Saumon transgénique


    On va en reparler sous peu ! (Part. 1)


    30 août 2003 par René Marchand

      Je vous en parle, par épisodes, depuis quelques années. En fait, j’ai été saisi du problème par une info en provenance du Canada, il y aura quatre ans de cela. Alors, avant de lancer l’info, j’ai voulu voir de plus près de quoi il retournait. Voici donc les résultats de cette enquête. Enquête non achevée à ce jour, 14 mars 2003. Et vous allez comprendre pourquoi. D’abord, les faits. Ils sont vérifiables, je citerai les sources, vous pourrez vérifier in situ que je n’ai rien inventé. Et que l’info, il faut vraiment aller la chercher : elle existe, mais n’est pas " commercialisée", pour des raisons évidentes.

      Il y a 20 ans environ, avait été lancé un projet d’élevage de saumons Atlantique en ferme au New-Brunswick. En somme, développer une activité d’aquaculture. Elle se justifiait, au vu de la diminution des stocks de saumon atlantique, pour cause de surpêche, l’espèce " salmo salar" en l’occurrence. L’idée était donc séduisante, du moins pour les initiateurs. Mais dès le départ, une montagne de protestations s’éleva. En effet, de nombreuses personnes, représentant surtout la branche professionnelle "grillée par la concurrence", avisèrent l’opinion publique, dans ce cas précis quelques scientifiques et quelques associations écolos, des dangers inhérents à ce genre de culture. Ils craignaient les maladies par pollution diffuse ( exact !) et le danger potentiel pour les saumons sauvages. On peut se demander pourquoi, ce souci du naturel, vu que cette concurrence produisait elle aussi du saumon plus tellement sauvage, vu aussi qu’il était élevé en bassins grillagés et nourri aux granulés à base de viande bovine.

      A une époque pas si lointaine mais révolue ( disons un 1/2 siècle), le poisson vendu sur nos étals provenait pour une bonne part de la pêche traditionnelle : le saumon était sauvage, et capturé surtout dans les eaux groenlandaises. Pêché ? Non ! Pillé : des professionnels de la pêche, sans foi ni loi, ratissaient tout ce qui pouvait être ratissé, car le saumon était un produit de luxe. Rare, donc cher, et donc rentable. Alors, pour ramasser un max. de fric, et devant l’appauvrissement très net des stocks, l’idée était venue d’en faire l’élevage, dans des fermes d’aquaculture. Le procédé n’était pas nouveau, il avait été expérimenté avec succès sur d’autres espèces. Nous avons tous en mémoire la fameuse TAC, ou truite arc-en-ciel. Qui, je le signale, est l’espèce autochtone, donc naturelle, des eaux nord-américaines. Petite parenthèse : de plus en plus, on signale des reproductions naturelles de Tac, sensées ne pas se reproduire, dans les eaux françaises. L’espèce semblerait donc, après une période d’adaptation ( liberté, choix et diversité de la nourriture, conditions écoystémiques) acquérir une légitimité qui demandera cependant à être prouvée. Après tout, pourquoi pas, le black et le matou se reproduisent bien naturellement, chez nous ; et eux aussi sont originaires de là-bas. Fermons là cette courte parenthèse.

      Aujourd’hui, tous ( ou presque) les saumons Atlantique que vous achetez dans votre supermarché local, et même chez votre poissonnier, sont issus d’élevage. Seulement, le saumon porte bien son nom et sa réputation. C’est un salmonidé, et il est donc très fragile, car exigeant des conditions de vie, et surtout de développement, extrêmement contraignantes. En groupe, il stresse assez rapidement, et alors apparaissent des tas de maladie issant de cet état de stress. Malgré les médicaments ( antibiotique la plupart du temps), les pertes sont élevées. Donc manque à gagner évident. Et comme l’espace d’élevage doit être à la fois vaste, pour isoler les différents stades de la production, et aussi en partie maritime, le coût des installations fait grimper la note. Sans compter les habituelles, mais logiques, protestations des associations écologistes réussissant à imposer des contraintes parfois « contraignantes ». Bref, l’élevage du saumon était certes rentable, mais moins que prévisible ou possible, si vous préférez. Tout l’argent des médicaments, toute l’infrastructure nécessaire coûtait, et coûtait surtout beaucoup trop. C’est là une constante universelle : pour faire plus de bénéfices, il suffit de réduire les coûts de production ou de revient.

