Le Gyotaku


    Un art plus que millénaire


    juillet 2003 par Michel Castaingt

      Le Gyotaku Le Gyotaku (gyo = poisson et taku = empreinte) est une technique qui remonte à plus de 1500 ans. Toute droite venue de l’empire du soleil levant, elle permet de prendre une empreinte sur du papier ou de la soie et servait, à l’origine, à inventorier les poissons vivant. Cette méthode, peu connue, est un moyen simple et infaillible pour reproduire ou fixer les caractéristiques d’un sujet avec une extrême précision.

      De nos jours, le Gyotaku, généralement accompagné d’un descriptif, d’un éloge ou d’un texte à dimension poétique, représente une alternative intéressante sinon originale et artistique pour conserver la trace et présenter vos plus belles prises. Mais, comment faire ?

      Je vous propose aujourd’hui de découvrir cette pratique ancestrale, désormais classée au rang des arts figuratifs, au travers de la méthode "directe" qui s’applique sur un poisson mort par opposition à la méthode dite "indirecte". On notera que les encres utilisées sont non toxiques.

      La méthode dite "Directe"

      Commençons, tout d’abord, par la liste des matériels nécessaires pour réaliser une prise d’empreintes directes. Il vous faudra prévoir :

      De l’encre de chine liquide et non en bâton
      Différentes couleurs (tubes ou pots) de peinture aquarelle Liquitex
      Un pulvérisateur ménager genre lave vitres
      Trois ou quatre pinceaux mousse de différentes largeurs
      Deux pinceaux queue de morue de 25 m/m
      Deux pinceaux queue de morue de 10 m/m
      Un pinceau éventail de 10 /15 m/m
      Un pinceau rond et fin (yeux)
      Deux petits récipients pour faire le mélange d’encre et eau
      Du carton ou polystyrène pour soutenir les nageoires ou bloquer le corps du poisson
      De la pâte à modeler (nageoires)
      Des épingles de couture à grosses têtes (pas celles de couleur, elle cassent...)
      Du Sopalin et des kleenex.
      Un cutter et paire de petits ciseaux
      Un fer à repasser et un sèche cheveux (prendre celui de votre épouse sans oublier de le lui rendre...)
      Du tissu au choix, coton, soie, popeline, tissus à doublures etc....
      Du papier de journal recyclé soit en feuilles chez les magasins d’art pour faire des croquis, ou directement chez France Soir ou l’Humanité et demander des fins de "bobinos" 50 grammes. Généralement ils en font cadeau puisqu ’inutilisables pour eux .
      Des feuilles de papier japon de différentes épaisseurs. Pour la couleur, tenez compte que l’impression sera foncée
      Quelques (petits) tubes d’aquarelle de couleur jaune, blanche, rouge, noir et or pour faire les yeux, si besoin est.

      La préparation du poisson

      Le Gyotaku Plus la préparation sera soignée plus le résultat sera prometteur (dicton du terroir japonais....)

      Tout d’abord rincer à l’eau douce le poisson choisi en faisant TRÈS attention aux nageoires et au écailles . Enlever la totalité du mucus. Rincer abondamment les branchies, elles sont source de taches.
      Une écaille en moins = un trou sombre dans votre empreinte .
      Boucher tous les orifices pour éviter des fuites(anus - bouche - ouïes ) éponger au Sopalin ou autre papier absorbant les liquides des narines et des orbites .
      Bien caler le poisson de façon à ce que le corps ne roule pas pendant le travail.
      Ouvrir les nageoires à volonté suivant le mouvement du poisson . Mettre des cales dessous pour qu’elles reposent sur quelque chose et que vous puissiez appuyer dessus. Les faire tenir avec de la pâte à modeler par en dessous .

      Efforcez vous d’avoir un poisson dans une position où la tête et la queue ne font qu’une ligne droite au même niveau , c’est à dire que si vous posez une règle sur votre poisson , et bien elle touche de partout . Même s’il vous semble incliné à plat).

      Une fois que votre poisson est prêt suivant cette préparation (ou une autre qui vous convient...) , mettez votre poisson en forme ou position de nage avant de procéder à la prise d’empreinte.
      Habituellement il est recommandé de la faire le poisson droit , dans un premier temps, histoire de se familiariser avec cette technique. Seul le support (papier ou tissus) sera incliné pour donner une expression de vie .

      Votre poisson est prêt, il ne vous reste qu’une seule opération, le sécher au maximum avec des Kleenex en insistant sur la tête (orbites narines nageoires queue) et le reste du corps. Les écailles font effets de réservoirs de liquides.

      La prise d’empreinte

      Le Gyotaku En fonction de la largeur du poisson choisi ,adapter le pinceau . Mettre un peu d’encre de chine dans un des récipients. À l’aide du pinceau (sans trop le charger) étendre de l’encre en commençant par le tête en allant vers la queue. Recharger le pinceau lorsque les poils du pinceau font des marques (stries). Faire les nageoires en dernier*

      * Un détail à noter ... tous les poissons sont différents dans cette action. C’est à dire que certaines parties du corps sèchent différemment des unes des autres. Aussi, avant de poser le support, vérifier au préalable que l’humidification est uniforme.

