Un saumon aux couleurs de l’érable


    Souvenirs de Gaspésie


    avril 2003 par Bertrand Seube

      J’avais depuis de longues années rêvé de me mesurer un jour au poisson à mes yeux le plus noble qu’il soit permis de pêcher à la mouche : le saumon.

      A vrai dire, j’ai toujours été attiré par le milieu aquatique et plus particulièrement la faune qu’il abrite. J’y avais d’ailleurs consacré l’essentiel de mes études, avant de me reconvertir dans un secteur plus porteur (pénurie du marché de l’emploi dans ce secteur oblige). J’avais eu, à l’époque, la chance de pouvoir travailler six mois sur le suivi des migrateurs du bassin de la Garonne, ce qui m’avait permis une première rencontre, scientifique, avec Maître Salmo salar.

      C’est en février 2002 que ma décision fut prise de faire un voyage au Québec, lors de ma rencontre, au Mondial de la pêche à la mouche de Paris, avec Gilbert Fournier, guide de pêche au saumon et créateur d’une entreprise de Guides de pêche au saumon en Gaspésie (SGS). Son offre est basée sur un principe particulièrement séduisant et diablement efficace : sur cette petite région du Québec bordant le fleuve Saint-Laurent et possédant une vingtaine de rivières à saumon pêchables uniquement à la mouche, un réseau d’une vingtaine de guides gaspésiens expérimentés, sélectionnés pour leur connaissance des fosses et la passion qu’ils veulent faire partager, nous emmènent sur les parcours les plus productifs du moment, ceci grâce à un suivi quotidien de l’évolution des remontées et des captures sur chaque rivière.

      Si Gilbert proposait plus habituellement à ses clients des voyages de pêche « tout compris » (logement demi-pension en hôtel ou chalet, déplacements sur les lieux de pêche), je ne recherchais, pour ma part, que des services de guide. Je ne connaissais pas le Québec et souhaitais, pour ce premier voyage sur les traces de Jacques Cartier, visiter la région. Mon amie et moi avions ainsi convenu de partir deux semaines en Gaspésie, mi-août, avec tente de camping et voiture de location. J’avais réussi à tenter mon amie, qui pêche à la mouche depuis deux ans, de tenter sa chance au saumon, l’occasion ne se produisant pas tous les jours. Gilbert nous conseilla de prendre les services d’un guide au moins pour les premiers jours de pêche, afin de ne pas être déroutés et de pêcher rapidement « efficace ». Nous décidions ainsi de réserver ses services pour deux jours de pêche, en début de séjour, dans la région de Matane, à proximité de cinq rivières à saumons intéressantes à pêcher au mois d’août. A cette époque de l’année, de nombreux saumons sont déjà présents dans les rivières et les fosses sont moins fréquentées qu’en début de saison. Nous serions ainsi plus à notre aise. De plus, cette période se prête particulièrement bien à la pêche du saumon à la mouche sèche, technique favorite de Gilbert et qui, chaque année, permet aux personnes qu’il accompagne de capturer plusieurs saumons record (plus de 30 livres).

      A notre arrivée à Matane, Gilbert nous retrouva au camping, accompagné Gérôme, un pêcheur qu’il avait guidé 2 jours durant (ce dernier avait pris 2 grilses). Il nous remit nos permis de pêche (permis annuel de remise à l’eau d’un coût de 7 euros) et droits d’accès journalier (25 euros/personne/jour), ce qui n’est finalement pas plus élevé qu’une journée de pêche en réservoir en France. Il nous proposa de pêcher la rivière Matane, cette dernière ayant donné plus de satisfaction les jours précédents (il y avait fait prendre récemment un saumon de près de quarante livres, au bomber). Cependant, fait rare, les conditions de pêche en cette fin de saison n’étaient pas des plus favorables, ce mois d’août étant très sec.

      Le lendemain matin, Gilbert nous enseigna le principe de la pêche au saumon ainsi que la technique particulière de la mouche sèche : le saumon ne se nourrissant plus en rivière, il prend la mouche par agressivité et se déplace peu pour saisir un leurre. Les posés doivent donc être précis et les dérives relativement courtes (3 à 4 secondes environ).

      Nous avons pêché deux fosses le matin, alternant mouche sèche et noyée. L’après-midi, plus en amont sur la rivière, alors que je pêchais en remontant la fosse avec un bomber de couleur clair, il y eut un gros éclat argenté juste sous ma mouche : un saumon d’une bonne dizaine de livres avait réagi au passage du leurre. J’en restai médusé, surpris par la taille du poisson qui avait amorcé une montée. Après avoir laissé le temps au poisson de reprendre sa place (il convient en effet de ne pas relancer tout de suite afin de ne pas « caler » le saumon), je relançai au même endroit, mais le saumon ne se manifesta plus.

