Nymphe, mouche noyée (Part. 1)


    Les pêches sous-marines


    avril 2002 par Jean-Pierre Jurado

      pêches sous-marinesDans les esprits de nombreux moucheurs, pêche à la mouche noyée et pêche à la nymphe semblent appartenir à deux mondes différents, voire opposés. Sont elles donc si différentes que cela ? Pourtant dans les faits, elles peuvent être perçues comme très proches, puisque ces techniques s’adressent toutes deux à des poissons actifs principalement sous la surface. Alors qu’est ce qui justifie qu’on les oppose presque systématiquement ?

      Sont-elles réellement si différentes, et si oui, en quoi ? Si elles le sont, quand l’emploi de l’une plutôt que l’autre permettra aux moucheurs que nous sommes de tirer notre épingle du jeu. Essayons donc d’y voir un peu plus clair.

      C’est en remontant le fil historique de notre passion que nous pouvons peut-être trouver quelques éléments de réponse :
      La première référence écrite à la mouche artificielle est romaine, et date des environs de l’an deux cent de notre ère. Elien, dans son Histoire naturelle écrit qu’il lui a été rapporté qu’en Macédoine, sur la rivière Astraeus, les pêcheurs locaux utilisaient un hameçon habillé de laine rouge et de deux plumes de cou de coq couleur de cire, mais tout laisse à penser que cette imitation était utilisée en mouche sèche.

      De toutes les publications ultérieures, il n’est pas ressorti de querelles ni de divergences sur l’opportunité d’utiliser la mouche sèche ou noyée (la nymphe telle que nous la concevons n’existant pas encore), et les évolutions de ces techniques se sont vraisemblablement construites localement à travers les âges, suivant le type de rivières des régions. Dans le nord de l’Angleterre, l’Ecosse, la Belgique, le massif central, la Bretagne, les Pyrénnées françaises et espagnoles par exemple, c’est la mouche noyée qui s’est imposée, les eaux étant courantes et les fonds granitiques. A contrario, en Normandie, dans le Sud de l’Angleterre, en Champagne ou Bourgogne, la mouche sèche a longtemps prévalu, les eaux calcaires de ces régions s’y prêtant admirablement. Puis, avec l’ère moderne à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème est venu le temps des discordes. La première de toutes a donc opposé les partisans de la mouche sèche lancée sur un poisson gobeur, aux mécréants qui osaient pêcher l’eau. Puis ces deux castes ont trouvé un terrain d’entente pour s’opposer aux adeptes de la mouche noyée, qui avaient eu tôt fait de transposer les enseignements de siècles de pratique des eaux rapides du nord sur les rivières crayeuses du sud de l’Angleterre. Plus tard, Skues dont les travaux ont mis en évidence l’opportunité de la pêche à la nymphe, même et surtout sur les chalkstreams s’est violemment opposé, par écrits interposés, à Halford et ses pairs qui prétendait le contraire.

      La suite est de la même veine, dans toute l’Europe. Notre pays, dont la multitude d’aspects géographique reflète la diversité des caractères humains en présence n’y a pas échappé, la seule convergence d’opinion étant la promptitude à la querelle, surtout lorsqu’elle est stérile. De nos jours, nous en sommes toujours là, partagés entre opposants et partisans de tel ou tel point de vue. Nous retrouvons ainsi, avec un siècle de retard les mêmes discordes sur la Loue ou le Doubs par exemple : Interdiction de la nymphe, ou de la noyée, et bientôt, pourquoi pas, de la plume de coq et de l’hameçon, tant qu’on y est, pourquoi se priver...

      pêches sous-marines Si la mouche noyée est, comme nous l’avons vu, pratiquée dans l’hexagone au moins depuis le moyen-âge, la nymphe ne s’est vulgarisée qu’ après la seconde guerre mondiale, pour devenir vraiment populaire à la fin du siècle dernier, sous l’impulsion d’auteurs tels que Raymond Rocher ou Pierre Miramont, ou de compétiteurs médiatiques tels feu André Terrier ou Jean-Pierre Guillemaud (Piam). S’ est alors auto-proclamée une pseudo élite, se réclamant de ce courant (ben, voyons !), qui a institué une espèce de hiérarchie bidon de la pêche à la mouche. Au sommet de la pyramide, trônent la mouche sèche sur gobage et la nymphe à vue, à l’étage inférieur la pêche de l’eau en sèche et la nymphe au fil. A la base, la pêche à la mouche noyée et au streamer vivent des miettes laissées par les seigneurs de la mouche. Mais là, il faut m’expliquer comment on fait pour pratiquer la noble mouche sur les rivières ardennaises, auvergnates, bretonnes aux fonds granitiques ? Là je fais une pause car la moutarde me monte au nez !!!

      Revenons donc à nos moutons, et puisque l’histoire ne nous aide pas à y voir plus clair, voyons donc ce qui différencie vraiment noyée et nymphe, en partant de quelques postulats généralement admis.

      - La pêche à la nymphe se pratique vers l’amont.

      Faux : On pêche en nymphe amont, aval, travers, tout dépend de la configuration du poste, du poisson, et du positionnement optimal du pêcheur par rapport à ces paramètres.

      - La mouche noyée se pratique en travers vers l’ aval.

      Faux : On pêche en noyée aval, amont, travers...(voir ci dessus)...

      - En mouche noyée on ne voit jamais le poisson.

      Faux : Tout dépend de la tenue du poisson, on peut pêcher à vue ou en aveugle, ça n’a pas d’importance, sinon le plaisir de voir le poisson engamer son leurre.

      - La nymphe s’adresse aux poissons visibles.

      Faux : Si la pêche à vue est des plus gratifiantes, on pêche (heureusement) en nymphe des poissons visibles ou pas selon les lieux, les postes, circonstances...

      - En noyée on ne prend que des petits poissons.

      Faux En mouche noyée on prend le poisson actif auquel on aura présenté sa mouche correctement, et ce, quelque soit sa taille et son poids.

      - En nymphe on pêche les poissons postés près du fond.

      Faux : Si avec une nymphe fortement lestée on s’adresse aux poissons collés au fond, avec des nymphes peu ou pas lestées on tentera des poissons jusqu’à la surface de l’eau.

      - En noyée on pêche avec des mouches non lestées.

      Faux : On pêche en noyée avec des mouches lestées ou non, suivant l’effet et la profondeur de nage désirés.

      - En noyée on pêche avec un train de trois mouches.

      Faux : On pratique la mouche noyée avec une, deux ou trois mouches, suivant les circonstances et notamment l’encombrement du parcours.

      ... Là on a un vrai problème. Voilà huit affirmations que chacun d’entre nous a déjà entendues lors de conversations entre moucheurs, et en les confrontant à notre expérience de la pêche, chacune d’elles se révèle être fausse, au moins en partie. Nous voilà bien mal partis pour y voir clair !!!

      Alors on va tout oublier, faire table rase de tous les préjugés, et tenter de décrire aussi précisément que possible ce que sont la pêche à la nymphe et la pêche à la mouche noyée. C’est certainement la seule façon de se faire un point de vue objectif de l’opportunité d’utiliser l’une plutôt que l’autre selon les conditions de pêche. C’ est ce que nous tenterons de faire dans le prochain article.

      - Nymphe, mouche noyée : les pêches sous-marines (Part.2)

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