La Carpe Calédonienne


    La Doule de roche


    février 2003 par David Synold
      doule de roche

      Lorsque je vous dis Nouvelle Calédonie, vous pensez sans doute soleil, plage, mer.... le paradis, mais là bas aussi il y a des accros de pêche à la mouche, et pas seulement en mer...

      J’ai rencontré Alain Gozzi suite à une erreur anodine dans une de mes fiches de montage. Alain vie et pêche à la mouche en Nouvelle Calédonie, mais son histoire ne commence pas là-bas.

      "J’ai commencé à pêcher à l’age de 6 ans en Afrique et à mon retour en France, à 12 ans, j’ai eu eu passion pour la pêche du mulet à Antibes. Au coup et au bouchon plombé, un italien m’a appris a pêcher fin. Ca a été le point de départ d’une véritable passion. En janvier 70 ou 71, sur une petite rivière cotière, La Brague, où je pêchait... le mulet et le chevesne, j’ai vu un pêcheur à la mouche. Je l’ai observé sans oser l’approcher. En rentrant à la maison j’en ai parlé à ma mère. Le 12 du même mois, pour mon anniversaire,elle m’offrait mon premier ensemble mouche. J’ai galéré quelques années seul, pêchant les rivières et torrents allentour (le Loup puis le Var, la Vésubie, l’Artubie, etc...). Mais je m’amusait bien. Ca me plaisait beaucoup et bon an, mal an je prenait quelques truites rencontrant ça et la quelques pêcheurs à la mouche qui me dispensaient quelques conseils au bord de l’eau. Je crois que ce sont eux qui m’ont donné l’envie de partager plus tard mes expériences. Un courrier envoyé à monsieur Aimée Devaux, à qui je demandais des conseils sur la pêche à la mouche, a été suivi d’une réponse simple et clair. Ce fut un encouragement.

      En 1982/83, un séjour en région parisienne a été l’occasion de rencontrer monsieur Henri Pethe, ce fut là le départ du montage mouche. Puis je suis rentré à l’APNLE sous la coupe de Claude Monget qui m’a pris en main. Il m’a fait prendre mes premiers ombres et mes premières grosses truites à Etrochet en Côte d’Or. Ce fut l’époque du grand boum de la pêche à la mouche. Démocratisation de la pêche à la mouche sur le réservoir du bois de Boulogne. Organisation des premiers 24h de la pêche au coup. Premier concours national de montage mouches amateurs. Premier SAPEL. J’ai apporté ma petite contribution à ces manifestations et ce fut une très riche expérience.

      A cette époque, mon maître de pêche, Claude Monget, m’a fait rencontrer Jean-Louis Pelletier, Bernard Audouys et quelques autres grands de la pêche à la mouche. C’est à cette époque que j’ai reçu en fait mes véritables bases de montage et de lancer. J’ai été obligé de tout reprendre à zéro pour effacer des années de mauvaises habitudes de pratique solitaire. Seules restaient mon expérience et ma connaissance de l’eau.

      Puis une année et demi dans le Morbihan, à Lorient où j’ai pris quelques centaines de truites à la mouche (toutes remise à l’eau) sur le Scorff et le Blavet, ainsi que quelques saumons et truites de mer (catch and release également pour la plus grande colère de quelques pêcheurs bretons qui en étaient témoins). La, j’ai rencontré un vieux reton, Jean, qui m’a appris à monter les mouches à saumon bretonnes et quelques autres "secrets" (sourire ému).

      Aujourd’ui, après ce parcours, si je continu, pour le plaisir, a monter une foultitude de mouche que j’essaye plus ou moins, je n’en utilise que très peu au bord de l’eau.

      Mais c’est autre chose et nous aurons l’occasion d’en reparler ..."

      Alain est Infirmier libéral en Nouvelle-Calédonie depuis 1986, c’est ici qu’il est réellement passé à la pêche à la mouche en mer. Il assure les cours de lancer et de montage mouche dans la section mouche de l’Association des Pêcheurs Sportif de Nouvelle-Calédonie (APSNC) dont le site est http://membres.lycos.fr/apsed/home.php .