      Alors, avec le développement de la science, et plus particulièrement de la génétique ; on s’est dit que... On s’est dit que si on pouvait doper le saumon, son rendement serait meilleur. Alors, dans un premier temps, on lui a donné comme nourriture des aliments où antibiotiques et vitamines de croissance entraient dans une large proportion. Les résultats furent satisfaisants, on "rentrait dans ses sous", et la marge bénéficiaire donc augmentait. On produisait plus, et donc on offrait plus. Le public, en l’affaire les consommateurs européens, achetèrent plus de saumon. Logiquement d’ailleurs : il était présent en permanence sur les étals. Si bien qu’une nouvelle fois, la demande dépassa l’offre. En résumé, on revenait au point de départ. Ou presque.. car cette fois, on savait comment élever du saumon, et hors les aléas traditionnels, la méthode était bien assimilée, bien en place, bien définie en définitive ( sans jeu de mots). La demande ne cessait de croître, vu qu’en Europe, l’espèce sauvage, dans beaucoup de pays, n’était plus qu’un souvenir. Barrages, pollution, et braconnage faisaient des dégâts difficilement chiffrables sur l’impact et l’efficacité des remontées annuelles. Des fleuves comme le Rhin, la Tamise, la Garonne ne permettaient plus la remontée des saumons ; et les lois de la nature n’étant plus respectées, les résultats apparurent, secs et sans conteste possible. Le saumon était devenu un souvenir. Alors, dans les pays concernés, se mirent en place des plans, des expériences, pour essayer de refaire que... à défaut de revenir à..

      Reste que le constat, sur le plan marketing, était lui aussi sans appel. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas les chiffres, ils ont cependant une vertu indiscutable : ils présentent une réalité, et non des vœux. Et la réalité était celle-ci : même si, par un coup de baguette magique, les saumons pouvaient revenir et frayer dans des conditions normales, de toutes façons, les possibilités naturelles ne pourraient plus satisfaire aux besoins, eux aussi naturels, des consommateurs. Alors se sont développées, surtout dans les pays nordiques aux eaux plus froides, et donc moins fréquentées ce qui équivaut à moins polluées, d’immenses fermes aquacoles dont l’unique locataire est le saumon atlantique : Norvège, Écosse, Islande pour les plus importantes productions. Mais reste encore que le saumon est toujours aussi fragile et sujet au stress, et donc aux maladies. Et qu’avant de la commercialiser, il faut le laisser grandir, grossir, bref atteindre les standards d’une bonne " commerciabilité", parce que, au niveau commercialisation, le problème avait disparu. Il y avait demande, et même forte demande, et donc des débouchés quasi inépuisables. Conclusion : puisque la multiplication des fermes aquacoles ne pouvaient suffire, puisque leur développement ne répondaient pas aux exigences, il fallait trouver autre chose. Et c’est autre chose, c’est le transgénisme.

      Ici se pose alors une question maintes fois posée, et à laquelle je réponds une nouvelle fois. Pourquoi avoir développé le transgénisme en Amérique du Nord, qui n’apprécie pas spécialement voire pas du tout le saumon atlantique, et pas en Europe ? La réponse est simple, tellement simple qu’elle en est brutale. Les accords du GATT, signés en 93, mais actifs depuis les années 80, partagent le monde en quatre zones que voici :

      - L’Amérique du Nord, en avance ( d’après elle) dans le domaine de la biologie s’en verra naturellement chargée. Et avec elle, toutes ses applications industrielles, dont en particulier l’agriculture et ses dérivés.
      - L’Europe sera chargé des " fonctions " intellectuelles : artistiques et culturelles. Et de la recherche fondamentale, dans laquelle les savants européens excellent. La recherche appliquée, sera bien entendu confiée à l’Amérique du Nord. L’Europe trouve, l’Amérique du Nord traite.
      - l’Asie, et plus particulièrement le Japon - du moins à l’époque- de la fabrication des robots chargés d’apporter le bien être aux consommateurs occidentaux, les seuls capables de payer.
      - Et enfin le reste du monde sera chargé, vu son faible potentiel intellectuel et technologique d’apporter les ressources. Sont donc visés, quoique non cités, le Moyen-Orient pour le pétrole, l’Afrique pour ses ressources minières, l’Amérique du sud pour son potentiel inexploité parce que non encore défini ( forêt amazonienne pour le bois, les espèces exotiques et aussi les plantes inconnues = recherche médicale), l’Inde et le Pakistan pour leurs faibles coûts de main d’œuvre, vu que les droits de l’homme et de l’enfant ne sont pas à la veille d’être respectés au regard de leur natalité galopante. En résumé, l’Europe explorera l’inconnu, l’Amérique du Nord triturera cet inconnu, l’Asie rentabilisera cet inconnu. Et les autres profiteront, s’il en reste, des miettes de cette nouvelle distribution des cartes. C’est dégueulasse, mais c’est ainsi : en Europe, on fout des médicaments en l’air, parce que non ajustable aux besoins ( boîte de 30 alors qu’il n’en faut que 20), alors qu’en Afrique on crève par manque d’aspirine. On ne lui en livre pas, incapable qu’elle est de payer les droits d’auteur aux fabricants.

