Mouche en ZEP


    Faites-les rêver !


    26 mars 2004 par Philippe Nicolas
      " Activité Pêche à la Mouche en zone d’éducation prioritaire "

      L’ouverture d’un atelier Mouche en ZEP répond à un pari : celui d’oser croire que la banlieue est un lieu résonnant et porteur à une éducation à l’environnement.

      Personne ne choisit de vivre dans ces barres d’immeuble ; certaines mesurant plusieurs centaines de mètres de longueur avec le triste record de 400 mètres pour Villeune-la-Garenne. On peut même dire que la majorité de la population les fuie et pour la minorité restante : des familles d’immigrés en difficultés d’intégration qui n’ont malheureusement pas le choix, ces lieux d’habitation ( on devrait plutôt dire de survivance) représentent la seule issue en matière de logement. Les enfants de ces familles, de plus en plus nombreux attendent à l’école dans la confiance de leur âge la rencontre avec des référents capables de les faire rêver.

      «  Fais les rêver toi qui viens d’arriver ! » me disait un aîné de la Z.E.P.

      mouche en ZEP Ces jeunes générations des banlieues méritent une éducation et un enseignement de qualité, capables de leur transmettre des savoirs et plus fondamentalement une espérance. Toutes ces zones d’éducation prioritaire déclament une urgence sociale. Saurons-nous réagir rapidement avant l’émergence de nouveaux ghettos où les services sociaux et médicaux ne pourront même plus intervenir ?

      Si la vie est difficilement pensable dans ces zones d’éducation prioritaires, même pour de nombreux enseignants, ceux-ci s’engagent dans des actions concrètes et solidaires pour chacun des enfants dont ils ont la charge. Cette conscience éthique s’enracine sur le constat d’une réelle misère sociale qui grandit.

      Nul besoin de faire des heures d’avion pour se rendre humainement utile et disponible ; à quelques kilomètres de chez soi, il y a tant à faire.

      L’école dans ces zones d’éducation prioritaire représente le seul avenir pour ces enfants ( C’est ce que rappelait l’inspection académique locale), aussi doit-elle se proclamer exigeante et de qualité. Le pari pour moi et pour d’autres ( Car pari ou folie, il y a, que de « s’enfoncer » librement dans ces lieux ! ) est bien de donner aux enfants dont on a la charge des références fondamentales en matière d’éducation et ce principalement sur le plan d’une conscience écologique. N’oublions pas que la difficulté essentielle des banlieues est bien cette incapacité qu’ont les jeunes à se projeter et à s’inscrire en tant qu’acteur social dans le monde. On le comprend d’ailleurs parfaitement lorsque l’on est sur place depuis plusieurs mois. C’est fondamentalement la question cruciale de l’avenir en soi, pour soi et pour le monde qui se pose.

      Ma sensibilité écocitoyenne allant pour les apports de la pratique de la Pêche à la Mouche m’a permis un jour de rencontrer Jean-Claude Girard, co-fondateur et responsable du site echosmouche.com. Nos entretiens réguliers ont catalysé la création et l’ouverture d’un atelier Mouche en Z.E.P avec en soutien, une aide matériel de base et une information via Internet.

      mouche en ZEPL’objectif prioritaire de l’atelier est de susciter chez les enfants qui vivent dans ces barres de béton un imaginaire créateur ( essentiel dans la tranche d’âge afin d’envisager un avenir adulte équilibré) à partir d’un projet nature ou projet écoformateur. Cette activité singulière, en réinvestissant des liens avec les éléments naturels, nous a semblé proposer des pistes intéressantes en matière de prise de conscience environnementale. Ainsi l’observation de micro-écosystèmes, de nombreux aquariums, la projection de films et de documentaires, l’étude de l’entomologie, le façonnage de petits outils de pêche, participent au désir grandissant d’aller au bord de l’eau. Déjà, la rivière qu’ils n’ont que trop peu vue est en anticipation, un terrain de jeu et découverte extraordinaires.

      Je peux déjà dire qu’éduquer à l’environnement dans cette ville des Hauts-de-Seine révèle de magnifiques surprises tant sur le plan de l’adhésion et de l’investissement chez les enfants que sur les effets énergisants produits dans la relation avec les éléments naturels.

      L’espérance est vivante, palpable au cœur de chacun des enfants acteurs, car enfin un projet de vie, car enfin dans un « en avant » en eux-mêmes.
      La responsabilité accordée à la garde et la maintenance d’un poisson exotique montre combien chaque enfant peut être protecteur et attentif à la vie. A ce jour aucun des poissons exotiques confiés n’est décédé ... Etonnant ! De là, à saisir et à se laisser saisir par la vie et sa logique, il y a - et il faut le croire - de petits pas à accomplir, rien que de modestes pas !

      L’attirance par et pour le Vivant est manifeste dans l’enfance, à nous d’éduquer à l’environnement en veillant à préserver les liens réels et concrets entre l’enfant et le monde vivant. Mouche en Z.E.P est un exemple tout simple qui offre la terre intéressante, aimable et habitable... et c’est énorme !

      Ne jamais oublier « Nous n’avons qu’une terre ! », merci à celles et ceux qui nous soutiendront !

      Projection de "Au milieu coule une rivière"

      Hier après-midi, nous avons projeté en salle vidéo le passage de la pêche miraculeuse du film mythique Et au milieu coule une rivière. Les enfants ont été fasciné par cette scène de pêche, véritable joute homérique, et ce notamment par l’élan magnifique de la truite qui n’en finissait pas de plonger Paul Maclean au cœur des flots tumultueux de la rivière.

       « Quelle force du poisson ! Que c’est beau ! » ont pu dire certains écoliers émerveillés qui n’avaient alors jamais vu scène de lutte semblable.

      Le passage avec la mouche de pierre qui vint se poser sur le cou de Norman Maclean a été très pédagogique pour la classe, car chaque élève a pu comprendre enfin le pourquoi de l’appellation Pêche à la Mouche. Quentin a émis l’hypothèse très rapidement de la fausse mouche qu’il fallait nouer au bout de la ligne et lancer sur l’eau ... jusqu’au fameux gobage de la truite. « Mais comment fabrique t-on une fausse mouche ?  » a demandé Tanguy.

      Il fallait bien la poser cette question, il fallait bien que cette interrogation majeure émerge dans la réflexion des enfants et ce avant de tenter quoi que ce soit en matière d’atelier montage de mouches artificielles. Et bien ce fut chose faite et la classe était prête pour démarrer un atelier au sein de la classe : ... l’atelier Mouche en Z.E.P.

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