Championnat du Monde 2001


    septembre 2001 par Jean-Pierre Jurado

      Championnat du Monde 2001 de Pêche à la Mouche Du 17 au 19 août dernier, la province du Lappland en Suède a accueilli le 21ème Championnat du Monde de Pêche à la Mouche. L’équipe de France, conduite par son Capitaine Jacques Boyko et Jérôme Gaillard chargé de la logistique était composée par Philippe Béranger, Jérôme Brossutti, Pascal Cognard, Jean-Luc Estublier, Gérald Garcia, et Bernard Marguet. Les Français étaient très attendus car considérés, par tous, comme les favoris de l’épreuve.

      Concernant leurs adversaires, Chris Ogborne avait reconstruit une équipe anglaise après la déroute de l’an passé à domicile ; elle avait alors terminé à la 12 ème place. La Belgique présentait également une équipe en devenir de grande qualité. Les nations européennes habituées des podiums comme la République Tchèque, l’Italie ou la Pologne ainsi que les pays de l’hémisphère sud pouvaient prétendre jouer les trouble-fêtes avec notamment l’Australie, la Nouvelle-Zélande, et l’Afrique du Sud, qui comme en rugby sont loin d’être manchots.

      Les organisateurs avaient retenu cinq parcours de pêche dont deux lacs (Hocksjön et Sörsjön) et trois rivières - Skeppträskån (Petite Rivière), Malån (Moyenne Rivière), Vindelälven (Grande Rivière torrentueuse de 40 à 100m de large...) - que les compétiteurs allaient pêcher alternativement sur une demi-journée, avec une demi-journée de repos sur les trois jours.

      Dès les premiers entraînements une tendance se dégageait et devait se confirmer par la suite : Les poissons en rivière sont faciles mais s’éduquent vite, le niveau de l’eau étant haut, c’est la mouche noyée qui s’est avérée la plus prenante sur de nombreux petits poissons - truites et surtout ombres -. En lac, ce ne fut pas pas la même histoire car la pêche est très difficile et ce ne sont pas les quelques prises réalisées en bordure qui allaient changer ce fait : Ce sera assurément très, très dur de tirer son épingle du jeu sur les deux lacs. Mais on se souvient qu’en 1994, Pascal Cognard avait gagné de haute lutte son premier titre mondial dans des conditions similaires, c’est à dire avec un lac très difficile pour juge de paix, où il avait réussi la performance de prendre un poisson là où presque tous avaient échoué...

      Vendredi 17 Août 2001 : C’est Parti !!

      L’attribution des secteurs ? Jérôme Brossuti : Secteur E, Pascal Cognard : Secteur B , Jean-Luc Estublier : Secteur A, Bernard Marguet : Secteur D, Phillipe Béranger et Gérald Garcia : Secteur C . C’est la tactique habituelle de l’équipe de France de faire pêcher alternativement selon leurs points forts les 5ème et 6ème compétiteurs sélectionnés. Philippe Béranger pêchera donc les deux manches en lac Sur le Lac Hocksjön c’est la grande galère : Seuls trois concurrents et Gérald Garcia les trois manches en rivière. Nos deux représentants ne pouvant de ce fait pas espérer un bon classement individuel, ils donneront le maximum pour l’équipe.

      Vendredi 17 août C’est parti, fini le stress de l’attente, les incertitudes des entraînements, on entre enfin dans le vif du sujet. Notre Champion du Monde en titre, Pascal Cognard, ainsi que Philippe Béranger auront la difficile tâche d’ouvrir le bal sur les lacs. Pascal s’en tire plutôt bien puisqu’il réussit à faire mordre un des huit seuls poissons capturés ce matin sur le lac Sörsjön par les vingt deux concurrents de ce secteur, ce qui lui vaut la quatreième place du groupe B.

      ont fait un poisson, le Finlandais Mika Vale (47cm), le Sud-Africain Gareth Wellman (45cm), et le Tchèque Vladimir Sedivy (40,5cm). Philippe lui n’a pas cet honneur et devra batailler toute la matinée sans parvenir à ses fins. Dur d’entamer la plus grande compétition mouche au monde par un capot et les vingt deux points qui l’accompagnent. Nos deux champions permutent donc de secteur, et c’est l’occasion pour Philippe de démontrer ses ressources morales : Concentré et toujours aussi motivé, il réussit là où il a échoué le matin même et met au sec une prise de 28,1cm. Avec cette prise il prend la cinquième place de cette manche du groupe C. C’est tout bon pour l’équipe !

      Malheureusement Pascal ne réédite pas son exploit du matin et restera capot tout l’après-midi. Dommage, car un seul poisson pris ici l’aurait propulsé dans les toutes premières places. Mais rien n’est perdu tant les capots sont nombreux. Il a mangé son pain noir, et à partir de demain il s’attaquera aux trois parcours de rivière.
      La rivière, justement, c’est là où pêchent Jean-Luc Estublier et Bernard Marguet. Sur la Grande Rivière dès le matin, Bernard est en démonstration. Il sort douze poissons tout comme l’Anglais Stewart Crofts, et ne cède la première place à ce dernier qu’aux points. Second du groupe, il conservera cette place toute la journée, puisque ce groupe ne pêche pas cet après-midi là.

