Variation sur le petit monde de la mouche


    28 septembre 2004 par David Synold
      Variation sur le petit monde de la mouche

      Si les pêcheurs à la mouche se comptent sans doute, telles des légions romaines, par centaines, ils n’en possèdent malheureusement ni les structures, ni l’organisation, ni le respect qui en découlent. Si certains viennent à s’en offusquer, y compris les clubs, les cercles et autres groupements de moucheurs, ils doivent prendre conscience qu’ils sont eux-même à la base de cette "grande injustice".

      Face à des sujets divers, sans les citer pour ne froisser personne, nous avons rarement démontré le même esprit de famille qui règne chez les chasseurs. Loin de moi l’idée de défendre en bloc les idées que draîne le monde de la chasse, mais forcé de constater leur efficacité devant l’adversité, je ne peux que m’incliner devant un tel esprit de corps.

      Depuis plusieurs années, j’use mes « fonds de culotte » dans des réunions diverses, j’ouvre mes neurones dans des formations halieutiques divers. Je vide mes stylos dans des articles. J’abîme mes mains et mes reins dans des journées de travail. Je « ruine » mes waders sur les galets des rivières d’ici et d’ailleurs et j’offre mes connaissances, mon expérience et mes mouches aux jeunes moucheurs en école de pêche... et tout ça, même si ça prend du temps, même si ça demande des sacrifices, même si ça ne va jamais assez vite. Ce n’est que du bonheur. Chacun est et reste libre de ses choix et de ses actes, mais gardons à l’esprit que nos droits engendrent des devoirs, et le « devoir » le plus en vogue, actuellement, reste la critique.

      Face à ces critiques, aux constats et aux réflexions généralement acides des pêcheurs, je me suis fait une raison en donnant pour seule et unique réponse, qu’on attend qu’eux pour faire avancer le schmilblick et pour changer les mentalités. Mais, lorsque les critiques et les analyses émanent de mon propre cercle d’amis pêcheurs et de mes « pères », qu’elles ne sont pas fondées et qui au demeurant restent fièrement et éternellement sans suite et sans autres alternatives, je ne perd aucune occasion de leur répéter que si le débat est toujours constructif, ce n’est pas en le cantonnant aux berges de nos rivières et aux rives de nos réservoirs, que leur voix sera entendue. D’expérience je peux le dire, pour faire changer les choses, il vaut mieux créer des compromis de l’intérieur que de camper sur ses positions de l’extérieur.

      Là, je sens que certains vont hurler : « Moi, je m’investis !", Moi, je travail dur ! et Moi, encore Moi, je ... »

      Oui, j’en suis conscient, mais sommes nous vraiment si nombreux à choisir de faire partie d’un Conseil d’Administration d’AAPPMA, d’en accepter les postes importants et malheureusement ingrats, d’être délégué, aux instances fédérales, au sein des SAGE et autres Plans de Gestion Piscicole, de sacrifier une ou deux sorties de pêche par mois pour aller nettoyer les ruisseaux pépinières de nos rivières ou enseigner aux jeunes.

      Même lors des Assemblées Générales de nos AAPPMA, qui ont lieu durant la fermeture de la première catégorie, rares sont les moucheurs qui se déplacent, même pour offrir leurs voix à ceux qui ont décidé de prendre leur bâton de pèlerin, pour les représenter, pour faire passer une certaine idée de la pêche et de la gestion halieutique. Si on aborde un autre aspect du monde associatif halieutique, qui est celui des Clubs Mouche, là aussi tout n’est pas rose. Là où l’on pourrait s’attendre à trouver les plus fervents militants halieutiques, les clubs se contentent d’être, dans de nombreux cas, des fournisseurs de licences et de conseils pour la compétition et de distribuer, pour une somme modique, séances de montages de mouches et conseils pour la pêche, sans compter les voyages ou les sorties pêche clef en main à des prix défiant toutes concurrence. Quelle tristesse !

      Exprimer ses idées au sein d’un groupe est un gage d’ouverture à la critique et au débat. Si le vote individuel, lors de toutes les échéances électorales, donne l’impression d’avoir participé à la vie publique, encore faut-il aller mettre ... un bulletin dans l’urne. Jadis, le commun des mortels rejoignait le milieu associatif pour l’ambiance qui y régnait, l’esprit de famille qui animait ce milieu. Aujourd’hui la société et les hommes ont changé ... et lorsque l’on acquitte une cotisation, on en veut pour son argent. Nous pourrions appeler cela les « Euros/poissons ». Même pour ceux qui relâchent leurs prises, on juge souvent une rivière et ses gestionnaires au nombre de poissons capturés et on entend plus volontiers au bord de l’eau l’éternel "y a pas de poissons", plutôt que "la pêche est difficile". Tout est question d’état d’esprit, mais malheureusement s’il reste bien ancré dans la pratique de certains, l’arrivée des « nouveaux adeptes » dont la passion est née dans le monde artificiel de l’audio visuel, des salons est autres magasines spécialisés, fait apparaître un esprit basé sur un concept purement marketing. Tu me donnes des Euros je te donne de la pêche et du poisson... et à renfort de pêche consommation, les prix atteignent des sommets, drainant avec eux les poissons frais de remise.

      Lorsque passion rime avec consommation et amortissement, je me mets à haïr la pêche, je me sens trahis par mes pères, ceux là même qui sont à l’origine de ma passion de la pêche à la mouche, ma façon de l’aborder, de respecter mes prises, de relâcher, mais aussi de prélever occasionnellement, ceux qui ont alimenté mes idées, forgé mes arguments et rempli mes lacunes. c’est peut-être un signe. Signe d’une indépendance qui s’est forgée à l’expérience du terrain, signe qu’il est temps de quitter le nid, de prendre son envol... signe aussi que la sagesse est un long chemin jonché d’étapes qu’il faut souvent franchir seul.

      Il est peut-être temps de prendre conscience que je ne suis plus seulement « fils » de mes pères, mais qu’à mon tour, je suis devenu « père » ... de pêche moi-même ? Ainsi va la pêche, ainsi va la vie, avec ses aléas, ses illusions et ses désillusions.

      Merci à tout ceux qui m’ont déçu, mais ouvert les yeux. Merci aux fidèles, qui me donnent matière à continuer et mon ignorance éternelle ... aux autres.

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