      On le voit : l’Amérique du nord, avec ses pôles de recherche, ses universités sans cesse en course aux subventions, ne pouvait être que la couveuse idéale pour les expériences de transgénisme. Lequel a pour ambition de modifier certaines déficiences naturelles pour une meilleure santé, donc productivité, des organismes vivants. Dont on sait qu’ils sont tous porteurs des mêmes constituants. Que vous preniez une salade, un dauphin, un homme ou une fourmi, les constituants sont les mêmes, le mode de reproduction également, et itou le mode de développement. Seul change l’arrangement de ces constituants. Et la recherche de ces arrangements, c’est la génétique.
      Cette génétique part d’un constat : puisque les constituants sont les mêmes, puisque certaines espèces sont insensibles à telle ou telle maladie et répondent efficacement à tel ou tel problème environnemental, il suffit de chercher le gène, c’est-à-dire la plus petite partie possible de ce moteur, de cette réponse à.. Et donc à l’introduire chez l’espèce qui en aurait besoin. Une telle ambition exige une base de données considérable. aussi, les recherches furent non pas axées sur, mais carrément tout azimut. On cherchait, on décortiquait, on stockait, on trierait ensuite. Évidemment, plus on a d’universités, plus on a de chercheurs, étudiants ou autres ! et plus le stock de données est important. Or, n’oublions pas qu’aux USA, les universités sont financées, en grande partie, par les industries : ici électronique, là ingénierie, là génétique, là composants mixtes etc etc. Et donc que la base de recherche est avant tout destinée aux industriels, à charge pour leurs ingénieurs-chercheurs de voir si...

      Alors, avec l’avènement de l’informatique, et le traitement accéléré des données ; les recherches vont plus vite, et surtout, elles n’ont plus de frontière. Et c’est ainsi qu’on s’est aperçu que le gène de croissance du saumon ( n’oublions pas que l’aquaculture est une forme d’industrie, puisque c’est un élevage industriel : gestion industrielle, marketing et prestations industrielles, car rapporteuse de $) présentait d’étrange similitude avec celui de l’homme. D’autres aussi, mais pour l’heure, ils ne nous intéressent pas. Bref, alors est venue, tout naturellement, l’idée que si on pouvait remplacer le gène de croissance du saumon par celui de l’homme, on ferait un grand pas en avant, sur le plan bisness s’entend. Le gène humain ainsi « injecté » stimule l’hormone de croissance du saumon. En fait, on le dope. Résultat : en raccourcissant fortement la durée de croissance du saumon, on aboutit à un produit rapidement commercialisable. Et qui dit accélération ( de croissance, bien entendu) dit aussi, dans ce cas, diminution des coûts de revient par diminution substantielle des facteurs de risque liés à la durée, donc augmentation de la marge bénéficiaire, et par conséquence directe des dividendes versés aux actionnaires. On le voit, tout à gagner : des résultats quasi immédiats, garantis, et ce qui ne gâtent rien, d’excellents rapports. Alors, dans un pays où le simple besoin de pisser est déjà sujet à commercialisation, l’idée fit plus que son chemin. D’idée, elle devint projet. et de projet, expérimentation. Et nous voici enfin arrivé au saumon transgénique.

      >> Suite de l’article

          | Réagir à cet article | Rechercher | Dans la même rubrique |

            Copyright echosmouche.fr
            Tous droits de diffusion et de reproduction réservés - Système de Gestion de contenu spip(3.0.17)
            Sommaire La Lettre d'echosmouche.fr Concours Auteurs Trophée Echos Mouche Nous écrire