      Sur le secteur de Moyenne Rivière, Jean-Luc aussi a faim, et il le prouve en se goinfrant la 1ère place du groupe avec rien de moins que vingt quatre prises pour 15440 points. Reste à confirmer l’après-midi sur la petite rivière. Et c’est ce qu’il fait le bougre, sortant vingt deux poissons, et s’adjugeant ainsi la seconde place du groupe dans cette seconde manche. Seul l’Australien Scott Tucker a réussi à le devancer avec vingt six poissons pour 17940 pts. Nul doute que c’est du très grand Estutu que les spectateurs ont pu voir à l’œuvre. Jérôme Brossuti qui ne pêche que l’après-midi sur la grande rivière accrochera quant à lui une honorable 13ème place avec trois poissons, certes loin des performances de ses aînés, mais à l’impossible nul n’est tenu, tant Jean-Luc et Bernard ont brillé en ce premier jour de la compétition Evidemment ces performances se retrouvent au classement général provisoire puisqu’au soir de ce premier jour Jean-Luc est en tête, devant le Polonais Arthur Raclowski, et l’Australien Scott Tucker. Pour l’équipe tout va bien aussi, en 3ème position derrière la République Tchèque (une vieille connaissance), et la Finlande qui a dominé cette première journée.

      Deuxième jour : Samedi 18 Août

      Jérôme pêche la petite rivière le matin, et s’en tire très bien, accrochant la cinquième place du groupe E avec sept poissons pris. Pascal est lui sur la grande rivière, il en profite pour combler le retard pris la veille sur le lac. Second avec six poissons, le voilà bien revenu pour défendre son titre dimanche car il est au repos cet après-midi.

      Bernard continue sa démonstration, cette fois sur la moyenne rivière, avec dix sept poissons pour 10460 pts il gagne sa manche, tout va bien pour lui.

      Estutu vogue sur sa galère sur le Lac Sörsjön, et malheureusement n’accroche pas le poisson qui conforterait sa place de leader de l’épreuve. Il doit encore pêcher en lac après la pause de la mi-journée. Et l’après-midi, les lacs ne réussissent toujours pas à Jean-Luc, qui boit le calice jusqu’à la lie, en échouant dans son entreprise de sortir enfin un poisson de ces maudits lacs. Avec ce capot, c’est le titre individuel qui malheureusement s’envole pour lui. Il devra surmonter cette épreuve pour réussir sa dernière manche demain et ainsi tenter de faire triompher l’équipe.

      Gérald Garcia, qui a pris le relais de Philippe n’a pas pêché ce matin. Pour ses débuts il va chercher sur la grande rivière le milieu du tableau, se classant onzième avec deux prises.

      Bernard, sur la petite rivière, bien que moins dominateur que dans les deux manches précédentes, se classe honorablement à la douzième place.

      Jérôme, sans doute dopé par les résultats de ses équipiers, ne fait pas moins que gagner sa manche sur la moyenne rivière, avec seize poissons. On ne peut qu’applaudir la performance du numéro deux français au classement PSM rivière.

      Le bilan à la fin de cette seconde journée est très positif : la France est deuxième avec 147 points, juste derrière la Finlande (146pts), et 18 points devant la République Tchèque (165pts). Au classement individuel, Bernard Marguet est le Français le mieux placé, en quatrième position, Pascal Cognard, remontant progressivement, est toujours en lice pour la course au titre. Le classement des cinq premiers est le suivant : 1er Risto Sironen, Finlande, 30 pts ; 2ème Antti Vappula, Finland, 33 pts ; 3ème Scott Tucker, Australie, 35 pts ; 4ème Bernard Marguet, France, 37 pts ; 5ème Denis Lizner, Belgique, 40 pts. Les classements tant individuel que par équipe sont très serrés, reflets de manches très disputées. Reste l’ultime journée pour faire la décision, en individuel comme en collectif, tout se joue dans un mouchoir de poche, personne n’aura droit à l’erreur.

      Troisième jour : Dimanche 19 Août

      Le dernier jour de compétition est toujours un virage délicat à négocier, les poissons sont éduqués par deux jours de pêche intensive, la pression est à son maximum pour les compétiteurs et les équipes en course pour les médailles. C’est là que les ressources morales sont le plus sollicitées. Voyons comment nos représentants vont franchir cette ultime épreuve.

      Seul Jean-Luc sera au repos ce matin. Jérôme Brossuti, sur les lacs, ne fera pas mieux que Jean-Luc la veille et rendra deux fiches vierges. Soulignons que seulement cinq poissons ont été pris sur l’ensemble de la journée par ce groupe sur les deux lacs, c’est dire la difficulté de l’entreprise pour Jérôme et ses concurrents.

      Gérald Garcia attaque fort cette dernière journée, en prenant la quatrième place avec sept poissons sur la petite rivière qui est remportée par le tchèque Sedivy.

