en activité, qui faisaient de grands écarts pour happer les nymphes qui dérivaient. Mais aucune activité en surface où quantité de baetis et autres éphémères défilaient lentement. Absence totale de trichoptères. C’est alors que je pensais à mes émergeantes perpendiculaires. Le résultat fût inespéré, je ne me tenais plus de joie et courrais sur les berges pour vérifier l’efficacité de ma mouche miracle. Ce qui devait être une journée plus que médiocre s’était transformée en partie de pêche d’exception. Très souvent lorsque je regardais "ma" mouche descendre le courant, n’apercevant que le poils de chevreuils dépassant de la surface, il m’arrivait même de la confondre avec une véritable éphémère.

      mode Punk Lorsque je retrouvais mes amis au " May-Fly ", (cela ne s’invente pas), un pub installé sur les bords de la Test, je compris de suite à leurs mines déconfites que la pêche avait été mauvaise. Je jetais une poignée de mouches dans mon assiette et la faisais fièrement circuler. " What about this ?", Qu’est-ce que vous en pensez ? A leur mimique je compris que je ne les impressionnais pas. " French flies ? " hasarda l’un d’eux. " No, catalan fly !", répondis-je fièrement, puisqu’elle était née sur une rivière catalane. Je leur distribuais quelques exemplaires avec condescendance. Plus pour vérifier le bien fondé de mon expérience, que par pur altruisme. Au coup du soir, la preuve était faite MA mouche fonctionnait avec la régularité d’une montre suisse. Mais de retour au "cottage" tout en sirotant un vrai whisky on the rock, il me fut absolument impossible de défendre la paternité de cette émergente miracle. Il faut dire que la langue de Shakespeare, rendait difficile la défense de mes arguments.

      Tous s’accordaient à vanter les mérites de l’imitation, mais chacun se faisait un malin plaisir à reconnaître qui une Adams parachute, qui une Comparadun , qui une Klinkhammer et autres noms dont j’ai oublié jusqu’à la sonorité. J’étais tout simplement accusé de plagiat. Qui a dit " nul n’est prophète en son pays " ? ce jour-là l’adage ne se vérifia pas.

      Vous qui lisez ces lignes, ne cherchez-vous pas, comme je le ferais moi-même, une certaine ressemblance avec tel ou tel autre modèle. Vous avez bien raison. Qui aujourd’hui peut se targuer d’inventer réellement quelque chose dans le domaine de la mouche ? Et puis douter de l’autre doit faire partie des plaisirs de notre sport. De toute façon, je ne demande à la pêche une seule chose, qu’elle me permettre de vivre encore longtemps ces instants de vrai bonheur. Tromper et capturer une truite sur sa propre mouche, cela décuple son plaisir de pêche.

      * Photographies Jean-Claude Lacan

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