Aldric Rebischung


    Pêcheur d’ombre


    28 septembre 2004 par David Synold

      Aldric Rebischung
      C’est au fil des rencontres et du temps que naissent les complicités et les amitiés. S’il n’est jamais aisé de troubler la solitude du pêcheur à la mouche en rivière, ceci est encore moins évident lorsqu’il s’agit de convaincre l’ami et le pêcheur d’ombre de nous expliquer sa passion et de nous faire découvrir ses veines et radiers favoris. Introverti et d’une grande discrétion, c’est à Vieux Thann, sur la Thur dans le Haut-Rhin, qu’Aldric Rebischung nous emmène découvrir « ses » ombres .

      A 19 ans, il a la chance d’habiter à quelques mètres de « sa » rivière, et d’un parcours qu’il affectionne tout particulièrement. C’est en 1998 qu’il découvre la pêche à la mouche ... poussé par ses parents , eux mêmes, fascinés par cette pêche, après avoir vu le célèbre film « Et au milieu coule une rivière ». Ils lui ont permis d’obtenir, d’occasion, son premier matériel de pêche à la mouche et de se lancer dans la grande aventure.

      J’ai rencontré Aldric en 2000 ou 2001. Il n’était alors qu’un jeune pêcheur, déjà brillant, mais un peu « fou » et ... pas très discret. Le temps de la maturité, de l’expérience et sa rencontre avec la pêche en compétition, ont sans doute contribué à canaliser sa fougue et sa vitalité.
      Aujourd’hui, la qualité de sa pêche réside dans une passion de la pêche peu commune, dans sa polyvalence, dans ses facultés d’adaptation et sa discrétion, mais aussi dans ses rencontres avec d’autres pêcheurs. Sa soif d’apprendre lui permet de tirer de chacune de ces rencontres un enrichissement certain.

      Comme il le dit lui-même, il a encore quelques lacunes à combler mais c’est un parfait monteur de mouches. Ses modèles ne sont pas des modèles de salon mais restent d’une rare efficacité. Il peut aussi revendiquer la paternité de « sa » nymphe à ombre ou plutôt à poissons, puisque les truites, elles non plus, n’y résistent pas.

      L’INTERVIEW

      David - Peux tu me dire en quelques mots, qui est Aldric ?

      Aldric - Bonjour je me présente. Je m’appelle Aldric. J’habite à Vieux Thann, au bord de la Thur ce qui m’a donné envie de la connaître et devenir un adepte de la nature et de tout ce qui touche de près ou de loin à l’eau. En pratiquant la pêche à la mouche je trouve le moyen de me ressourcer et de pratiquer un sport encore peu connu afin de pouvoir partager mes sensations et en faire profiter les « débutants » ainsi que les curieux.
      Ma passion va à tous les sports où l’on doit se dépenser. La pêche à la mouche, contrairement à tout ce que le commun des mortels peut penser, est un sport physique, qu’on le pratique sous forme de loisir ou en compétition. Pour « traquer » le poisson, le pêcheur se doit de mettre tout en œuvre pour se faire aussi discret que possible. Cela implique inévitablement un effort physique et des positions fantaisistes . C’est en cela que réside le secret de la discrétion.

      David - Tu as obtenu ton baccalauréat en juin dernier et débutes ta vie d’étudiant. Vers quoi te dirige-tu ?

      Aldric - Je viens d’obtenir mon bac Sciences et Technologies de l’Agronomie et de l’Environnement, option Technique Spécialisé en Production, pour pouvoir préparer des études en école d’Ingénieur en Gestion et Protection de la Nature. Je rejoins une école en Suisse, ce qui me permet de réduire de deux années l’obtention de mon diplôme.

      David - Tu pratiques la pêche à la mouche en compétition, peux-tu me dire ce que cela t’apporte ?

      Aldric - La compétition est un moyen pour moi de me situer en terme de niveau. Elle me permet de pêcher des rivières qui me sont inconnues, de découvrir d’autres pêches, d’autres paysages, mais aussi de faire des rencontres avec d’autres pêcheurs qui sont, bien entendu, très bénéfiques. Pour finir, car il faut bien faire parler de mon Club, alors autant nous afficher et donner une bonne image de ce dernier, d’autant qu’il est tout jeune. En se classant Champion et Vice-champion cadet au dernier championnat de France, Virgile et Nicolas y contribuent fortement.

      David - Où en est la réintroduction de l’ombre sur la Thur ?

