Le Queffleuth


    Au pays des cinq rivières


    mars 2000 par Marcel Madec

      La Penzé, le Douron, le Dourduff ,le Queffleuth et l’autre rivière du Jarlot qui le rejoint sous la ville même, sont les rivières du Pays de Morlaix. De sa source, sur les pentes des Monts d’Arrée aux voûtes obscures sous la ville de Morlaix, le Queffleuth petite rivière côtière de Bretagne, d’une vingtaine de kilomètres peut se subdiviser en trois parties.

      le Queffleuth D’abord un grand ruisseau ... Le Queffleuth naît dans un marais tourbeux, une véritable éponge, sur les pentes des Monts d’Arrée, à quelques centaines de mètres d’une autre belle rivière, la Penzé. Petit ru dévalant rapidement, il se jette dans un petit étang du Relecq. Poursuivant sa course, il traverse un second étang plus important, au coeur d’une vieille abbaye et coule ensuite dans une vallée assez étroite formée essentiellement d’alluvions modernes, d’orientation sud-ouest, nord-est.

      Le Queffleuth offre alors l’aspect d’un gros ruisseau sinueux d’une largeur moyenne de un à deux mètres, d’une longueur de trois kilomètres avant sa rencontre avec son premier affluent le Briou. Ce premier secteur est assez riche en plantes aquatiques, du faux cresson au fouillis de la morelle douce-amère, les touffes de fontinalis abritent une population animale assez variée mais peu abondante (gammares, porte-bois, quelques variétés de larves d’éphéméres et des vers d’eau sous les cailloux).Le fond constitué de petits cailloux jaune-clair sur un substrat de sable constitue une excellente zone de frayères. Qu’en est-il de la pêche ? Avant les étangs du Relecq, le ru rapide, malheureusement "protégé" par un abondant couvert végétal, ronces et taillis n’offrent que peu de coups accessibles .

      Peu de truites, malgré la présence proche d’un petit étang. Celui-ci, très eutrophisé depuis quelques années, vaseux et peu profond n’abrite qu’une population de petites truites sans intérêt - autrefois amusant à pêcher, aujourd’hui la pêche, surtout à la mouche, y est peu agréable -. Le second, plus important par la taille et le fond, offre une population plus variée - la présence de poissons blancs, de carpes, paraît-il, de poids peut donner de belles surprises aux pêcheurs au poser. Il existe probablement de belles truites, mais elles tiennent le fond et gobent à des distances que la présence de nombreux saules aux branches tombantes rend difficilement accessibles. Sous les étangs jusqu’à la rencontre avec le Briou, ce secteur magnifiquement nettoyé par une équipe de bénévoles s’avère décevant. Depuis quelques années les belles truites ont peu à peu disparu malgré quelques beaux postes. Les truites relativement nombreuses sont, en général, de taille médiocre. Il y a longtemps que je n’ai réussi à capturer une belle fario de plus de vingt cinq centimètres.

      Une halte s’impose néanmoins au hameau du Relecq, haut lieu de la culture et de la foi bretonnes, réputé dans toute la basse Bretagne pour son abbaye aujourd’hui en restauration grâce à la persévérance et la pugnacité d’une poignée de passionnés. Chaque année s’y déroule une importante fête célébre pour son festival de musique Bretonne, Celtique et religieuse, suivie par une foule d’auditeurs fidèles, heureux de se retrouver sous ses voûtes séculaires à l’excellente acoustique. Un superbe endroit, une très agréable halte à ne pas négliger !

      le Queffleuth La partie moyenne : Une jolie rivière ... (carte d’état major 06.16. Morlaix Ouest 1:25000) du Moulin Queuneut jusqu’au hameau du Fumé environ quinze kilomètres, longé dans sa totalité par la route départementale Morlaix-Carhaix , le ruisseau est devenu rivière, petite rivière vive, rapide dévalant dans une vallée assez encaissée. Elle change brusquement d’orientation, après avoir effectué une percée dans une barrière granitique, prend une direction nettement marquée nord-sud. Malheureusement , au bout de quelques centaines de mètres, elle est happée, kidnappée par la pisciculture du Queuneut, installée sur un site autrefois très beau ... qui nous la rend souillée, chargée d’excréments, de restes de nourriture ; pitoyable.

