Nymphe à vue


    Une journée avec Grégory Treille


    30 août 2003 par Christophe Bouet

      Grégory Treille - Greg pour les intimes - est un fou de pêche et un maître incontesté de la pêche à la mouche, plus particulièrement de la pêche en nymphe légère ou il excelle. Ce personnage singulier est parvenu en quelques années à se hisser, malgré son jeune âge, dans la catégorie des "vielles mains" : ceux qui maîtrisent à la perfection leur technique et qui comprennent instinctivement leur rivière.

      Grégory Treille Pêcheur passionné, Grégory ne pouvait voir sa vie autrement qu’au bord de l’eau à traquer les poissons des plus belles rivières de sa Franche-comté natale. Ainsi, il obtint avec succès voilà déjà quelques années son diplôme de guide de pêche auprès de la maison nationale de l’eau et de la pêche à Ornans dans le Doubs, profession qu’il exerce aujourd’hui avec une ferveur et un enthousiasme pour le moins communicatif. Pour se persuader des qualités de pêcheurs de Grégory il suffit de passer quelques heures à la pêche avec lui pour comprendre rapidement à qui l’on a à faire. C’est un véritable maître de la pêche qui manie une canne à mouche avec une dextérité que pourrait envier de nombreux pêcheurs. Les faux lancers déploient toujours une soie parfaitement tendue et la boucle est constamment serrée grâce un mouvement totalement linéaire de la canne. Les posers qui en découlent sont alors précis et toujours remarquables. Allié à une technicité irréprochable, Grégory possède un sens de l’eau hors du commun. Son analyse perpétuelle des différentes situations de pêche, son sens de l’eau qui semble inné et son expérience de la rivière en font une véritable "bête de pêche" : il sait ce qu’il faut faire ... quand il faut et où il faut !

      Une approche soignée

      A son contact, on constate rapidement que Greg accorde une attention toute particulière à l’approche d’un poisson repéré. Il part du principe évident qu’une truite ou un ombre qui ne l’a pas vu est forcément plus disposé à ce saisir de sa mouche qu’un poisson qui l’a aperçu mais qui n’a pas forcément fuit pour autant lors de son approche. C’est bien sûr d’une logique implacable mais si je me permets de souligner ce fait, c’est que j’ai pu constater que Grégory apportait un soin inhabituel pour approcher une truite. En effet, Grégory ne marche pas comme le commun des pêcheurs lorsqu’il se trouve au bord de l’eau. Complètement voûté ou littéralement à genoux, il s’approche toujours avec la plus grande discrétion d’une truite ou d’un ombre qu’il a repéré rapidement grâce à sa vue tout à fait exceptionnelle, même si le poisson se trouve fort loin. De plus, il sait habillement se servir des ombres et de la lumière, prenant soin de toujours garder le soleil face à lui alors qu’il se trouve dans une zone d’ombre.

      Des nymphes semblables ... mais différentes

      Tacticien hors pair , Grégory possède également un dont inouï pour comprendre où se trouvent les poissons convoités. Si sa stratégie est parfaite, il n’en reste pas moins un technicien émérite et il sait à tout moment où se trouve sa mouche immergée par rapport au poisson. Il sait instinctivement si sa nymphe est trop ou pas assez plombée et n’hésite pas à en changer pour un modèle plus ou moins lesté s’il juge nécessaire de le faire. Cependant, même s’il change de nymphe, il ne change pas nécessairement de modèle, restant le plus souvent sur son idée de départ. C’est pourquoi il monte un même modèle de mouche avec des lestages différents permettant de pouvoir pêcher dans toutes les circonstances. En fait, Grégory se contente de très peu de modèles de nymphes différentes en comparaison avec le commun des pêcheurs à la mouche ... moi le premier. Cependant, même si peu de modèles différents garnissent sa boîte à mouche, ces imitations sont souvent déclinées en différents lestages et marquées individuellement par de petits repères visuels lors du montage afin de pouvoir savoir du premier coup d’œil si l’on a une nymphe plus ou moins plombée. L’une de ces mouches de prédilection est la fameuse « Pheasant Tail » que Grégory utilise systématiquement pour débuter lorsqu’il n’observe aucune activité particulière sous la surface de l’eau. Mise au point par Franck Sawyer voilà des décennies, c’est toujours une mouche de base du moucheur et je ne connais pas un seul bon pêcheur à la nymphe qui, actuellement, ne possède ni n’utilise pas avec succès la « Pheasant Tail » et sa sœur la « Grey Goose », quelles que soient les eaux où il pratique. Ce modèle, d’apparence désuète mais qui, dans la pratique, s’avère d’une efficacité qui n’est plus à prouver est monté par Grégory sur hameçons de 10 à 14 pour la truite et de 16 à 20 pour l’Ombre. Lors du montage, il prend le soin de réaliser ces artificielles avec un nombre précis d’enroulement de fils de plombs (3, 6 ou 9 tours) pour avoir des mouches toujours lestées de manière identique et savoir exactement à quelle vitesse elles vont descendre dans la couche d’eau.

