Les dérives du no-kill


    Des inconvénients loin d’être mineurs


    mars 2003 par Richard Guidetty

      Aujourd’hui, le no-kill est devenu la règle pour les pêcheurs à la mouche sportifs. Si les avantages de cette pratique sont nombreux et indiscutables (il suffit de comparer la densité de poissons sur un parcours en graciation et celle de la rivière juste en amont et en aval), il n’en reste pas moins qu’elle fait apparaître tout un cortège de dérives dont les inconvénients ne sont pas mineurs.

      les dérives du no-killEn fait, la plupart de ces dérives, viennent du fait que le pêcheur qui relâche ses prises s’exonère des contraintes / règles communes aux autres pêcheurs. La pêche n’est pour lui qu’un jeu ou sport et, comme il relâche ses prises, il finit par oublier qu’il le pratique aux dépens non pas de balles de golf, pour reprendre une image bien connue, mais d’êtres vivants dont il prône par ailleurs la protection et souvent avec véhémence.

      Hors les règles sont faites le plus souvent pour protéger la gens piscicole. Tout le monde sait par exemple que la maille est fixée de façon à ce que les salmonidés se soient reproduits au moins une fois avant d’être capturés ; un viandard qui pêche à vue, ne perdra pas son temps à pêcher un ombre de 25 ou une truite de 18 cm ; le moucheur no-kill s’amuse trop souvent avec ces poissonnets et leur fragilité a pour conséquence une mortalité certaine au bout de plusieurs captures et relachés. Cette attitude est particulièrement développée en automne sur les parcours à ombres : quand les gros ne sont pas en activité, on peut assister au spectacle affligeant de moucheurs faisant des cartons sur des gobages qui sont à l’évidence provoqués par les ombrets ; et le soir, ils fanfaronnent en annoncant qu’ils ont fait 15 ombres sans préciser leur taille ! A ce sujet, il me semble qu’un moucheur qui se respecte, ne devrait pas compter ses captures inférieures à la maille ... mais difficile d’avouer une bredouille quand on a pris plusieurs poissons non maillés !

      Une autre dérive inquiétante, c’est le non respect des dates de fermetures de la pêche de certaines espèces ; les moucheurs sont les seuls avec les braconniers, à rechercher l’ombre en 1ère catégorie dés l’ouverture de la truite, et même pour certains à le pourchasser en seconde catégorie après le 31 décembre et jusqu’à sa réouverture officielle ! Pourtant, ce sont tous des mordus de l’ombre, qui ne supportent pas le spectacle de ce poisson dans une assiette et qui ont des envies de meurtre chaque fois qu’ils voient un pêcheur casser le cou d’un thymallus, EDF assècher les frayères, les cormorans débarquer sur les gravières, ... Alors, pourquoi perturber ce poisson pendant sa reproduction ? Il semble pourtant évident qu’un ombre stressé par un combat plus ou moins long ne vas pas retrouver immédiatement un comportement normal et va très probablement manquer l’épisode de la fraie. Même durant les quelques semaines avant l’ouverture, période où son agressivité et son appétit sont au maximum et sa combativité au minimum, sa capture particulièrement aisée va avoir une incidence néfaste sur son alimentation et voici un poisson qui n’aura pas retrouvé sa forme à l’ouverture s’il ne s’est pas laissé dépérir à force d’être piqué par tout ce qu’il mange.

      Messieurs les moucheurs et autres pêcheurs qui pratiquez le no-kill, n’oubliez pas que les poissons sont nos partenaires de jeux et non pas nos jouets, que les règles sont faites pour les protéger et leur permettre de se reproduire et de croitre ; les obstacles qu’ils rencontrent sur cette voie sont nombreux, et la pollution, les pompages, les variations de niveaux, le dévellopement des oiseaux piscivores, les mailles trop basses et les quotas trop élevés, sont bien plus nuisibles que les comportements décrits ci-dessus ... mais il n’en reste pas moins que ces attitudes ne sont pas anodines et sont aussi dommageables aux poissons eux-mêmes qu’à l’image que nous donnons des pêcheurs à la mouche. A nous d’assumer nos responsabilités : nous voulons montrer l’exemple par la pratique d’une pêche propre et peu meurtrière ? nous faire plaisir sur des rivières de plus en plus poissonneuses ? Alors commençons par ne plus jeter nos chevesnes sur la rive, ne plus harceler les petits poissons, respectons les dates d’ouverture et de fermeture de chaque espèces et, surtout, surtout ... continuons à relâcher nos prises !

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