      Le Queffleuth reprend une meilleure mine, dans le plus beau de ses secteurs, la forêt de Losquet . Elle coule dans un vallon boisé, encaissé, sinueux, s’éclabousse au milieu de gros blocs granitiques donnant à cet endroit, un air de parenté avec ses jolies consoeurs de la région d’Huelgoat...Là aussi , malheureusement, il nous faut constater une dégradation de la qualité de l’eau, la diminution des herbiers mais la multiplication ennuyeuse de la gigantesque oenanthe, et, depuis quelques années, des signes évidents de braconnage (présence de berlingots d’eau de javel !) que l’absence pratiquement totale de garderie favorise. Malgré cela, ce secteur offre aux pêcheurs et aux moucheurs en particulier des perspectives intéressantes. Présentant toutes ou presque les caractéristiques de la pêche en eaux vives, la pêche y est plaisante, le secteur a été remarquablement nettoyé il y a quelques années et peut offrir des surprises de très belles tailles. La truite sauvage, à la robe magnifique, taches vermillon sur flanc doré, est partout présente, et quelques beaux trous abritent de superbes bêtes - J’ai même vu une des plus belles truites de ma vie, une bête superbe de plus d’un kilo, largement, sans malheureusement, avoir jamais réussi à l’accrocher. En 1995, j’ai terminé ma saison avec la prise de trois très belles farios entre trente trois et trente sept centimètres, en parfaite condition ...

      Du lieu dit Lesleen jusqu’au hameau du Fumé, soit environ six kilomètres ou le secteur aval de la partie moyenne du Queffleuth, la rivière ne présente pas un visage très agréable, ceci pour deux raisons principales. La première, la plus évidente pour le pêcheur qui aborde ses rives est un véritable fouillis végétal - la totalité de la prairie naturelle a été abandonnée, faute de bras, tant des pêcheurs volontaires que des agriculteurs disparus ... L’accès est souvent très difficile et douloureux pour franchir, sans trop s’égratigner, des ronciers énormes à hauteur d’homme. La seconde, l’existence encore, d’une importante pisciculture, au lieu dit "le moulin rouge" dans laquelle s’engouffre la totalité du cours d’eau dans le canal d’alimentation. Pendant quelques centaines de mètres, c’est à dire jusqu’au Moulin Blanc, l’eau soit disant publique va devenir un bien privé, vecteur d’intérèts commerciaux et lucratifs. A la sortie de cette eau, la rivière est nue, circonstance aggravante sous un bois de sapins, plus de végétation, le gravier recouvert d’une pellicule plus ou moins compacte de vase qui colmate les interstices entre les graviers et une légère odeur qui n’incite guère &à sa dégustation. Un secteur nettoyé en amont immédiat du hameau du Fumé redonne quelques jolies couleurs à notre rivière.

      La pêche ? Difficile, très technique, matériel conseillé 7 pieds ,même moins, bas de ligne très court, mouches d’ensemble genre palmer ou émergentes culs de canard (Hameçon de 14 à 16) - Truites assez nombreuses, mais de taille souvent médiocre(dix huit à vingt centimètres), peu de belles truites, eaux rapides, peu profondes, truites difficiles à approcher, ce qui prouve une fois encore que la truite,en général, s’accommode assez mal de ces secteurs encombrés ou le phénoméne de photosynthèse s’effectue très mal. Peu ou pas d’herbiers, indice biogénique faible, petites truites ... Une exception, le secteur aval déjà mentionné, est nettement meilleur : quelques virages profonds recèlent quelques belles truites, mais pas faciles à capturer, secteur à prospecter méthodiquement sans se presser surtout en avant-coup du soir - ce fut un secteur à truites de mer, autrefois ....

      le QueffleuthLa partie Aval jusqu’aux voûtes sombres de Morlaix : Celle-ci coule du Fumé, charmant petit hameau au croisement des routes de Plourin, de Pleyber-Christ et de Morlaix jusqu’au dessous de l’autre hameau de Pont Pol soit environ six à sept kilomètres. La rivière , plus large (quatre à cinq mètres), plus profonde, avec des fosses plus importantes s’élargit dans une zone de schistes plus tendres mèlés à des arêtes granitiques, serpente à travers de grasses prairies. C’est à mon avis le meilleur secteur du Queffleuth.