      Pascal Cognard continue à remonter le classement en signant la seconde performance de la matinée sur la rivière moyenne avec neuf poissons pris, il est en course pour le titre individuel et ses classements rapprochent l’équipe de la consécration.

      Bernard Marguet est au pied du mur ou plutôt les pieds dans le lac... Sörsjön. Et il réussit à faire mordre puis à épuiser un petit poisson de même pas vingt quatre centimètres, mais un poisson qui pourrait bien valoir son pesant (de médaille) d’or.

      Dernière demi journée : Jean-Luc est neuvième de son groupe avec trois poissons sur la grande rivière, ce qui est très méritoire. Il peut regretter sa déconvenue sur les lacs qui le prive d’un podium individuel, le reléguant à la vingt cinquième place, ce qui est certes honorable, mais notre Estutu national méritait mieux. Gérald Garcia sur la moyenne rivière ne pourra faire mieux que dix septième avec deux poissons, sur un secteur ultra difficile, où il aura le mérite de sauver les meubles. Reste à attendre les résultats de Pascal et Bernard, jusqu’ici les plus performants de notre équipe et tous deux en course pour le titre suprême. Malheureusement, Bernard ne peut pas rééditer son exploit du matin, et malgré tous ses efforts devra rendre une fiche vierge sur le Lac Hocksjön. La médaille d’or individuelle s’envole, et Bernard n’aura à aucun moment démérité, ses résultats étant déterminants pour le score de l’équipe. Reste Pascal qui défend son titre mondial avec acharnement, et prend la huitième place de la petite rivière avec trois poissons.

      C’est super pour l’équipe, mais ce sera insuffisant pour l’or individuel car deux garçons finissent l’épreuve au sprint. Il s’agit du tchèque Vladimir Sedivy qui gagne ses deux dernières manches sur la petite et la moyenne rivière avec quinze poissons par matinée, signant là une superbe remontée jusqu’à la plus haute marche du podium.

      Ces scores hisseront même son équipe sur le podium, manquant l’argent d’un seul petit point, en faveur de la Finlande. Les finlandais, invités surprise du podium, en tête dès le premier jour auront manqué le fameux dernier virage. Vappula et Sironen, tous deux très brillants dans les trois premières manches en rivière ont échoué sur les lacs. Les quatre vingt huit points-places qui en résultent privent leur équipe de la médaille d’or et voient s’envoler leurs rêves de podium individuel. Le vainqueur étant Sedivy, le second est le Sud-Africain Mark Yelland qui n’aura été capot dans aucune manche (le seul avec le Néo-Zélandais Struther). En cette dernière journée sur les lacs, il réussit à prendre un poisson le matin et deux l’après-midi, dont un de plus de soixante six centimètres. Cette régularité exemplaire l’amène à la seconde marche du podium individuel. Pascal a quant à lui réussi à accrocher une fort méritoire troisième place.

      La France est championne du Monde pour la 3ème fois de son histoire
      Pascal Cognard est médaille de bronze en individuel.

      Le bilan de ce mondial 2001 est très positif pour les Français : la composition de l’équipe retenue par Jacques Boyko et le comité de sélection était la bonne, une fois de plus, bien que remaniée à 50% par rapport à l’équipe du titre 2000 en Angleterre.

      Pascal Cognard, Champion du Monde 2001 Le mondial 2002 se prépare déjà sur les mêmes bases, seul Pascal Cognard manquera à l’appel, et verra l’intégration de Thibaut Guilpain, moucheur impressionnant en rivière comme en lac. Avoir dans son équipe trois garçons en lice pour le titre individuel est un luxe dont de nombreux capitaines n’oseraient même pas rêver. Marguet septième et Estublier vingt cinquième, compétiteurs des plus expérimentés devraient selon toute logique être les locomotives de l’équipe du mondial 2002.

      Brossuti trente et unième, Garcia et Béranger ont su prouver qu’ils méritaient la confiance des sélectionneurs. En effet, si ces deux derniers sont respectivement soixante deuxième et quatre vingt quatorzième sur les tablettes officielles, en les considérant comme un seul pêcheur, ils totalisent 59 points sur les cinq manches, avec un seul capot ce qui les situe à la vingt septième place.

      En clair tous nos représentants se classent dans le premier tiers. Ils étaient favoris, attendus, et ils ont prouvé qu’en plus de leur science de la pêche, ils ont les ressources morales propres aux grands champions. Excusez du peu, mais cette équipe là avait tout de la Dream Team. Reste qu’il faudra négocier finement l’après Cognard, puisque ce grand champion a décidé de se retirer des compétitions.
      haut niveau.

      Nous disposons, en France, d’un réservoir de pêcheurs de grand talent. Les Lauret, Lauzanne, Alcala, Bergard, Idre, Caleri, Monnot, Alatissière, j’en passe et des meilleurs, pourront à l’avenir s’intégrer dans cette équipe, en attendant que la génération montante - Crepey, Daguillanes et Juglaret par exemple - s’aguerrisse au plus
      Je crois que l’équipe de France a de beaux jours devant elle, à commencer par celle qui défendra nos couleurs l’été prochain dans le massif Vosgien ...

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