      Aldric - Au niveau du parcours se situant aux alentours de Vieux Thann, l’ombre s’y est très bien adapté, vu que chaque année nous pouvons y recenser une quantité importante de petits ombres. Toutefois seuls quelques spécimens atteignent une taille respectable car non seulement ils doivent lutter afin de s’adapter, mais aussi éviter les braconniers et les pêcheurs ne sachant pas distinguer une truite d’un ombre !
      Plus on monte vers le barrage de Kruth , plus les ombres se font rares. La température de l’eau étant trop froide, l’ombre se laisse dériver jusqu’à trouver son petit coin de paradis pour s’y reproduire.

      David - Que penses-tu de cette réintroduction ?

      Aldric - Je pense qu’elle a été bénéfique à la rivière. Les ombres fouillant le fond, « nettoient » en quelque sorte son lit , ce que les truites ne sont pas habituées a faire. De plus, au bout de la canne, un gros ombre est plus impressionnant qu’une truite, certes moins excité mais le plaisir est là.

      David - D’où te vient cette passion pour les ombres ?

      Aldric - Cette passion pour les ombres m’est venue par pur hasard. En montant mes propres mouches, j’ai eu l’opportunité d’en attraper. L’ombre, avant sa réintroduction, était un poisson inconnu pour moi. Je me suis donc mis alors à le tenter. Depuis je l’apprécie. L’ombre devient de plus en plus méfiant, ce qui implique d’affiner sa technique en permanence.

      David - Je me suis laissé dire que tu avais quelques beaux specimens d’ombre à ton actif. Quelle a été ta plus belle prise ?

      Aldric - Le plus beau spécimen que j’ai capturé sur la Thur mesurait entre de 60 et 65cm.

      David - Parlons un peu pêche... Pourrais-tu nous parler de ta technique préférée pour pêcher l’ombre ?

      Aldric - Ma technique préférée est la pêche a la nymphe, comme qui dirait ... « la raclette ». C’est cette technique que je pratique sur les ombres. Le but est de confectionner des mouches ayant la particularité d’être munies d’un lestage afin que celles-ci puissent racler le fond de la rivière. Sachant que l’ombre est doté d’une bouche dirigée plutôt vers le bas, comme la carpe, il me semble logique, pour lui donner le moins de mal possible à se laisser tenter, de pratiquer cette technique. Bien entendu celle-ci varie selon les conditions climatiques.

      David - ... et pour les truites ?

      Aldric - En ce qui concerne les truites, je pratique la même technique. J’équipe mes montages de lestages moins importants afin que la mouche puisse naviguer entre deux eaux. La pêche en sèche joue aussi un rôle important, surtout au moment des périodes d’éclosions.

      David - Habituellement, la majorité des pêcheurs qu’on rencontre sur la Thur et qui pratiquent ou non la pêche en « no kill » , ne portent pas d’épuisette. Tu portes toujours la tienne ? Peux-tu me dire pourquoi et d’où te vient cette habitude ?

      Aldric - Lorsque je vais à la pêche j’emporte toujours une épuisette. Mettez vous à la place du poisson. On le tire par la bouche avec un crochet, ( dépourvu d’ardillon en ce qui me concerne ) la moindre des choses que l’on puisse lui apporter est de lui éviter des souffrances inutiles. Cette pratique lui est bénéfique car en le touchant on lui enlèverait sa mucosité ce, qui par la suite, pourrait être une porte ouverte aux contaminations et maladies de toutes sortes. Aussi, évitons de manipuler le poisson.

      David - La rivière n’est pas loin. A quelle fréquence t’y rends-tu pour pêcher et t’entraîner ?

      Aldric - Je vais au bord de l’eau environ deux fois par semaines, quand mon emploi du temps me le permet.

      David - Peux-tu nous faire un bref inventaire du matériel que tu utilises ?

      Aldric - Le matériel dont je dispose se trouve être, une canne XP 6100-4 #6 de chez SAGE, car pour la technique que je pratique cela se trouve être la canne idéale à mes yeux. En compétition mieux vaut être muni de 2 cannes afin d’avoir le choix, suivant la technique à employer. J’ai aussi un moulinet semi automatique de chez DEVAUX et ... des mouches (ben ça ...ça se conçoit, ça se fabrique !)

      David - Je sais qu’en octobre tu partiras pour trois années d’études à Genève. Comment vas-tu « assumer » la partie pêche de ta vie ?

      Aldric - La partie pêche sera tout d’abord de découvrir les rivières aux alentours de mon nouveau pied à terre. J’aurai l’immense honneur de loger non loin d’un couple faisant également partie de mon club de pêche, tous deux très bons pêcheur, faut avoir le mérite, ça ne court pas les rues... Je pourrai donc affiner ma technique rien qu’en les regardant, en pratiquant avec eux et en acceptant tous les conseils et astuces qu’ils pourront m’enseigner.

