Braconnage en zone maritime estuarienne


    30 juillet 2003 par La Gaule Lannionnaise

      LA GAULE LANNIONNAISE, Rue de Roud ar Roc’h - 22300 LANNION.
      Lannion, le 22 juillet 2003.

      Objet : Rivière Léguer 22, Braconnage en zone maritime estuarienne.
      N/Réf. : 030730LetOuvPrefRegDif/ BLM

      Lettre ouverte à Madame la Préfète de la Région de Bretagne, Présidente du comité de gestion des poissons migrateurs des cours d’eau bretons.

      En ce début de saison estivale, les rives estuariennes du Léguer deviennent, au rythme des marées, le rendez-vous de nombreux pêcheurs, tout particulièrement sur les quais de la ville de Lannion. Une situation qui ne devrait que réjouir une association de pêche … si des yeux "avertis" n’y décelaient pas la montée d’une délinquance qui flirte avec le banditisme environnemental (actes délibérés, organisés, qui portent atteinte à une espèce protégée et dont on tire profit ...) : le braconnage du Saumon Atlantique.

      Qu’observons-nous ?

      Tout d’abord, une majorité de gens, parfois en famille, qui pêchent paisiblement le flux, principalement de la mi-juin à fin-septembre et dont le nombre peut atteindre la centaine lors des marées propices. Ces personnes exercent essentiellement au moyen d’une canne à lancer qui leur sert à propulser un leurre, selon une technique dite de « lancer et ramener ». Leurs éventuels déplacements s’effectuent à pieds, le long de la rive, paisiblement. Les poissons recherchés sont principalement des bars qui chassent en bancs, plus ou moins denses, des juvéniles. Lorsqu’il y a capture, le poisson a été trompé et en conséquence il est attrapé par la bouche. En un mot, ils pêchent !

      Le seul reproche que l’on puisse leur faire est la méconnaissance de l’existence d’une réglementation et tout particulièrement celle d’une taille minimale, à titre d’exemple 36 cm pour le bar.

      Mais, et c’est l’objet principal de notre lettre, des "yeux avertis" remarquent des individus "pêcheurs" dont la pratique diffère, bien souvent momentanément, de celle décrite ci-dessus. Dissimulés parmi les pêcheurs "réguliers", ils pratiquent machinalement tandis que leur attention est retenue par la détection de sillages caractéristiques qui révèlent la montée de saumons ... Dès que ces ondes sont repérées, une phase de surexcitation les gagne, leur comportement change subitement : Le leurre est promptement remplacé par un petit grappin plombé, ils se déplacent rapidement et n’hésitent pas à bousculer pêcheurs ou promeneurs pour anticiper sur la montaison, leurs lancers sont précis et leurs « ramenés » s’effectuent par un tirage rapide et caractéristique du grappin destiné à ancrer les hameçons dans la chair du poisson. Ils ne pêchent pas, ils harponnent !

      Cette pratique qui exige une grande dextérité fait école avec entraînement sur les bancs de mulets. Elles se développent principalement chez les jeunes qui semblent y trouver un intérêt ludique et financier. Nous estimons que leurs effectifs ont triplé en cinq ans pour atteindre une trentaine de pratiquants !!!

      Il existe bien entendu quelques variantes stratégiques à la description ci dessus destinées à augmenter l’efficacité du processus : Pratiquant en bandes organisées, des observateurs(trices) sont placés en amont et en aval de l’estuaire et informent de l’arrivée des migrateurs. On assiste alors à des déplacements groupés de cyclomoteurs et scooters ou à la sortie de cannes à pêche de certains fourgons ...

      Défaillance d’un service de l’Etat ?

      Nous avons longtemps cru que le Saumon Atlantique, qui apparaît sur la liste rouge des espèces menacées et bénéficient du statut d’espèce « vulnérable » au niveau européen et français, faisait l’objet d’une protection spécifique, y compris dans les estuaires, notamment par l’interdiction de la pêche et de l’utilisation du « grappin » sur des zones précisément définies. En l’occurrence, pour le Léguer, sur l’espace compris « entre le pont de Ste Anne et une ligne tracée entre le corps de garde du Yaudet et la balise de la Pierre -Noire » qui correspond précisément à la zone d’action de nos braconniers. Nous croyions savoir qu’une liste conséquente d’agents habilités à rechercher et constater les infractions dans le domaine des pêches maritimes avaient été dressée il y a fort longtemps, qu’en conséquence ils avaient été formés et que des moyens, notamment temporels, étaient mis à leur disposition. Aussi, depuis 6 ans, nous demandons régulièrement l’intervention de ces autorités. Mais force est de nous rendre à l’avis « législatif » des braconniers : "Si c’était interdit, on le saurait depuis longtemps puisque nous ne nous cachons pas" !!! En des périodes où, comme le déclare notre ministre de l’intérieur "Le temps de l’impunité est terminé" nous devons nous rendre à l’évidence ...

