Lodgealven


    Le paradis de l’ombre 24 heures sur 24


    28 novembre 2003 par Jérôme Philipon

      Bien plus qu’un simple voyage de pêche, la Suède constitue désormais pour l’auteur une sorte de pèlerinage annuel, une immersion émouvante et éprouvante dans une nature sauvage riche de rencontres et d’instants passionnants au bord de l’eau.

      Lodgealven Même en Suède, pays écologiste s’il en est, les hommes ont dégradé l’environnement. Et quel fantastique environnement ! Saumons atlantiques jusqu’à 40lbs, ombres records, farios trophées et ombles chevaliers jusqu’à trois kilos peuplent une myriade de rivières et de lacs plus sauvages les uns que les autres. Seigneur Esox Lucius constitue la cerise sur le gâteau : peu pêché car considéré longtemps comme une vermine, il n’attend que le moucheur pluridisciplinaire pour s’exprimer pleinement. Saumoniers frustrés de bredouilles, suivez mon regard et profitez d’un break bien mérité !!! Bienvenue en pleine nature suédoise, entre plaine et montagne au pays de l’élan, des belles blondes et des saunas en plein air.

      En Suède, chasse et pêche viennent aux hommes comme une deuxième nature, la première étant l’amour du bois et des bois. Même à quelques heures du cercle polaire arctique, les forêts s’étendent sur des kilomètres et des kilomètres avant de laisser place à un paysage de taïga. Les artisans font bon usage des ressources naturelles. Les plus doués rivalisent d’adresse en gravant qui un manche de couteau orné de corne de renne, qui une écuelle à boire traditionnelle en bouleau. Du vrai travail d’artiste !

      Lodgealven, la rivière Lodge en Suédois, relève d’un passé houleux.

      Lodgealven Sans aucune considération pour les populations piscicoles, l’exploitation industrielle du bois durant le 19 ème et le début du 20 ème siècle a forgé les cours d’eau parfois à grands coups de dynamite. La rivière Lodge dans le comté de Vasterbotten a ainsi par endroits vue ses berges érigées de palissades de troncs d’arbre visant à guider les billes de bois lors de leur flottage vers les scieries en aval.
      Très néfaste à l’habitat, cette pratique portée à l’extrême est allée jusqu’à l’enlèvement systématique dans le lit même du cours d’eau de tout obstacle au flottage industriel. J’ai en mémoire un parcours que j’ai surnommé "Le Green" où les berges immédiates et le fond de la rivière sur quelques mètres à partir du bord sont tapissées de roches en forme de jolies billes de vingt à cent kilos chacune, délicieusement rondes et glissantes comme des balles de golf. Ayant fait quelques pas dans l’eau au delà de cette barrière casse-cheville, quelle ne fut ma surprise de tout d’un coup marcher aisément sur du fin gravier !

      Lodgealven Ce parcours est l’illustration parfaite d’un dégagement énergique vers les berges de toute obstruction -arbre immergé ou roche- constituant autant de caches à salmonidés. A cet endroit, la majorité des rochers ont été extraits du lit du cours d’eau et repoussés vers le bord. Une merveille de fluidité pour les troncs d’arbre !

      "Lodgealven" - la rivière Lodge en Suédois- relève donc d’un passé houleux. Pourtant grâce à des hommes tels que Christer Johansson, elle revit d’une nouvelle jeunesse. Gestionnaire du camp de Gammelgarden et de son parcours privé de vingt kilomètres, Christer est un passionné de nature. Rude gaillard, amoureux des élans et propriétaire du parc animalier et musée local, il oeuvre sans relâche pour faire connaître sa vallée.

      Lodgealven Avec l’aide avisée d’Harry Salmgren, guide de pêche natif de la région, Christer a entamé un ambitieux programme de restauration des pools. Un certain après-midi au coeur d’une éclosion massive de gros sedges, le "Green", ce même parcours célèbre pour son wading périlleux, allait coup sûr coup m’offrir mes deux plus gros ombres à ce jour : magnifiques spécimens de respectivement quarante et quarante trois centimètres, à la robe très sombre et aux reflets de couleur bronze. Le plus gros se paiera d’ailleurs le luxe de trois chandelles hors de l’eau avant de succomber à l’épuisette. Alors qu’aucun gobage n’était visible, ces ombres se gorgeaient d’émergentes sous la surface et furent pris sur une grosse nymphe palmer en pêche aval. Ces records personnels font pâle figure comparés aux sujets jusqu’à soixante centimètres pris en Suède chaque année.

      La stricte politique "catch & release" appliquée à Gammelgarden influe favorablement sur la taille des ombres, en moyenne plus élevée que sur les rivières de la région. Les truites farios ne sont pas en reste et chaque année des spécimens jusqu’à 6kg sont capturés. Ce sont des poissons trophées agressifs et à la défense explosive.
      Farios et ombres records fleurissent dans un biotope dont l’atout principal reste son isolement de toute population humaine et la faible pression de pêche qui en découle.

      Un monde à l’envers comparé aux chalkstreams manucurés anglais...

      Lodgealven Il n’y a pas que la pêche en elle-même qui soit sauvage en Suède, la nature dans son ensemble est sans concession. L’accès à la rivière peut constituer un challenge à lui seul ! Votre progression sera par endroit ralentie par de denses buissons d’arbres nains, des troncs enchevêtrés fruit du travail méticuleux des castors ou encore par les ravines creusées par les crues de fonte des neiges.
      Surmonter ces obstacles ne va pas sans effort et cette pêche dans une nature authentique ne convient pas à tout le monde. C’est souvent dans ces moments ou l’attention baisse, alors que le moucheur hors d’haleine reprend son soufflé affalé dans l’herbe, que surgissent le farouche élan venant boire à la tombée de la nuit ou l’aigle pêcheur planant majestueusement. J’ai encore à l’esprit un coût du soir interrompu à deux heures du matin par trois élans ayant choisi mon pool pour traverser la rivière à la nage !