      Pour vous donner une idée de ce que l’on pêche là bas, voilà un article du site de Association des Pêcheurs Sportifs de Nouvelles Calédonie, avec l’aimable autorisation du Webmaster du site.

      La Carpe Calédonienne - Ce poisson, aux écailles argentées, n’a aucune parenté avec la carpe. C’est à la perche d’Amérique du nord (Centrarchidae) et au blackbass qu’il semble le plus étroitement apparenté.

      De la famille des Kuhlidés, il est plus connu sous l’appelation de "Doule de roche" ou de "Jungle perch" chez nos voisins australiens chez qui il a une réputation d’espèce légendaire auprès des pêcheurs (1).

      Il existe, en Nouvelle-Calédonie, plusieurs espèces de Kuhlidés que nous recenserons plus loin. Nous allons nous intéresser, plus particulièrement, à Kuhlia rupestris qui présente le plus grand intérêt pour les pêcheurs

      Morphologie - La doule a un corps haut et comprimé. Le dos est foncé (bleuatre ou brun) et les écailles sont tachées de noir ou de rouge. Le ventre et les flancs sont argentés.
      Les taches de la nageoire caudale sont caractéristiques et permettent de la distinguer des autres kuhlidés. Chez les poissons plus agés, ces taches s’étendent pour donner une barre noire verticale.

      Taille - La doule de roche peut mesurer jusqu’à 45 cm pour un poids de 3 kg (Lewis et Hogan 1987). Dans le Queensland, des spécimens de 6 kg auraient été enregistrés.

      En règle générale, les poissons capturés sont généralement plus petits et des prises de plus de 800g ne sont pas courantes.

      Kuhlia rupestris se caractérise par un développement différent entre les males et les femelles. S’il n’existe que peu de données (2) sur ce poisson en Nouvelle-Calédonie, quelques études, réalisées en Australie et à Fidji, ont mis en évidence ce dimorphisme.

      Lors des opérations de capture réalisées pour ces études, aucun mâle ne dépassait 23 cm, alors que des femelles allant jusqu’à 33cm ont été observées. Le graphique ci-dessous, obtenu à partir de ces études permet de visualiser cette différence.

      Habitat - La doule préfère les eaux relativement calmes. Les plus gros poissons se trouvent dans les zones profondes ; de préférence à proximité de surplombs ou d’arbres morts. Les études , citées précédemment, ont montré une forte ségrégation entre les males et les femelles :

      - les mâles se cantonnent généralement sur le bas des rivières et ne remontent que rarement au dessus de la limite de la zone d’influence des marées. De plus ils peuvent se regrouper pour former des bancs.

      - Les femelles se cantonnent généralement au haut des rivières. Certaines peuvent cependant être pêchées sur le cours inférieur. Il s’agit là, soit d’individus plus petits, soit de femelles en cours de migration (voir Reproduction). Les zones où les deux cohabitent sont limitées.

      Alimentation - La doule est un poisson carnivore qui se nourrit principalement d’invertébrés aquatiques ( larves d’insectes, crevettes, vers,...) ainsi que de petits poissons et d’insectes terrestres. Elle ne dédaigne pas des proies plus grosses tombées dans l’eau. C’est d’ailleurs pour cela qu’elle se cantonne principalement à proximité des berges.
      Un de ses noms fidjiens peut se traduire par "Gobeur de crachat" en référence à son habitude de s’emparer de tout ce qui tombe de la végétation surplombant la rivière

      Croissance - Il semble maintenant établi que la doule adulte a une croissance très faible, de l’ordre de 2 cm par an chez les femelles, les mâles ayant une croissance encore plus lente.

      Reproduction - Certains aspects précis du cycle biologique, notamment le frai, sont encore mal connus. Les éléments dont on dispose donnent à penser que cette espèce se reproduit en eau de mer (3), près de la côte.
      Les mécanismes sont mal connus et le frai n’a pas été observé.

