Les saumons et leur pêche


    Pierre Bertin


    29 septembre 2003

      Relié
      162 pages
      Editions Crépin-Leblond et Cie Editeurs - 1964

      Ce livre écrit par Pierre Bertin et édité en 1964 reste sous bien des aspects d’actualité. A sa lecture, vous vous rendrez compte qu’en quarante ans les choses n’ont pas tellement changé. Pour beaucoup de pêcheurs de Saumons ce livre que l’on peut encore trouver dans certaines librairies ou chez des bouquinistes est un ouvrage de référence. L’avertissement signé de l’auteur, que nous reproduisons ici dans son intégralité, sera probalement prétexte pour ceux qui le connaissent déjà de le lire à nouveau et pour ceux qui n’ont pas encore eu le loisir de le consulter, de le découvrir ou d’en faire l’acquisition. - Jean-Claude Girard.

      Les saumons et leur pêche "On a beaucoup écrit en France sur la pêche de tous les poissons, sur les pêches au coup, sur celle du Brochet et surtout de la Truite. par contre, celle du Saumon a été passée sous silence ou peu s’en faut. Des spécialistes régionaux comme le commandant Latour ou Henry Boyer, de Brioude et, plus récemment, R. Félix, ont dit ce qu’ils savaient, le premier sur l’Aulne bretonne, les autres sur l’Allier. Mais il s’agit là de rivières bien particulières et ces pêcheurs se sont volontairement limités à l’unique observation d’un secteur restreint faute d’en connaître d’autres assez complètement.

      Signalons aussi : "La pêche du Saumon" qu’Olivier Dunuouau dit paraître en 1925. Il y traitait des ressources du gave de Pau (où remontaient encore quelques Saumons), du Gave d’Oloron et de la Nive. Cet auteur optimiste affirmait : "La pisciculture d’Oloron doit produire 500 000 Saumons par an (!?) et, dans ces conditions, il est permis de dire en toute certitude (sic) que le jour est proche où les Saumons finiront par pulluler dans nos Gaves admirables ...".

      Pendant la dernière guerre, feu mon excellent camarade Louis Carrère a fait éditer son "Saumon, poisson royal", qui est actuellement le seul ouvrage français ayant abordé la question, d’une façon plus générale. Depuis la publication de son livre, en 1943, beaucoup d’eau ayant passé dans les échelles à Saumons , il y a peut être du nouveau à dire sur ce vaste sujet. Et puis, si l’on considère que les ouvrages anglais traitant du Saumon tiendraient difficilement dans la bibliothèque d’un ministre, il faut croire que le problème est complexe.

      Comme chacun a sa propre optique, même à l’intérieur d’une même spécialité, essayons de donner nos idées personnelles dans ce domaine où, plus qu’en aucun autre, entre une forte proportion de fantaisie, d’incertitude, de mystère, où la chance est indispensable, mais qui peut nous procurer les joies les plus pures et orner notre mémoire des souvenirs les plus durables.

      Tout au long de mon texte, je me garderai toujours d’affirmer. C’est pourquoi l’on trouvera si fréquemment des adverbes atténuant le caractère d’absolu des règles que je pourrai me hasarder à énoncer. Lorsque j’aurai pu le publier, le lecteur fera sagement de les rétablir, de les sous-entendre automatiquement, surtout s’il désire vérifier ces règles lui-même au bord de l’eau et la canne à la main : il aura ainsi moins de chance d’être déçu ... « Peut-être », « parfois », « généralement », « dans certains cas ... », sont des locutions de rigueur pour remplacer « toujours », « jamais » ou « certainement » ... qui n’ont pas leur place dans un texte sur l’art de pêcher un poisson aussi fantasque et capricieux que la Saumon.

      Tout ce que nous savons de lui est si fragile , si souvent infirmé par l’expérience, que se hasarder à la moindre affirmation péremptoire friserait la témérité. En constatant un grand nombre d’exceptions à des règles absolues, nous risquerions souvent le ridicule.

      De même qu’il est impossible d’affirmer, il est également vain d’essayer de traiter notre sujet sans emprunter à la langue anglaise une quantité de mots intraduisibles en français. Nos voisins d’outre-Manche ont, en effet, la spécialité du mois unique pour désigner un groupe d’objets, alors que notre vocabulaire trop riche nous oblige à toute une énumération qui, finalement, n’a pas la même précision. L’exemple typique est celui du mot «  tackle » . une cuiller, un devon, une monture quelconque, les émerillons, tout ce qui sert à pêcher à la ligne, est appelé tackle. Ce terme extrêmement commode n’a aucun équivalent dans notre langue, à moins de le remplacer par une véritable nomenclature de catalogue !

      Il en est de même pour désigner les deux méthodes différentes de pêche à la mouche : en greased line, qui se traduit bien par ligne graissée ou en « sunk line », très difficile, au contraire à exprimer en français. To sink ( au passé sunk) signifie, d’après le dictionnaire : s’enfoncer, couler, baisser, mais aucun de ces synonymes n’est vraiment satisfaisant. C’est pourquoi nous serons obligé d’utiliser le terme anglais. (Ne pas confondre avec wet fly : mouche noyée).

      Quant aux noms des mouches, il serait ridicule de songer à les traduire. Evidemment, les Anglais, qui les ont toutes créées, auraient pu, dans un louable soucis de normalisation internationale, les désigner par de simples numéros. Ce serait dommage, car elles y perdraient de leur personnalité. Et pourquoi M. Jock Scott, qui est probablement resté inconnu pour toutes les autres créations de son existence, n’aurait-il pas été heureux - et même fier - de faire connaître ses nom et prénom en les prêtant à cet assemblage de couleurs dont l’illustre Lord Grey a pu dire : C’est le meilleur qui ait jamais été imaginé pour une mouche à Saumon ? ... de même pour « Wilkinson », « Jock O’Dee », « Gordon » et bien d’autres classiques dont nous n’avons pas le droit de franciser le patronyme.

      Des Ecossais, vraisemblablement plus sentimentaux, ont préféré donner à leurs créations le nom de Celle dont le charme les aura sans doute inspiré : aussi sont nées « Lady Caroline », « Jeannie », ou « Jockie ». Pourquoi les débaptiser indûment et les appeler « Madame Caroline », « Jeannette » ou « Jacquotte » ... ? Et puis, une dame n’est pas toujours une Lady !
      « Black Doctor », « Blue Doctor », Silver Doctor », deviendraient ridicules en docteur noir, bleu ou argenté. Et que gagnerait « Blue Charm » à devenir charme bleu, « Gold Olive », olive d’or, ou « Hairy Mary », Marie chevelue ?
      Le lecteur m’excusera donc par avance d’utiliser plus loin quelques-uns de ces mots anglais qui deviennent d’ailleurs bien vite familiers au pêcheur de Saumons. Chaque fois que le terme exact aura son homonyme en français, je l’utiliserai pour éviter la consultation toujours fastidieuse du dictionnaire." - Pierre Bertin.

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