      Un camp de pêche traditionnel, isolé en pleine forêt de bouleaux blancs...

      Dans la plus pure tradition suédoise, Gammelgarden est implanté en pleine forêt au bord d’un lac. Amateurs de lodge cinq étoiles passez votre chemin, Gammelgarden privilégie une expérience authentique et n’offre ni électricité ni eau courante. Les pêcheurs logent dans des chalets de bois rustiques mais confortables. Les couchettes sont traditionnellement recouvertes du meilleur isolant naturel qui soit : des peaux de renne. La toilette quotidienne se fait "à la rude" dans le lac qui borde le camp. En fin de journée - généralement au retour de pêche vers deux ou trois heures du matin - les guides font chauffer le sauna pour une suée relaxante et bien méritée.

      Lodgealven

      Des camps tels Gammelgarden, la Suède en compte de nombreux. C’est la façon la plus typique de résider pendant votre séjour de pêche.

      Seule la fatigue met un terme aux enthousiasmes halieuthiques de chacun...

      Lodgealven Oubliez votre rythme de vie normal : en Juin et Juillet, si proche du cercle polaire arctique, les nuits sont pratiquement inexistantes et seule la fatigue met un terme aux enthousiasmes halieutiques de chacun. Plus d’heures fixes pour les repas, vous pouvez pêcher vingt quatre heures sur vingt quatre !
      Pendant la journée, les ombres semblent être les plus actifs et plus coopératifs. Même en plein soleil, ils constituent la majorité des prises. Les farios et surtout les grosses "mémères" sortent plutôt à la faveur des heures fraîches. C’est à dire entre vingt deux heures et trois heures du matin. L’ajustement est rude mais l’organisme s’habitue finalement à ce rythme de vie décalé à condition de laisser une place pour les siestes dans la journée. Sans cela au bout de quatre jours, c’est l’épuisement garanti. Le jeu en vaut la chandelle car au coup du soir, la rivière s’éveille avec des gobages dans tous les coins. Des farios de plusieurs kilos poursuivent alors streamers et leurres de surfaces avec agressivité. Pêcher en sèche au crépuscule procure aussi son lot de sensations fortes : alors que la luminosité baisse, les ferrages deviennent un mélange de réflexe et d’approximation guidé par le seul bruit d’un gobage à l’emplacement estimé de la mouche. Grands nerveux s’abstenir !

      Une richesse piscicole variée. En aval de Fallfors, Lodgealven est connue pour sa population de saumon atlantique ainsi qu’une espèce locale de truite de mer, la "slattansborting" qui remonte en Juillet. Harry Salmgren m’a d’ailleurs promis une démonstration de pêche au saumon à vue ! Plutôt rare en Europe !

      Les amateurs de descente en canoë s’arrêteront à Bjurholm où coule la rivière Orealven. L’office du tourisme vous renseignera sur les niveaux d’eau afin que vous évitiez de pagayer sur près de 15km comme cela m’est arrivé.

      Que diriez-vous de taquiner le brochet et l’ombre en mer avec une canne à mouche ?

      Lodgealven En 2002, l’été fut torride alors que 2003 allait s’avérer guère meilleur. Les eaux très basses ont dramatiquement affecté les remontées de migrateurs. En de telles circonstances, certains persistent malgré des chances de succès minimes, d’autres changent leur fusil d’épaule. Il est facile de se rabattre sur des lacs mais la Suède réserve d’autres alternatives de pêche plus exotiques. Que diriez-vous de taquiner le brochet et l’ombre en mer avec une canne à mouche ? Les eaux saumâtres de la Baltique vous offrent cette possibilité plutôt dépaysante pour un pêcheur francais.

      Croyez-moi la Suède est un pays à découvrir d’urgence. Les habitants sont chaleureux et les ressources halieutiques immenses. L’emploi d’un guide - au moins les 1ers jours- est fortement recommandé car les meilleurs parcours sont souvent loin de tout voire difficiles d’accès. En outre, les locaux ont une forte tradition de braconnage et de pêche pour le pot. Les conseils d’un guide éviteront les déceptions.

      La région d’Uméa constitue un excellent point de départ avec des liaisons aériennes fréquentes à partir de Stockholm. Ensuite louez une voiture et les limites sont infinies. Le tourisme de pêche est en pleine expansion avec des structures d’accueil de plus en plus évoluées et des guides qui parlent tous l’anglais. Enfin, les Suédois font preuve d’un sens aiguë de l’hospitalité et les pêcheurs locaux se plient en quatre pour vous faire aimer leur rivières.

      Copyright Jérôme Philipon 2003 - Crédit photos Roger Ohlund

      Sur place

      Harry Salmgren offre ses services de guide vers des destinations variées : rivières du comté de Vasterbotten mais aussi plus au nord en Laponie. Il a participé à l’organisation du Championnat du Monde de Pêche à la mouche en Suède en 2001.

      PLUS D’INFOS :

      - http://www.geocities.com/yosemite/6392/index2.html
      - Southern Lapland river Guides : http://www.razortrout.com basé à Uméa
      - Le site d’Harry Salmgren : http://www.razortrout.com
      - Le site http://biphome.spray.se/angler/
      - www.flugfiskeguiden.com : demander "Lars Goran"

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