      Une étude (A.E. Hogan et J.C.Nicholson), sur la mobilité du sperme des mâles parvenus à maturité, montre que le sperme de la doule de roche est totalement inactif en eau douce et qu’il atteint son activité maximale pour des salinités égales ou supérieures à 20 pour mille. De plus les échantillonages dans les estuaires ont mis en évidence, à certaines périodes, une disparition très brève des males arrivés à maturation sexuelle.
      Ils ont donc émis l’hypothèse que les males et les femelles migrent brièvement (4) à la limite de l’avancée alluvionnaire au large de l’embouchure. Les poissons remonteraient ensuite dans les cours d’eau pour retrouver leur gite habituel mais ce mouvement de retour est mal connu.
      La taille minimale des poissons arrivés à maturation sexuelle serait de 17 cm (longueur totale) pour les mâles et de 21cm pour les femelles. Il est donc préférable de remettre à l’eau les poissons qui n’atteignent pas ces tailles pour préserver leur chance de se reproduire.

      Répartition géographique - Les Kuhlidés sont présents dans l’Indo-Pacifique de l’Afrique de l’est jusqu’à Hawaï, en eau de mer comme en eau douce.
      Kuhlia rupestris a, pour sa part, une aire de répartition plus réduite car on ne la trouve que dans les pays tropicaux ( couverts de forêts humides) avec des rivières pérennes au cours rapide. La limite à l’est semble être les Samoa américaines. En Australie, on ne la trouve, apparemment, que dans les régions côtières du nord et du centre du Queensland. _ Elle est absente dans les rivières lentes des Territoires du nord ou du Golf de Carpentarie. Elle est présente à la Réunion où elle porte aussi le nom de "Poisson plat".

      Les autres membres de la famille présents en Nouvelle Calédonie

      Kuhlia mugil Kuhlia marginata Kuhlia munda
      Kuhlia mugil Kuhlia marginata Kuhlia munda

      Conclusion - Dans les pays voisins, la doule est recherchée aussi bien comme ressource vivrière par les populations locales que pour ses qualités de poisson de pêche sportive. La ressource est cependant fragile. La doule est en effet sensible à la pollution, à l’envasement des fonds et, surtout l’utilisation de filets maillants, qui l’empêchent de migrer pour se reproduire, peut s’avérer catastrophique.
      A la Réunion, la doule s’est dramatiquement raréfiée à la suite d’une pêche intensive. Comme marqué ci-dessous, en Australie, des mesures de limitation des captures, très sévères ( un seul poisson autorisé), ont été prises pour préserver le potentiel halieutique des rivières où elle est présente.

      ... Carpe Calédonienne : La pratique du "Catch and release" s’impose.

      Crédits

      - A.D.Lewis et A.E.Hogan : L’énigmatique Doule de roche- Les travaux récents fournissent quelques réponses . Lettre d’information sur les pêches n°40 Janv-Mars 1987.
      - Christine Pollabauer : Faune Ichtyologique et carcinologique de Nouvelle-Calédonie ERBIO 1999
      - Hogan, A.E. & J.C. Nicholson . Sperm mobility of jungle perch. Kuhlia rupestris (Lacepède) and sooty grunter, Hephaestus fuliginosus (Macleary) in différent salinities.
      - Michel Kulbicki : Pêche à la mouche dans les rivières du caillou. Chasse en nouvelle-Calédonie Juil 1999
      - FishBase.org


      (1) Dans le Queensland, 1 seule prise est autorisée, avec une taille maximale de 35cm.
      (2) Vous pouvez consulter au centre de documentation de l’IRD l’étude "Faune icthyologique et carcinologique de Nouvelle-Calédonie" de Christine Pollabauer (ERBIO).
      (3) Il est important de savoir que la grande majorité des poissons peuplant les rivières calédoniennes sont d’origine marine et retournent en mer ou dans les estuaires pour se reproduire.
      (4) Les périodes et paramètres de cette migration commencent à être connus mais, pour préserver la ressource, il est préférable que ces données ne soient pas largement divulguées.

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