      Malgré les agressions de l’amont et la qualité quelconque de l’eau, elle se pare encore de renoncules, de faux cresson et malheureusement une prolifération de la grande oenanthe, dont les racines constituent cependant d’excellents abris à truites, de larves aquatiques, en particulier dans les zones plus calmes et un peu vaseuses, la présence assez abondante de larves de trichoptères dans leurs étuis. Un regret : le Queffleuth ne recèle que très peu de larves de mouche de mai, dont les imagos tardifs (on peut en voir jusqu’à la fin juillet) ne provoquent guère de remue-ménage parmi les farios. Elles s’y intéressent pourtant ! Parcours agréable, varié, alternant les couverts et de vastes zones dégagées, nettoyées depuis trois ans par les

      bénévoles du Club des Pêcheurs à la Mouche, la truite atteint des tailles intéressantes - les truites au dessus de vingt cinq centimètres n’étaient pas rares. Malheureusement, depuis deux ans, nous assistons à la diminution très sensible des beaux sujets. La qualité du peuplement s’est nettement dégradée. A cela plusieurs raisons :une pisciculture particulièrement polluante située sur ce qui fut, autrefois, un excellent ruisseau ; la pisciculture du moulin neuf qui a pourri cet affluent. Certains jours des années passées, les riverains et pêcheurs inquiets virent couler une eau bleu indigo ou vert fluo ; résultat des eaux de nettoyage de cet établissement !

      Une forte pression de pêche, continue sur plusieurs mois et particulièrement dans les semaines de l’ouverture, durant lesquelles les beaux poissons disparaissent en grand nombre, ce parcours étant situé à proximité de Morlaix et très facilement accessible. Cette pression rend le poisson particulièrement méfiant et très éduqué. L’équipement le plus adéquat est une 8 pieds, soie légère 4 et mouches de petites tailles - en particulier les petits culs de canard sur hameçon de18 se révèlent quelquefois très prenant. Une autre mouche également intéressante : la BWO sur hameçon de16 pour l’avant-coup du soir. Les meilleurs moments se situent de façon incontestable au lever du jour - Bonjour les courageux ! - et le coup du soir après vingt et une heures. Là aussi, depuis deux ans, ces fameux coups du soir s’avèrent souvent décevants. : les belles se mettent aux abonnés absents. - j’ai pourtant pour ce secteur un attachement sentimental particulier, pour avoir pris, certainement, les plus belles truites depuis que je pêche à la mouche et en particulier mon record personnel une magnifique fario d’un kilo cent cinquante de plus de cinquante centimètres. C’est aussi un secteur particulièrement intéressant à prospecter à la mouche noyée, même si la présence de nombreux tacons gâche souvent notre plaisir. Certaines aprés-midi d’avril et début mai peuvent réserver de très agréables moments même si la prise et les touches nombreuses de poissons aux alentours de vingt centimètres ne vous agacent pas trop. Sentir de nombreux impacts sur votre ligne, malgré mes nombreuses années de pratique, me remplit toujours de satisfaction liée au plaisir intime de ce travail si particulier de la ligne sous l’eau.

      Le Queffleuth me paraît, à bien des égards, représenter l’image de beaucoup de rivières à truites de Bretagne ; actuellement. Belle petite rivière, à la lecture aisée, dotée d’un potentiel halieutique intéressant ; rencontrer et pouvoir pêcher, saumons, truites de mer, truites farios n’est, de nos jours, pas si fréquent ! Elles est aussi, hélas, victime d’agressions répétées et d’une législation inadaptée. En premier lieu, six ou sept piscicultures, reflet inquiétant d’un élevage productiviste trop fréquent dans notre province, le Queffleuth souillent l’eau de la riviére et l’image de qualité de notre pays de Morlaix. En second lieu, une sur-pêche continuelle (pas de jours d’interdiction), une taille légale insuffisante (vingt centimètres), amoindrissent incontestablement la population des truites autochtones.

      L’absence de garderie et de réserves sont aussi des facteurs aggravants. C’est ainsi que nous assistons impuissants, à la dégradation réelle et continue d’un patrimoine halieutique, qui afflige ceux qui eurent la chance de pêcher il y a une vingtaine d’années. - Ne voyez pas ici l’antienne d’un ancien "combattant" mais les regrets sincères devant un gâchis certain ! Je pense également aux générations futures qui ne pourront certainement pas jouir des fabuleux coups du soir qui laissent en moi de si beaux souvenirs !

            | Réagir à cet article | Rechercher | Dans la même rubrique |

              Copyright echosmouche.fr
              Tous droits de diffusion et de reproduction réservés - Système de Gestion de contenu spip(3.0.17)
              Sommaire La Lettre d'echosmouche.fr Concours Auteurs Trophée Echos Mouche Nous écrire