La Crusnes


    mars 2002 par Jean-Pierre Jurado

      la Crusnes Au gré d’un parcours d’une quinzaine de kilomètres, tantôt déroulant ses méandres, tantôt plus vive cascadant sur les pierres moussues, la Crusnes offre le spectacle bucolique de la rivière de plaine dans toute sa splendeur.

      De Boismont, siège de la pisciculture fédérale qui utilise son eau, à Longuyon en passant par Pierrepont, elle est partout facilement accessible. Son eau d’une grande pureté, à l’origine, et surtout très fraîche lui assure un peuplement de première catégorie malgré de nombreux biefs lents et profonds. Bien qu’il soit envisageable de débuter la saison au streamer, les vraies festivités ne débutent à la mouche que vers la mi-avril avec les premières éclosions importantes de moucherons.

      Dans le jargon employé par les moucheurs habitués des rives de la Crusnes, il existe trois variétés d’insectes : la mouche de mai, le sedge et le moucheron qui englobe tout ce qui n’est pas classé dans les deux premières catégories. Cette façon d’aborder l’entomologie a au moins le mérite d’être simple.

      Plus sérieusement, les premières mouches présentes dès avril, parfois mars en cas de météorologie clémente, sont des baetidés (Baetis rhodani et fuscatus en majorité). Début mai, ephemerella ignita occupe la plus haute marche du podium.

      A partir du 15 mai jusqu’à la fin juin, ephemera danica et vulgata se partagent les premiers rôles. Au début de cette période, les éclosions ont lieu vers midi et s’apaisent vers seize heures. Elles se décalent ensuite, au fur et à mesure que les jours rallongent, pour se produire le matin et le soir.
      Les éclosions crépusculaires de phryganes occasionnent ensuite de somptueux coups du soir jusqu’à la fin juillet.

      Août est plus aléatoire et connaît une alternance de journées fastueuses et d’autres où rien ne bouge.
      Avec septembre et la baisse des températures, les éclosions redeviennent plus régulières jusqu’à la fermeture de la pêche.

      La pêche se pratique du bord car le wading est interdit. Cela oblige à avoir fréquemment recours aux techniques du lancer roulé et ses variantes, mais ce n’est pas très gênant dans la mesure où les bénévoles de l’AAPPMA ont, en période de fermeture et cela depuis de nombreuses années, réalisé un nettoyage méticuleux des rives sur l’essentiel du parcours.

      La mouche sèche possède une efficacité directement liée à l’intensité des éclosions. Hors des périodes bénies pendant lesquelles la rivière bouillonne, la nymphe et la mouche noyée donnent de bons résultats. Seuls quelques parcours de l’amont, où l’eau coule sur des bancs de graviers clairs, permettent la pêche à vue.

      Ailleurs on pêche les postes : couloirs d’herbiers, berges abruptes réservent de grosses surprises sur la Crusnes.
      Les plus grosses truites pointent le nez en surface pendant la période de la mouche de mai et des éclosions crépusculaires de gros trichoptères. Il est alors fréquent de se faire casser sur vingt centièmes qu’autorise le format des mouches utilisables à ces occasions, les truites de la Crusnes sachant très bien enrouler un bas de ligne autour des racines immergées ou de tout autre obstacle subaquatique.

      En dehors des périodes d’activité en surface ou à l’occasion de crues, le streamer offre une alternative au moucheur qui ne souhaite par troquer son fouet contre une canne à lancer. Les modèles avec lesquels j’ai obtenu les meilleurs résultats sont des woolly buggers sombres, noir, olive ou marron. Propulsés à l’aide d’un matériel adapté (canne de neuf à dix pieds, soie de 5 ou 6, soie intermédiaire, à pointe plongeante ou plongeante selon la puissance et la hauteur de la lame d’eau), ces streamers (dont la taille doit être en rapport avec celle des poissons recherchés) offrent une vraie chance au pêcheur à la mouche de mettre à l’épuisette une truite trophée. En cette période d’ouverture, voilà la tactique que je préfère : deux potences espacées de cinquante à soixante centimètres portant chacune une mouche noyée que j’adapte à l’éventuelle éclosion du moment. Pointe de soixante dix centimètres à un mètre vingt, portant un streamer (woolly bugger, vairon, viva...) voire une nymphe ou noyée lestée, plus efficace quand l’eau est très claire, ce qui arrive tout de même parfois, même en mars. Lancer en face ou légèrement amont, au besoin repositionnement (mending) de la soie pour permettre à l’ensemble de descendre au ras du fond. Tension contrôlée, animation en dent de scie traversant la rivière, puis récupération en tricotant, alternant tractions et relâchers au ras de la berge. Tout ceci en essayant d’apprivoiser le courant, et surtout en contrôlant en permanence la tension de la ligne. Ma préférence va vers une soie intermédiaire à laquelle j’aboute, boucle dans boucle, un polyleader intermédiaire (un bdl tissé fait aussi très bien l’affaire), plongeant ou ultra plongeant selon les conditions rencontrées.

