Le domaine de Sommedieu


    mai 2002 par Jean-Pierre Jurado

      Sommedieu Sommedieue, voilà qui ne peut pas laisser indifférent un moucheur quand ce nom sonne à ses ouies. Il est des noms comme ça, Goumois, chez Sanso, Bewl, Gmunden et quelques autres, ces noms qui font rêver quand on n’y est pas encore allé, et plus encore quand on a eu le privilège d’y présenter ses mouches.

      Le domaine de Sommedieue est très certainement LE parcours mouche privé français de référence, tant Victor et son équipe ont su en faire un modèle d’exigence en termes de qualité de sa population piscicole, d’aménagement puis d’entretien de l’environnement aquatique et paysager.

      L’an dernier, il s’est produit un événement qui aurait pu totalement changer ces lieux, puisque Victor Nowakowski a passé la main, laissant à une nouvelle équipe le soin de présider aux destinées du domaine. Nous sommes donc allés rendre visite aux nouveaux gestionnaires afin de nous rendre compte par nous même de ce que ce changement apporte ou retranche par rapport à ce que nous y avons connu.

      C’est Bruno Fenaux, le nouveau gérant, qui nous a accueilli. Allure de gentleman farmer, petite moustache, l’œil malicieux derrière de fines lunettes, son allure tranquille contraste avec son hyperactivité.
      Parti pour vérifier le bon fonctionnement des vannes, il revient pour vérifier le contenu des frigos, fait le point des réservations avec son adjointe, répond au téléphone, va servir un pêcheur qui vient de se faire dévaliser son stock de mouches, puis un autre qui meurt de soif, sert le repas... Et quand on réussit enfin à le coincer, il est aux alentours de 18h00. Heureusement qu’on a pu pêcher entre temps, mais on y reviendra un peu plus tard. Pour l’instant, puisqu’il est là, on en profite pour lui poser quelques questions.

      EM Bruno, prendre la succession d’un personnage tel que Victor Nowakowski n’est certainement pas une mince affaire, comment s’est passé la transition.

      BF Très bien merci, Victor nous a beaucoup aidé, surtout au démarrage, encore aujourd’hui il est régulièrement présent à nos côtés et nous fait profiter de son expérience.

      EM Concrètement, qu’est ce qui va changer et qu’est ce qui va perdurer au domaine de Sommedieue ?

      BF Ce qui ne change pas c’est la gestion du site. Nous continuons dans la voie tracée dès l’origine en ce qui concerne la qualité des poissons que nous proposons à nos clients : Ils sont toujours des spécimens parfaitement conformés, sévèrement sélectionnés, qui grandissent libres et pas dans des bassins exigus. Nous allons essayer accentuer la présence des truites farios de souche meusienne dans la rivière, c’est une demande forte des pêcheurs à laquelle nous souhaitons répondre. Par ailleurs, nous allons introduire des cristivomers dans l’étang du Lodge, où ils devraient trouver des conditions propices à leur développement.

      EM On raconte que les truites se reproduisent dans le domaine, c’est un fait rare en France : est-ce vrai ou s’agit’ il d’une légende ?

      BF Non ce n’est pas une légende, la truites fario se reproduit parfaitement à Sommedieue de même que la truite arc-en-ciel d’ailleurs. Tous les pêcheurs peuvent le vérifier par eux-mêmes en nous rendant visite, selon la saison ils peuvent observer les truites sur les frayères, les alevins puis les truitelles à chaque étape de leur vie.

      EM N’est-ce pas économiquement plus difficile de maintenir cette gestion, plutôt que celle habituelle des réservoirs en "put and take" ?

      BF Sommedieue n’est pas un réservoir mais un parcours mouche, varié, constitué d’un ensemble de ruisseaux, rivière et lacs de différentes superficies, profondeurs, granulométrie. Cette richesse du biotope nous permet une gestion globale complètement différente de ce qui se fait habituellement. Ca a été le choix au départ, et ça reste notre ligne de conduite. Il est évident que cela se ressent au niveau des prix que nous pouvons proposer.
      Mais les pêcheurs ne s’y trompent pas puisqu’ils fréquentent toujours assidûment le parcours alors que de nombreux réservoirs associatifs ou privés ont vu le jour depuis la création du domaine. C’est bien qu’ils y trouvent quelque chose qui n’existe pas ailleurs. La chaîne thématique Seasons a tourné un film de cinquante deux minutes, Les 4 saisons de Sommedieue sur le domaine qui doit être diffusé prochainement. Ce sera l’occasion pour les spectateurs de mieux découvrir le parcours, même sous l’eau puisqu’il a été réalisé de nombreuses prises de vues sous-marines.