      Des posers particuliers

      Grégory Treille Afin d’obtenir une présentation parfaite, Grégory porte une attention toute particulière au posé de sa mouche, chose qu’il maîtrise là aussi à la perfection. En effet, en fonction des circonstances, il utilise deux types de posers différents qui vont garantir à sa nymphe une dérive exempte de dragage, toujours difficilement perceptible lorsque l’on pêche sous l’eau. Le poser « en paquet » a sa faveur en ce qui concerne les zones courantes et le poser « en cloche », ou « parachute », a sa préférence pour ce qui est des zones plus calmes. Pour réaliser un poser « en paquet », il est nécessaire de frapper la surface à grande vitesse avec sa nymphe pour faire pénétrer rapidement dans l’eau la mouche, la pointe du bas de ligne puis le bas de ligne lui-même. L’immersion sera d’autant plus rapide que la nymphe arrivera vite au contact avec la surface et que l’ensemble du bas de ligne se posera en paquet à proximité du point d’impact de la mouche. Ce poser technique va permettre à l’artificielle de dériver naturellement et de s’enfoncer normalement sans aucun dragage. Pour ce qui est des zones calmes, Grégory adopte un poser qu’il a baptisé « poser en cloche » ou « poser en parachute ». Il s’agit lors du shoot de s’imaginer poser sa nymphe sur une surface virtuelle bien au-dessus du niveau réel de la surface de l’eau. La mouche se trouvant alors à quelques dizaines de centimètres de la surface, tombera ainsi de son propre poids dans l’eau, entraînant le bas de ligne dans sa chute gracieuse qui formera une jolie boucle verticale ..... en forme de cloche. Ce poser, délicat et discret, assurera une immersion naturelle et lente sans que le bas de ligne puisse brider la nymphe et compromettre sa présentation.

      Adapter sa dérive

      Pêchant souvent les truites et les ombres très sollicités des rivières franc-comtoises que sont la Loue, Le Doubs ou le Dessoubre, Grégory réalise généralement des dérives inertes sans aucune animation de sa nymphe. Il a pu constater que ces poissons difficiles réagissent avec une grande méfiance et que cette manière de pêcher est bien plus efficace que si l’on anime la nymphe. Cependant, rien n’est figé et il convient de s’adapter en fonction du comportement des truites ou des ombres. En effet, si l’un d’eux a refusé à plusieurs reprises sa mouche, Grégory n’hésite pas alors à effectuer une très légère animation lorsque sa nymphe arrive presque devant le nez du poisson. Un petit sursaut de quelques centimètres de la nymphe peut alors provoquer une attaque réflexe de la truite ou de l’ombre.

      Si Grégory possède de nombreuses qualités et que sa compétence n’est plus à démontrer, ce qui me touche le plus chez ce jeune homme attachant, en dépit de sa déconcertante facilité à « cueillir » des poissons difficiles et à leurrer des truites records, c’est sa formidable humilité au point d’arriver encore à s ’émouvoir lorsqu’il observe l’une de ces belles zébrées Franc-comtoises avant de la pêcher ...

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