Le réservoir du Roussillou


    novembre 2001 par Jean-Pierre Jurado

      réservoir du Roussillou A l’occasion d’un week-end en Auvergne, j’ai eu le bonheur de découvrir un petit paradis de la pêche en eaux closes que je vous propose de partager.

      La route, qui jusqu’à Clermont-Ferrand me paraissait interminable, se déroule maintenant tranquillement. Oubliant le Pavin, la source de la Couze du même nom, je redécouvre ce pays au fil des lacets qui se succèdent et me révèlent à chaque détour la palette des couleurs de l’automne. Une pancarte touristique m’indique que j’entre en Pays de Gentiane, salué par quelques salers nonchalantes, et déjà je dépasse le bourg de Riom-ès-montagnes, avale les derniers lacets pour arriver enfin au but de mon périple, le réservoir de Roussillou.

      Nous sommes au cœur du Parc Naturel des Volcans d’Auvergne, le paysage est magnifique, et le lac complètement encerclé par des tourbières et des bois parsemés de chemins de promenade. Nous sommes à presque mille mètres d’altitude, sans un bruit de voiture, le chant des oiseaux est juste ponctué par la chute de quelques glands, volés aux chênes par une brise légère. Cette petite brise ride la surface du lac qui soudain est soulevée par le dos d’une truite mammouth qui s’empare probablement d’un chironome émergeant. Ça s’annonce plutôt bien !

      Comme à mon habitude, j’entreprends de faire le tour du lac pour me faire une idée plus précise de sa topographie et de ses locataires. Nous sommes au milieu de l’après-midi, et les gobages dans les couloirs de vent indiquent clairement qu’une éclosion bat son plein. Ce sont des chironomes olives qui font les frais de l’appétit des truites. En bordure, sous les arbres, et dans les anses des poissons sont également attablés et montent très régulièrement. Il faut dire que le lac est peu profond, moins de deux mètres en moyenne, alors à la moindre éclosion il y a du monde dans la couche de surface. Les tourbières donnent à l’eau transparente cette touche ambrée de vieux whiskey qui ne manque pas d’évoquer quelques bons souvenirs à ceux qui sont passés par l’Irlande.

      La superficie du lac est de cinq hectares, et son découpage harmonieux offre au pêcheur deux kilomètres de berges à prospecter. Cela lui donne un côté intime car en aucun point du lac on ne peut en voir la totalité. Il s’agit d’un plan d’eau très ancien, puisque la digue date de la révolution française. De ce fait, au fil du temps il s’est richement peuplé d’insectes variés tels que phryganes, éphémères, et bien-sûr chironomes. En me penchant au ras de l’eau à la digue, j’ai pu constater une variété et un nombre incroyable d’insectes différents, vivants ou morts en surface. L’absence d’agriculture intensive à proximité fait que nombre d’insectes terrestres (fourmis, sauterelles, grillons...) finissent leurs jours maladroitement au fond du lac, si une truite ne les a pas interceptés avant.

      réservoirTiens, parlons en des truites : Le peuplement est constitué de truites fario de souche locale, généralement petites, et d’arc en ciel dont certaines peuvent vous exploser un 18 centièmes, comme pour rigoler. S’ajoutent quelques ombles de fontaine, quelques gold (aguabonitas me semble-t-il) qui donnent de la couleur, et pour le casse-croûte l’hiver, quand les insectes se font rares, de nombreux rotengles. Ce qui est intéressant, c’est que les gestionnaires du réservoir ont pris l’excellente initiative de ne jamais introduire du poisson directement issu d’une pisciculture. Ils prennent donc le soin et le temps, grâce à des étangs proches, d’acclimater le poisson. Avant toute chose, les truites sont sévèrement sélectionnées. Ensuite elles sont introduites dans des étangs de sevrage où on va progressivement réduire l’apport humain (les granulés), jusqu’à ce que le poisson se nourrisse de manière parfaitement autonome. Ce n’est qu’à partir de ce moment qu’elles seront relâchées dans le réservoir. Ça n’a l’air de rien mais ça fait toute la différence entre une pêcherie commerciale (le put and take des anglais) et un vrai réservoir de pêche à la mouche. Cette méthode d’acclimatation progressive est celle préconisée depuis plus de vingt ans par les précurseurs de la mouche sportive en Angleterre que sont Geoffrey Bucknall et Steve Berhendts.

      Force est de constater que ces préceptes n’ont guère été suivis, probablement écrasés par des arguments plus commerciaux que sportifs. Et pourtant, c’est bien la juste méthode à appliquer car dès leur introduction les truites savent chercher leur nourriture seules, et ne succombent pas au premier truc brillant qui passe à portée de leur gueule.