      Alors nous nous interrogeons sur l’opportunité de poursuivre une protection et une réglementation drastiques sur la partie fluviale du Léguer dont les résultats, déjà significatifs et sans doute à l’origine du renouveau de ce braconnage estuarien, sont mesurés par le Conseil Supérieur de la Pêche (C.S.P.) et s’annoncent prometteurs :

    • A quoi peuvent bien servir la mobilisation des pêcheurs de saumons du Léguer, d’associations de protection de l’environnement, d’élus, d’agriculteurs voire de certains services de l’Etat, le financement de programmes coûteux par les citoyens français et européens tels le démantèlement du barrage de Kernansquillec, les programmes de reconquête de qualité d’eau, le programme Natura 2000, si dans le même temps, des services de l’Etat se dérobent de leurs missions spécifiques à la pêche des poissons vivant alternativement dans les eaux douces et dans les eaux salées qui conditionnent la réussite des travaux menés à l’amont ?

    • Quelle crédibilité porter à un programme dont vous avez la responsabilité et qui demande aux 200 pêcheurs de saumons du Léguer : d’acquitter 2 taxes piscicoles spécifiques, de se partager un quota annuel de 30 saumons de printemps ce qui représente, au mieux 1 poisson pour 7 pêcheurs, de limiter leur pression de pêche sur au plus 100 jours et en pratique 15 week-ends par an, de baguer et déclarer chaque capture, de tenir un carnet de captures alors que sur plus de 6 km d’estuaire on peut capturer « à vue » un nombre illimité de saumons de printemps, gratuitement, 365 jours par an, jour et nuit, voire en tirer profit , préhension qui s’ajoute à celle effectuée en zone maritime, dans le cadre de la pêche de loisir, ...?

    • Ce quota ou Total Autorisé de Captures (TAC) correspondrait-il à l’incertitude de calcul sur les valeurs estimées de capture par les braconniers ?

      Notre demande :

      Afin de conserver une certaine vraisemblance à la mission que l’Etat nous confie en tant qu’Association Agréée pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique et qui nous mandate pour - entre autres - "participer activement à la protection des milieux aquatiques et de notre patrimoine piscicole en particulier par la lutte contre le braconnage ...", afin de pouvoir répondre aux interrogations du millier de pêcheurs que nous représentons et qui depuis 5 ans ont adopté, non sans réticence initiale, un comportement exemplaire, nous vous demandons :

      1) De nous préciser s’il existe une réglementation relative à la pêche maritime des salmonidés dans les estuaires de certaines rivières de la région Bretagne, en particulier sur le Léguer.
      2) Le cas échéant, nous communiquer ces textes, particulièrement ceux relatifs à la zone géographique concernée, aux méthodes prohibées, aux agents habilités à rechercher et constater ces infractions, aux peines encourues ...
      3) Informer et communiquer localement sur les zones concernées de la réglementation en vigueur car il est d’usage de considérer que la pêche en zone maritime est non réglementée.
      4) Faire appliquer dans les meilleurs délais ce règlement car les 3 mois qui vont suivre constituent habituellement une période d’intense activité de braconnage.
      5) Nous communiquer les coordonnées des services chargés d’effectuer le bilan public des actions de police menées et le résultat des poursuites menées.
      6) Nous communiquer l’ordre du jour et le compte rendu des réunions du comité de gestion des poissons migrateurs (COGEPOMI) qui a compétence pour définir et mettre en œuvre des plans de prévention utiles à la conservation et au développement du saumon atlantique mais qui ignore les AAPPMA, y compris celles qui gèrent au quotidien et sur le terrain un ou plusieurs cours d’eau classés à saumon. (3 rivières en ce qui concerne celle de Lannion)

      Pour conforter notre observation et essayer de vous convaincre de la nécessaire intervention de vos services afin de mettre un terme à cette forme de banditisme environnemental, nous joignons à cette lettre l’éditorial de juillet 2003 de l’une des principales revues halieutiques françaises "Plaisirs de la Pêche" entièrement consacré au braconnage sur le Léguer ...

      Dans l’attente de vous lire, nous nous tenons à votre disposition pour vous fournir toute information complémentaire ou rencontrer l’un de vos service et nous vous prions de bien vouloir agréer, Madame la Préfète de Région, l’expression de notre haute considération.

      Bertrand LE MERDY
      Président de la Gaule Lannionnaise,
      AAPPMA de Lannion

      Copies à :
      DRAM Rennes
      DDAM St-Brieuc
      Quartier Paimpol
      Préfecture des Côtes d’Armor
      Sous- Préfecture de Lannion
      Délégation Régionale du CSP
      Brigade Départementale du CSP
      Mairie de Lannion
      Presse halieutique nationale
      Presse locale

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