      EM Des tableaux sont actuellement exposés au lodge, c’est aussi nouveau ?

      BF - Effectivement, si le parcours reste entièrement dévoué aux moucheurs, le lodge va s’ouvrir aux personnes qui partagent certaines valeurs, à ceux qui s’y sentent bien. La nouvelle partie du lodge accueille donc déjà une exposition permanente d’artistes animaliers et verra également des expositions thématiques liées à la nature. Je souhaite que la pêche à la mouche se conjugue ici avec l’art au sens large, c’est-à-dire l’artistique, l’art de vivre, l’art de la table... Outre le matériel de pêche, le visiteur peut maintenant trouver dans la boutique de bons produits gastronomiques du terroir meusien.

      EM Décidément, la table tient ici bonne place !?

      BF C’est déjà une tradition de longue date, la table est à Sommedieue un élément central, car c’est le lieu d’échange et de convivialité privilégié. D’ailleurs on ne pêche pas sur le domaine à l’heure du repas, c’est une volonté affichée de perpétuer cette tradition.

      EM Y aura t’il d’autres nouveautés cette année ?

      BF Nous mettons à la disposition des entreprises souhaitant sortir du cadre des réunions de travail habituelles, une salle de séminaire équipée de 15 places, avec repas sur place, terrasse, bar, salle de billard, cave à cigares...

      EM Sommedieue est à 10 minutes de la sortie d’autoroute la plus proche, est-ce un atout pour le site ?

      BF Evidemment, c’est un plus indéniable. Au sujet des transports, nous travaillons actuellement en collaboration avec l’aérodrome de Verdun le rozelier, pour mettre en place une desserte aérienne.

      EM Nous n’avons pas évoqué les accompagnants des pêcheurs, qu’est ce qu’il leur est proposé ?

      BF La prise en charge des accompagnants nous tient à cœur, car ce point est trop souvent mésestimé. Avec les centres équestres locaux nous pouvons d’ores et déjà leur proposer des initiations ou des randonnées équestres, selon leur niveau. La nature étant généreuse dans le secteur, les promenades de découverte de la faune et la flore environnante sont déjà au programme. Plus original, nous mettons en place dès cette année une découverte aérienne de la région, toujours en collaboration avec l’aérodrome local.

      EM Voilà déjà bien des choses, as-tu d’autres projets ?

      BF C’est déjà beaucoup, signalons que nous proposons également d’autres formes de séjour, un séjour gastronomique, un séjour Sommedieue et forêt noire comprenant trois jours de pêche sur un parcours de 1ère catégorie outre Rhin, et un séjour Mouche et chasse du sanglier, tous en collaboration avec des acteurs locaux.

      EM Merci Bruno d’avoir pris le temps de répondre à nos questions, et plutôt que le traditionnel m.... des pêcheurs, nous te souhaitons bon courage !

      Franchi le portail du Domaine de Sommedieue, nous entrons dans un sanctuaire tout dévoué à la pêche à la mouche. Le parc arboré, de douze hectares dont quatre en eau, est ceint de hauts murs qui nous coupent du monde de notre réalité habituelle, pour parfaire l’équilibre entre l’eau transparente rehaussée d’herbiers, la nature verdoyante et le pêcheur. Quatre petits lacs se succèdent, alimentés en eau toujours claire par de nombreuses sources et ruisselets. La rivière Dieue, dans sa traversée du domaine, est un chalkstream cristallin, large de huit à dix mètres, où toutes les subtilités de la pêche à la mouche peuvent être mises en œuvre, surtout la pêche en nymphe à vue et la mouche sèche sur des poissons repérés.

      Sommedieu La truite fario se reproduit depuis toujours dans la Dieue et les différents tributaires du Domaine. Les sujets adultes atteignent deux kilos et, chose rare en France, la truite arc-en-ciel s’y reproduit également.

      La reproduction de ces deux espèces peut être observées de novembre à février ainsi que l’éclosion des alevins en février et mars. Truite fario et arc-en-ciel sauvage bénéficient d’une protection totale et doivent être délicatement relâchées. La taille minimale de capture de quarante centimètres pour les arcs, a pour but la protection de l’espèce sauvage. Les différentes pièces d’eau du Domaine sont régulièrement rempoissonnées, essentiellement avec des truites arc-en-ciel triploïdes - stériles - pour maintenir une densité de trois cent cinquante à quatre cent poissons à l’hectare ; hors salmonidés sauvages. Tous ces poissons sont parfaitement conformés, et leur puissance en fait de redoutable combattants. Quelques saumons de fontaine et ombles chevalier complètent le peuplement, accompagnés de vairons, chabots et dans l’étang du lodge chevesnes, rotengles, perche et bientôt des cristivomers.