      David - As tu des références, parmi les pêcheurs, des gens que tu admires plus que d’autres et bien entendu, pourquoi ?

      Aldric - J’admire tous les membres de mon club. L’ambiance de ce club est unique ainsi que les moments passés qui font partie des bons souvenirs. J’admire tout particulièrement Stéphane pour ses trois qualifications en équipe de France, Catherine pour sa bonne humeur, Fred pour lui-même (ça fait pas longtemps qu’il est au club mais il fait déjà parti de la « famille ») , Daniel pour son soutien a l’école de pêche car je sais que c’est pas toujours facile avec nous, Thierry S. pour son soutien et ses conseils, Thierry D. ainsi que sa fille, psshharteck ... toujours à mettre l’ambiance, Virgile ainsi que Nicolas, avec qui j’ai passé de très bon moments que se soit aux championnats de France des jeunes ou pour de notre qualification en finale de la coupe des Clubs, lors du sélectif Alsace-Lorraine où notre équipe a terminé 2ème . Pour finir j’admire particulièrement le Président du club qui nous donne beaucoup afin que l’on puisse se trouver là où l’on en est, et à qui je dédie notre 2ème place au sélectif.

      David - Quels sont, selon toi, tes points forts ?

      Aldric - Sans vouloir être prétentieux je pense que c’est la technique de la nymphe, roulette, au fil ou à vue, mais aussi au niveau de la discrétion où j’ai fait d’énormes efforts et donc d’énormes progrès. Il faut dire que, dans ce domaine, j’ai eu d’excellents professeurs.

      David - ... et tes points faibles ?

      Aldric - J’ai quelques petites lacunes en sèche où je manque encore de finesse ainsi qu’une méconnaissance presque complète de la noyée que je pratique très rarement et où je ne peux donc guère progresser.

      David- Quel est ton meilleur souvenir de pêche ?

      Aldric - C’est très certainement le sélectif Alsace-Lorraine qui se déroulait à Saulxures sur Moselotte, autour du lac à l’endroit que l’on appelle la « falaise » et qui est un poste difficile à pêcher. Ce jour là j’y ai attrapé 4 poissons sous les yeux inquiets de Nicolas, un de mes équipiers, qui ne voulait pas que je les décroche.

      David - Tu es garde-pêche pour l’ AAPPMA Vallée de la Thur. C’est assez rare de voir des jeunes s’investir dans le monde associatif. Pourquoi as-tu fais un tel choix ? Qu’est-ce que cela t’apporte ?

      Aldric - J’ai toujours rêvé d’être garde-pêche. C’est un rêve d’enfant qui s’est réalisé grâce à des personnes qui m’ont fait confiance. Cela me rend attentif aux problèmes liés au braconnage ainsi qu’aux bonnes applications du règlement.

      Aldric Rebischung

      Avant toutes choses, il faut préciser que les parcours Thur de l’ AAPPMA Vallée de la Thur sont frappés d’une mesure de protection des ombres. Tous les ombres capturés doivent être remis à l’eau vivants avec les précautions d’usage et le Wading est interdit avant la 1er mai. Cette mesure qui interdit tout prélèvement de ce poisson est une mesure dictée par le plan de réintroduction mené depuis 1997. L’ombre peuplait la Thur en aval de Willer sur Thur avant le début des années 50. Malmené par une pollution chronique du à la forte concentration humaine et à la forte expansion des industries polluantes de la chimie et du textile, il paraissait naturel après un plan rivière qui a su redonner ses lettres de noblesse à la rivière « la plus polluée de France », par le retour d’une très importante proportion de truites fario, de faire un pas de plus dans la restauration du milieu naturelle est aquatique en réintroduisant la souche rhénane de l’ombre commun.

      Plus généralement et sur toutes les rivières, la pêche de l’ombre, et j’insiste, doit se pratiquer avec une épuisette, des ardillons écrasés, et la remise à l’eau doit se faire dans les meilleures conditions possible en ré oxygénant le poisson. Si l’hameçon est engamé, en tant que pêcheur respectueux de vos prises et de l’avenir de la pêche, vous devez couper et sacrifier votre mouche.

      Au bord de l’eau : L’approche,

      La qualité de l’approche est sans doute un des meilleurs atouts du pêcheur à la mouche qui souhaite attaquer des poissons difficiles et de belles tailles, car ce sont sans doute ces derniers qui sont les plus aguerris et sensibles à la moindre erreur du pêcheur.