      Mon amie, quant à elle, en queue de pool, tenta de pêcher à vue deux saumons que Gilbert avait repérés, sans succès malheureusement. Les eaux très basses et limpides avaient eu raison de l’agressivité des poissons, ce qui ne nous facilitait pas la tâche. Cependant, quel plaisir de pouvoir tenter à vue de tels poissons !

      Souvenirs de Gaspésie

      Sur la dernière fosse, réputée pour la taille exceptionnelle des saumons qui la fréquentent, alors que je regardais mon amie pêcher et suivre les conseils de notre guide, encore tout étonné que j’étais de la voir pêcher avec tant de passion et de ténacité, je vis sa canne se plier brusquement. Sa mouche sèche, que le courant avait fait draguer, avait apparemment tenté un saumon. Toute surprise, mon amie n’assura pas un second ferrage et la prise se décrocha aussitôt.

      Le lendemain, après une bonne nuit de sommeil, nous partîmes pêcher une fosse privée. Alors que mon amie pêchait la tête de fosse en noyée depuis presque une heure, Gilbert me fit mettre un bomber brun pour pêcher plus en aval, à un endroit où, sur la berge opposée, un gros bloc rocheux s’avançait dans l’eau, produisant une petite accélération du courant.
      Gilbert affectionnait beaucoup cette zone et y avait déjà touché plusieurs saumons. Il m’indiqua l’endroit où je devais tenter de poser ma mouche, un miroir se formant 3 mètres en amont de l’accélération, en bordure du grand rocher. Suivant ses conseils, j’insistai en allongeant progressivement mes shoots pour atteindre la berge, distante à cet endroit d’une bonne quinzaine de mètres. Lancer un gros bomber avec une soie de 8 à cette distance n’est pas si évident, surtout lorsqu’il y a peu de recul et que le vent n’est pas votre allié.

      Profitant d’une accalmie, m’aidant d’une bonne traction de la main gauche, j’arrivai à poser ma mouche à l’endroit indiqué et la réponse ne se fit pas attendre. Un gobage, suivi d’un ferrage retardé (dur lorsqu’on est habitué à pêcher la truite ! ), et un premier rush. Aussitôt, Gilbert me fit rembobiner le reste de soie sorti du moulinet afin de continuer le combat au moulinet. J’espérais que le poisson était bien piqué ! Le saumon sonda à nouveau pour rejoindre le fond de la fosse, me sortant rapidement toute la soie du moulinet, malgré la tension importante que j’appliquais. Par chance, il n’avait pas décidé de partir vers l’aval, préférant combattre au milieu de notre si belle fosse. Je repris, peu à peu, plusieurs mètres de soie et pus apercevoir enfin mon poisson, sous 3 mètres d’eau claire. Il n’était pas très gros, mais je commençais tout de même à avoir mon avant-bras tétanisé, peut-être aussi à cause de l’excitation, et craignais à chaque départ de le perdre. Afin de réduire le combat pour pouvoir faire une remise à l’eau efficace, j’accentuai la tension. Le saumon se rendit enfin et Gilbert le saisi par la queue, en veillant bien à laisser au maximum sa gueule dans l’eau le temps d’une séance photo bien méritée.

      Souvenirs de Gaspésie

      Cinq livres, d’après Gilbert, ce qui était loin des poids record, mais c’était mon premier saumon !
      La remise à l’eau fut tout aussi magique ! Quel plaisir d’imaginer que ce saumon allait pouvoir terminer sa longue route, si près du but, et contribuer ainsi, dans quelques mois, au renouvellement de la population de cette belle Matane.

      C’est sûr, nous reviendrons en Gaspésie pour pêcher à nouveau ce roi des poissons. Sur deux jours de pêche sur la Matane, nous avons finalement enregistré une capture, un décrochage et 3 refus. Nous avons vu de nombreux saumons, dont certains dépassaient allègrement le mètre. Pour des conditions de pêche relativement mauvaises, ce n’est pas si mal, au regard d’autres destinations, même si Gilbert semblait déçu pour nous.

      La Gaspésie est actuellement l’une des destinations « Saumon » les plus intéressantes, aussi bien financièrement que pour les possibilités qu’elle offre de se mesurer à Maître Salmo salar. C’est aussi l’occasion de découvrir de nouvelles techniques de pêche et les rivières sont là-bas toutes plus belles les unes que les autres. Alors, si l’envie vous tente d’aller tremper votre soie en Outre-Atlantique, n’hésitez pas à contacter Gilbert ou visiter son site Internet.

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