      Pour réussir sa pêche, ici encore plus qu’ailleurs il convient de se fondre dans la nature, car si nous observons facilement les poissons, l’inverse est aussi vrai, et une des clefs de la réussite réside dans la qualité de notre approche et de la juste présentation de l’artificielle. La pureté des eaux s’exprime dans la richesse en insectes aquatiques dont les éclosions se succèdent toute l’année, ce qui rend le choix de la mouche ardu, notamment lors d’éclosions multiples. Parmi les multiples attraits de ce parcours, la faculté d’observer les réactions des poissons, n’est assurément pas le moindre, surtout quand le bougre est une truite de près d’un mètre qui a déjà vu défiler tout le gratin de la mouche.

      C’est un des intérêts de la pêche à Sommedieue où on peut oublier l’artillerie lourde des streamers et autres boobies - ces derniers y sont d’ailleurs interdits -, pour se consacrer aux pêches fines en sèche, nymphe ou noyée, pour des résultats parfois stupéfiants. Quand les poissons croisent près de la surface, c’est un régal de lire la trajectoire, y proposer une imitation en surface ou juste en dessous et voir la sanction que lui réserve le poisson. Chironomes, éphémères ou trichoptères, les truites de Meuse font ventre de tout ce qui passe à leur portée, mais pas toujours au moment où on le souhaite. Ainsi, l’imitation refusée ce matin sera prise goulûment en début d’après midi puis de nouveau refusée au profit d’une nouvelle bestiole qu’il nous faudra trouver rapidement, avant que ça ne change à nouveau. Cette quête perpétuelle de l’imitation juste, au juste niveau, par la juste présentation est un jeu passionnant dont on ne peut guère se lasser. C’est l’école de pêche permanente, et rien que pour ça, Sommedieue vaut le détour.

      Quand l’activité baisse en surface, quelques nymphes ou noyées habilement travaillées occasionnent des touches violentes qui dégarnissent instantanément les bas de ligne optimistes. Là aussi, l’observation est d’un précieux secours quand on cherche à identifier l’éclosion du moment.

      Lors de mes deux visites en mars, j’ai peu pêché la rivière, la réservant pour une prochaine visite car il y avait peu d’éclosions. En nymphe à vue, sur des poissons peu mordeurs, j’ai été surpris par la promptitude des truites à recracher l’artificielle et je n’ai réussi à en ferrer quelques une qu’en anticipant nettement le ferrage. J’ai pu observer Eric Wallner qui donne les cours d’initiation avec ses collègues du Club Mouche 55. Habitué des lieux, en plus d’être un excellent pêcheur, il a parfaitement assimilé le comportement de ces truites méfiantes. Par un ferrage éclair mais mesuré, au bout d’une longue pointe difficile à contrôler dans le vent, il a réussit à ferrer sept truites sur dix qui prenaient sa nymphe légère présentée aval, alors que de mon côté je devais me contenter de l’inverse.

      Mais ce n’est que partie remise, je reviendrai en mai ou juin quand l’activité sera au maximum, car j’aimerais vraiment vivre ça ! Ne vous en faites pas, je vous ferai partager ce moment...

      Au tintement de la cloche, nous pourrons déguster au lodge un lapin, coq ou autre gâterie du terroir qu’on nous aura concocté, mais seuls les pêcheurs et leurs accompagnateurs pourront goûter aux talents culinaires des hôtes. Après une bonne journée de pêche, on pourra se réconforter au bar, près du feu à l’âtre, ou monter les mouches du moment sur un atelier de montage complet mis à disposition. Le lodge abrite également un magasin spécialisé où chacun peut reconstituer son stock de mouches, bas des lignes, fils, soies, etc.

      Attention, ici le règlement est très strict : Ardillons obligatoirement écrasés, une mouche par ligne, d’octobre à mars streamer sur hameçon de dix et trois centimètres de longueur maximum, pas d’imitation d’œufs ni de boobies, épuisette obligatoire, pêche en no-kill sur les farios et les arcs sauvages, taille minimale de capture à qarante centimètres pour les autres, et gare à celui qui ne traitera pas ses captures comme il se doit.

      Ouvert toute l’année sauf la rivière qui est régie par la réglementation de la 1ère catégorie. Quelque soit la formule choisie, il est obligatoire de réserver.

      www.fly-in-sommedieue.com

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