      Le choix de la mouche,

      Le type « Phaisan tail » reste une valeur sur et incontournable. Comme l’affirme Aldric, le poids est une condition essentiel à la réussite. Lorsque l’on pêche l’ombre à la nymphe, il faut impérativement racler les galets du lit de la rivière. Par pitié pour l’espèce et sa survie, écraser vos ardillons. Vous ne décrocherez pas plus de poissons, pour peu que vous gardiez le contact. La pointe du bas de ligne dépend des conditions d’eau. Lors de cette partie de pêche, fin juillet, la limpidité et le débit de l’eau ont imposé des pointes plutôt longues de plus de 1,5 mètres, dans des diamètres de 11 à 10/100ème . Ce type de diamètre peuvent choquer, mais avec des fils de type fluoro ou enduit fluoro, on peut pêcher fin sans rallonger le combat, puisqu’ils ont une résistance équivalente à un 16 ou 14/100ème de bonne qualité, mais attention aux noeuds, ils doivent être parfait.

      Le choix de la veine ou du poste et la discrétion à l’approche,

      Pour Aldric qui connaît parfaitement sa rivière, le choix est assez simple, mais pour celui qui arrive sur un secteur, les valeurs sures restent les veines de courants soutenues, profondes ou pas. Il faut privilégier les postes peu accessibles à nos cannes et nos nymphes, par exemple les frondaisons basses.

      La discrétion de l’approche directe du poste, est la marque d’un pêcheur aguerrit... la progression et la pêche à genoux est souvent gage de réussite.

      L’observation des obstacles à gérer avant de lancer et de ferrer,

      Observer le poste de pêche permet d’anticiper d’éventuels accrochages lors des lancers mais aussi des ferrages, auxquels on pourra adapter un angle spécifique et néanmoins efficace.

      Le lancer,

      Il se fait généralement sans faux lancer, ce qui le rend un peu plus discret et s’il fallait en effectuer, ils ne serviraient qu’a régler la distance de lancer. On se sert de la résistance de la nymphe dans l’eau, à l’aval, pour charger la canne d’un mouvement rapide et du poids de la nymphe pour le posé qui se ferra le plus amont possible.

      Le contact avec la nymphe,

      Le contact avec la nymphe doit être pris rapidement pour permettre une action de pêche et une détection des touches le plus tôt possible dans la dérive, puisque la dérive de la nymphe et le ferrage sont rarement efficaces plus d’un mètre cinquante à l’aval du pêcheur. On peut parer à ce désagrément en ferrant à l’horizontale vers l’aval.

      La soie est bloquée sur la poignée par au moins l’index. On veillera à laisser un peu de mou dans les anneaux pour amortir un éventuel ferrage un peu appuyé.

      Le suivi du fil et la détection de la touche,

      Le bas de ligne d’Aldric est équipé de brins de fil fluo, rose, jaune ou blanc, parfois les trois. Ces brins sont inclus dans la formule du bas de ligne et n’ont donc aucune incidence sur l’action de ce dernier. Dans la plus part des cas les brins fluo occupent les diamètres entre 30 et 18/100ème jamais plus bas pour permettre, le moment venu, de raccorder une suite de brins pour arriver à des diamètres plus fins. Le fil fluo se suit à l’oeil, soit à la perpendiculaire directe de l’eau, sous la canne, ou graissé et posé sur l’eau, selon la distance de pêche.

      Le ferrage,

      Le ferrage est successif à un comportement non naturel de la dérive du fil entrant dans l’eau ou posant sur l’eau, d’où l’avantage du fil fluo qui permet une détection plus aisée et une fatigue largement réduite. Le fil peut soit stopper, soit aller à gauche ou à droite ou simplement vibrer. L’apprentissage de la détection de la touche est assez long et la synchronisation du ferrage et de la touche pas vraiment naturelle mais , rapidement, si l’on rate beaucoup de poisson, on obtient tout de même de belles prises régulières.

      Le combat,

      Même si la pointe du bas de ligne est fine. Il est nécessaire pour la remise à l’eau et la survie dans les meilleurs conditions, de réduire au strict minimum la durée du combat.

      La mise à l’épuisette,

      Aldric est un adepte inconditionnel de l’épuisette. Elle abrège positivement le combat et les souffrances du poisson. Elle évite le contact direct avec la muqueuse de ce dernier et c’est encore plus vrai pour l’ombre, qui reste un poisson très combatif, mais bien plus fragile que la truite.

      La remise à l’eau,

      Si l’ombre a avalé la mouche plus loin que la lèvre, il est essentiel de couper et de sacrifier sa mouche, au bénéfice de la survie d’un compagnon de jeu et avec l’espoir d’un combat futur. La ré-oxygénation est, elle aussi, incontournable car relâcher simplement un ombre ne suffit pas à garantir sa survie, particulièrement durant les mois chauds où l’oxygène dissout se raréfie.

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