      la Crusnes La rivière subit une pression de pêche conséquente, notamment en période d’ouverture, les poissons y sont éduqués. Il s’agit du seul cours d’eau à salmonidés de qualité dans un rayon de cinquante kilomètres et les moucheurs des départements limitrophes (Moselle, Meuse, Vosges) mais aussi de Belgique et du Luxembourg viennent y poser leurs mouches.

      La taille légale de capture de la truite est fixée à vingt cinq centimètres, ce qui reste insuffisant étant donné la rapidité de croissance des poissons. Les membres de l’AAPPMA avaient pourtant voté une maille à trente centimètres mais cette sage décision n’a pas été retenue et encore moins appliquée.... Il est cependant raisonnable de systématiquement laisser vivre les poissons en-dessous de trente cinq centimètres et de n’ opérer qu’un raisonnable prélèvement.

      Pour une première visite à la mouche, le mois de juin est celui pendant lequel les meilleures conditions sont réunies. Pour ceux qui aiment traquer le brochet, ce carnassier est présent sur le parcours situé entre" la ferme" et la micro-centrale, en aval du pont d’Arrancy. Le prélèvement de ces prédateurs ne vous sera nullement reproché, au contraire !!.

      Depuis quelques années, l’ombre a été réintroduit dans la Crusnes et la Chiers. Après un démarrage difficile, Thymallus semble s’être acclimaté avec succès. Il appartient maintenant aux pêcheurs de gérer au mieux cette nouvelle richesse et ne pas la dilapider au seul profit de quelques viandards. N’oublions pas qu’ un poisson de sport est trop noble pour n’être pêché qu’une seule fois.

      Dame Fario est ici accompagnée par messire Thimallus car l’ombre, introduit depuis plusieurs années, semble avoir trouvé sur ce parcours une zone à sa convenance puisque quelques beaux sujets, de plus de quarante centimètres, y sont capturés chaque année. Quelques brochets et poissons blancs complètent la photo de famille.

      Il est de superbes coups du soir sur la Crusnes, de ceux où la truite vous piège en vous faisant oublier l’arbre qui est derrière vous bien que vous l’ayez pourtant bien repéré avant que la belle, souvent très très belle, ne vous ensorcelle. C’est un parcours recelant aussi de vraies grosses truites, diablesses méfiantes et rusées. Voilà quelques saisons qu’elles nous ont jeté un sort, qui veut que chaque année dès que le jaune de mai apparaît sur la Crusnes, malgré les casses, les mouches pendues aux arbres ou perdues dans quelques racines, nous sommes au rendez-vous des belles mouchetées.

      Autres possibilités de pêche alentour
      A partir de la fin du mois de mai, on ne doit pas hésiter à passer l’aval de Longuyon pour tremper soie et mouches dans la Chiers après sa confluence avec la Crusnes. On y trouvera de bonnes populations d’ombres localement implantées. Prendre le plaisir de les pêcher, et les laisser se reproduire assurera la pérennité de leur peuplement. Pollution domestique à Longuyon, surtout sensible olfactivement en été par eaux basses.

      Réservoir de la vallée de Rabais, en Belgique, près de Virton.

      Hébergement, restauration
      Hotel de Lorraine
      Restaurant Le Mas
      Place de la Gare
      54260 LONGUYON

      Tél : 03.82.26.50.07
      Fax : 03.82.39.26.09

      Mais aussi chambres d’hôtes, fermes auberges, camping à la ferme...
      Pour plus de renseignements : www.longuyon.com

      A NE PAS MANQUER

      - Allondrelle
      Avec le site de Buré d’Orval
      visite du domaine de l’ancienne forge de Buré créée par les moines de l’abbaye d’Orval : Haut fourneau (1838) et maison du maître de forge.
      - Longwy
      Ses remparts, ses émaux, son musée municipal
      - Le Fort de Fermont
      Ouvrage de la Ligne Maginot
      - Cons La Grandville
      Son magnifique château renaissance
      - Grand-Failly
      Son mémorial américain
      - Marville, Stenay, Montmédy, Avioth
      sans oublier l’abbaye d’Orval, où on peut déguster fromages et bières élaborés par ses moines.

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