      Alors évidemment compte tenu de l’ancienneté du réservoir et de sa gestion, la pêche est très différente de ce qu’on rencontre habituellement dans de telles pièces d’eau. Elle est très technique, changeante au gré des éclosions, particulièrement proche de la pêche en rivière. Si le streamer séduit toujours quelques poissons, le moucheur ayant oublié ses nymphes et autres sèches se trouvera fort dépourvu, avant même que la bise ne soit venue.

      En bordure, les farios sont souvent aux aguets, signalant leur présence par des montées-éclair, dès qu’une proie leur convenant est identifiée dans leur périmètre de chasse. Au contraire, les arcs en ciel Kamloops ou gold sillonnent le lac en permanence. Certaines patrouillent dans un périmètre restreint où pour une raison où une autre elles trouvent une concentration de proies, pendant que d’autres remontent le vent d’un bout à l’autre du réservoir, allant à la rencontre des éclosions. En conséquence, il y a en permanence des tactiques de pêche variées à mettre en œuvre, selon l’endroit où on se trouve, les poissons et notre envie du moment. Ainsi, au même moment un pêcheur peut faire accepter sa fourmi en bordure d’une anse, pendant que son collègue se régale au chiro dans un couloir de vent, et qu’un troisième larron est attelé à une mémère leurrée au ras du fond sur un gros lapin. C’est vraiment l’auberge espagnole où chacun retrouve un peu de ce qu’il a apporté. Cependant, force est de constater que les pêches dites fines sont ici plus qu’ailleurs des plus productives. Mais si d’aventure on sous-estime le diamètre de pointe, une belle truite aura tôt fait de nous remettre les pendules à l’heure. Car je ne sais si c’est le bon air des montagnes du Pays Gentiane ou l’eau jaillie des anciens volcans qui leur donne cette santé, mais en tout cas ce que je peux affirmer c’est que les truites du Roussillou sont de sacrées combattantes.

      Sans qu’on puisse dire que les truites soient ici plus éduquées qu’ailleurs, il est des jours où on se gratte la tête un bon moment avant de les convaincre, en particulier en l’absence de vent. Fort heureusement, à cette altitude la brise se fait rarement attendre plus de quelques heures, à notre immense soulagement. Bien que le lac soit parfaitement pêchable du bord, que ce soit de la berge ou des pontons aménagés, on peut également y évoluer en float-tube, ou louer une barque à moteur électrique sur place, et ainsi se soustraire à la végétation rivulaire en toute liberté.

      Du point de vue de l’hébergement, il est possible de louer des chalets sur place, et trois hôtels peuvent vous accueillir à Riom. Petite recommandation : Si vous aimez les champignons (et que c’est la saison), n’oubliez pas de prendre votre panier, vous manqueriez vraiment quelque chose...

      Nous n’avons testé qu’un restaurant à Riom-ès-Montagnes, le Saint Georges, où nous avons fort bien dîné pour un prix agréable, dans une ambiance conviviale.

      Alentour, les possibilités de pêche sont multiples, avec entre autres rivières la Grande Rhue, la Rhue de Condat, la Rhue de Cheylades, la Santoire, la Maronne ou la Jordanne. D’autres réservoirs peuvent également nous accueillir, comme celui de la Jordanne, le lac des Estives, ou le lac des Bondes qui est réservé à la pêche du brochet et géré par la même équipe que le Roussillou. Alors si vous ne trouvez pas votre bonheur dans ce secteur, revendez vos cannes et mettez vous à la pétanque...

      Renseignements pratiques :

      A 2 kms de Riom-ès-Montagnes

      Réservoir de Roussillou et des Bondes - Centres de Pêche Sportive d’Auvergne Lachamp - Club-House - 15400 Riom-ès-Montagnes - Téléphone : 04.71.78.22.94

      Renseignements sur tout ce qui vous attend dans le secteur :

      Manifestations, sites à visiter, hôtellerie-restauration, météo etc ...

      Une journée de pêche en no-kill coûte 120 francs (en 2001)

      Possibilités de cours et stages, remise de 10% pour les jeunes de moins de 18 ans, les licenciés à la FFPML, et les locataires des chalets.

      Quelques points de réglementation :

      Pêche à la mouche fouettée, tous les jours de février à décembre - Train de mouches limité à 3 mouches maximum.
      Epuisette, ardillons écrasés et hameçons simples obligatoires - No-Kill conseillé pour les salmonidés autres que les Arcs-en-ciel - Les poissons doivent être décrochés dans l’eau, ceux blessés devant être obligatoirement conservés - Parcours limité : 15 cannes pour le lac de Roussillou et 6 cannes pour le lac des Bondes - Maille à 80 pour les Bondes (brochet), pas de maille pour le Roussillou.

      www.roussillou.com

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