      Une fois que le poisson est entièrement recouvert d’encre, bien essorer son pinceau et passer une fois à contre sens pour sortir l’encre qui est stockée sous les écailles et à la jonction dorsale et dos. Insister aussi sur les orbites ainsi que les narines.(pièges)

      Vous avez préparé plusieurs pièces de papier recyclé ( 20 au moins) aux dimensions de votre poisson . Au début pas beaucoup plus grandes parce qu’il faut découvrir certains aléas de la technique . Il n’est pas nécessaire de gaspiller du papier même gentiment donné. Plus tard ou avant vous pourrez tenter le papier japon ou le tissu, vous serez le seul et unique juge .

      Prenez une feuille de papier , présentez la bien à plat sur le poisson jusqu’à ce qu’elle touche le poisson.
      Vos doigts seront vos alliés dans cette manœuvre .Vous allez prendre contact avec votre poisson le plus délicatement possible en commençant par la bouche et en allant vers la queue en suivant une ligne médiane du corps et ceci jusqu’à la queue. Revenez ensuite à la tête puis écartez vos doigts pour rejoindre les bords extérieurs du poisson (dos et ventre).
      Arrivé à la nageoire dorsale s’il reste de l’encre dans la jonction... vous aurez une tache superbe qui vous fera perdre votre empreinte !

      Lorsque votre poisson est complètement reproduit vous pourrez décoller le support en commençant, toujours, par la tête.

      Sécher votre empreinte , si elle vous convient, sinon recommencer le processus ( vous avez encore 19 feuilles à votre disposition ...) en essuyant bien votre poisson avec un linge légèrement humide mais non détrempé pour enlever seulement l’encre précédemment utilisée.

      Bon ,vous arrivez à être satisfait de votre technique de prise d’empreinte, la maîtrise est en place et les loupés se font rares. Bravo !

      Maintenant vous pouvez compliquer votre travail. Vous savez que le ventre des poissons sont plus clairs que leurs dos , alors vous allez en faire autant.

      Dans un autre petit récipient vous allez faire un mixte d’eau et d’encre de chine. Quelles proportions ? vous saurez vous même doser et faire des essais sur ce même papier utilisé.
      Ainsi vous commencerez par faire le ventre en teinte allégée puis le reste du corps (en faisant un dégradé) en teinte foncée.

      Les yeux ? prenez des notes avant et reproduisez les à l’encre de chine ou à l’aquarelle. A propos d’aquarelle, puisque vous êtes déjà passionné par cet art et qui plus est ,vous êtes exigeant de la vie, voici comment pratiquer sur le même poisson mais avec de l’aquarelle. Je ne reviens pas sur la partie longue mais obligatoire de la préparation.

      Votre poisson est prêt la tête est à gauche. Vous avez noté les couleurs de votre poisson de son vivant . Sinon une enquête sur certains documents vous aidera à mieux les reconnaître.

      Prenez un des pinceaux mousse que vous avez ,la largeur de ce dernier doit correspondre plus ou moins à la largeur de votre poisson au plus large. En tant que droitier que vous êtes, prenez dans la main gauche votre pinceau et mettez la teinte foncée (le dos et les nageoires)du poisson en haut et la teinte claire(le ventre) en bas. Si vous êtes gaucher ou si votre poisson est tourné dans l’autre sens ... improvisez.

      Là commence le travail. Posez votre pinceau à partir de la tête et étaler votre peinture en un seul geste (une fois).
      Regardez l’effet, vous devez avoir les deux teintes qui sont appliquées et bien délimitées. Ensuite ? C’est à vous de voir pour faire un dégradé entre les deux teintes en remontant un peu vers les nageoires et finir la totalité de votre poisson.

      Prenez votre support de votre choix, mettez le en place sans appuyez. Pulvérisez ou brumisez de l’eau en L’AIR au dessus de votre poisson de façon à humidifier le support. Cette action est utile surtout si votre peinture à tendance à sécher vite (température extérieure - quantité de peinture importante etc...)

      Une fois votre support humidifié (pas trop) reprenez la séquence de mise en contact complet avec votre poisson. Décoller toujours le papier en commencant par la tête avant de le laisser sécher totalement.

      Rappelez vous maintenant qu’un poisson à besoin de place dans l’eau. Ne faites pas une empreinte dans un trop petit volume de papier ou de tissus. Soyez vous même poisson pendant tout le travail de la prise d’empreinte et après dans un cadre et accroché au mur ayez de la place pour exister dans ce cadre....

      Avant de la mise sous cadre, signez votre œuvre, inscrivez tous les commentaires qui pourront vous rappeler cette partie de pêche où vous avez pris ce poisson . Au Japon les pêcheurs marquent un tas d’informations, le nom du poisson, son poids ,le nom du pêcheur, l’endroit de la prise et souvent avec quoi ce poisson à été pris et évidemment la date de la capture.

      Cette technique est extraordinaire, dans le sens qu’elle apporte une satisfaction peu ordinaire, la paix avec soi ,la rencontre du calme , du soin , la remise en question permanente ,d’une autre forme de respect pour les poissons en général , la rencontre et l’acceptation de son incapacité de bien faire du premier coup ... Et lorsque vous serez passé à travers toutes ces petites épreuves , peut-être ferez vous partie de ces nombreux qui voient les choses autrement .

      Soyez persévérants , vous ne choisissez pas la technique la plus facile, mais certainement la plus simple et la plus pure qui puisse exister.
      Bon courage, je suis avec vous.

      Vous souhaitez en savoir plus sur cette technique, obtenir des informations, des conseils, échanger des idées sur ce sujet : Rendez-vous sur http://fr.groups.yahoo.com/group/gyotaku

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