Des oiseaux et des hommes


    La fin de la pêche ?


    30 août 2003 par Joan Miquel Touron

      cormoran Je dois le confesser, lorsque j’ai entendu les premiers Cassandre pester contre les cormorans, j’ai ricané en douce. Les Fédérations de pêche avaient enfin trouvé un bouc émissaire pour expliquer la baisse des captures. Je leur présente toutes mes excuses.

      C’est la rivière Têt, dans les Pyrénées-Orientales, qui m’a vu grandir, c’est elle, aussi, qui a subit mes jurons lorsque j’apprenais les rudiments du fouet sur des chevesnes pas très enclins à me servir de professeurs. Sur des kilomètres, la rivière bouillonnait littéralement de gobages. Aujourd’hui, autour de Perpignan, secteur classé en deuxième catégorie, il ne reste plus un seul chevesne, alors que ces poissons ne subissent aucune prédation humaine. Au coup du soir, la rivière ressemble à un miroir, chacun peut le vérifier, aucun museau ne vient briser sa surface. Les anguilles femelles qui remontaient en rivière des étangs du littoral ont totalement disparu. Tous les amateurs de notre excellente " bullinada catalana" qui pêchaient de nuit, sont catégoriques, cette année pas une touche, pas une prise. Ce qui ne fera que précipiter la disparition de ce poisson qui jadis pullulait dans nos cours d’eaux.

      Subissant les deux prédations, animale et humaine, la truite a disparu totalement de la seconde catégorie, dans sa partie plaine. Ceci pour la Catalogne française, côté sud des Pyrénées, la multiplication des parcours no kill qui attirait un tourisme halieutique important, servait aussi de réserves où la truite se reproduisait et ensemençait tous les cours d’eau environnant. Quelle ne fut la surprise des pêcheurs qui le jour de l’ouverture ne purent que constater la disparition systématique des poissons de plus de dix centimètres. On raconte sur le Sègre, que le premier chasseur qui tua un de ces oiseaux noirs, le porta dans un restaurant pour demander si quelqu’un connaissait ça ! Un touriste-pêcheur et français de surcroît, levant le nez au dessus d’une triste paella 100% touristique, se serait écrié "ça, cormorans !, fini la pêche, fini la truite !", puis il paya son addition et disparu pour ne jamais plus revenir.

      Ne reste en rivière, toutes espèces confondues, que les poissonnets de la longueur du petit doigt. Même si demain la destruction systématique de ce fléau était autorisée à l’intérieur des terres, l’ampleur de la tâche nous dépasserait tous. La seule solution, peut être, ajouter aux tirs des gardes sermentés, une prime conséquente pour chaque patte droite de cormorans rapportée aux sièges des Fédérations. Mais nous en sommes loin. Chez nous, une plainte a été déposée par des soi-disant protecteurs des oiseaux contre les gardes qui ont procédé à un timide abattage cet hiver. De toute façon les quotas autorisés, sont ridiculement bas, et s’il conservent un côté cruel pour le public, ils n’ont aucune influence sur la prédation que subit notre cheptel piscicole.

      J’ai bien peur que dans les années à venir, la baisse d’effectif de pêcheur ne se compte plus par des un, deux ou trois pour cent comme aujourd’hui ; mais par des 50 et 60%. J’ai pris mon premier permis à l’âge de douze ans et l’année prochaine, c’est sûr, je ne prendrais pas mon permis en France. Je n’en suis pas fier. Nous avons tremblé devant les barrages, les micro-centrales et la pollution, je n’aurais jamais pu imaginer que ce serait un oiseau qui transformerait " mes " rivières en véritable désert.

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