Nymphe, mouche noyée (Part. 2)


    Les pêches sous-marines


    juin 2002 par Jean-Pierre Jurado

      Le terme mouche noyée est un terme impropre qui repose sur les vestiges d’un postulat erroné vieux de plusieurs siècles qui voudrait que la dite mouche aurait éclos puis se serait noyée.

      pêches sous-marinesC’ est ainsi que nous ont été transmises des collections complètes de mouches noyées, notamment anglaises, pourvues de superbes ailes taillées. Le plus amusant est qu’elles sont surtout efficaces...quand on a pris la peine d’arracher les dites ailes. Ceci étant dit, nous continuerons à la nommer ainsi puisque les termes ont été complètement intégrés dans notre langage.

      La pêche à la mouche noyée est la technique la plus facile à aborder pour un débutant à la mouche. Ceci ne veut pas dire qu’elle n’est pas pleine de finesse(s), mais simplement qu’un novice pourra très rapidement s’y essayer et y prendre beaucoup de plaisir, même s’il ne maîtrise pas encore les subtilités du lancer ou du poser et si ses dérives en sèche ne sont pas toujours celles qu’il aurait aimé proposer aux poissons. Mais qu’on ne se leurre pas, la maîtrise régulière de cette pêche sur des cours d’eau de types différents demandera beaucoup, beaucoup de temps et une pratique non seulement assidue mais aussi attentive.

      Nous allons maintenant essayer de présenter les différentes façons de pratiquer la mouche noyée par ordre de difficulté croissante.

      La mouche noyée est souvent présentée comme des balayages successifs par travers aval du lit de la rivière dans toute sa largeur en descendant d’un pas à chaque lancer. C’est effectivement la manière la plus simple de procéder, en particulier sur les courant réguliers des gravières, radiers et autres lisses. Toutefois, cette simplicité n’est qu’apparente, en tout cas si on souhaite être le plus souvent efficace. Dès le poser, il y a une différence énorme entre un geste mécanique qui sera systématique, et un geste raisonné, qui sera le résultat de l’observation des éléments topographiques et hydrologiques des lieux.

      Par exemple, lors d’une belle éclosion, une belle truite a quitté sa fosse pour monter se nourrir sur le radier dans vingt centimètres d’eau. Le poisson est en confiance et fait des écarts pour se nourrir. On peut alors poser sa mouche aval, bas de ligne presque tendu à quelques dizaines de centimètres devant le poisson, on laisse dériver librement en accompagnant de la pointe de la canne jusque devant sa gueule et on tend la ligne : La mouche décolle alors telle une nymphe à maturité, et la truite s’empare vivement de cette proie avant qu’elle ne sorte de son périmètre de chasse. Voilà un scénario idéal, mais il suffit de quelque erreur dans les ingrédients pour que le film ne se déroule pas suivant les désirs du réalisateur. La ligne est trop tendue, la mouche trop légère, elle sille à toute vitesse en surface un demi mètre devant la truite, dans le meilleur des cas on n’a pas de touche et la truite est alertée. Dans le pire, la truite s’enfuit précipitamment, alertant toutes ses congénères alentour et il ne sert à rien de pêcher le secteur avant un bon moment. La mouche est au contraire trop lourde, le poser trop flou, avant d’atteindre le poisson elle accroche le fond et c’est un paquet d’algues qui est proposé à la truite en guise de menu. A réserver aux truites végétariennes, si vous en connaissez...

      Pour la même truite on peut présenter une noyée ou nymphe légère qu’on laissera dériver librement au dessus du poisson. On verra alors la touche au mouvement du poisson qui s’empare de la mouche, à l’arrêt de la dérive ou à l’enfoncement de la pointe du bas de ligne, voire au remous quand l’imitation a été présentée juste sous la surface.

      Le choix de sa position par rapport au poisson est libre et peut être remise en cause à chaque lancer. En pêchant directement vers l’aval, si on a su rester discret dans l’approche, la surprise est totale pour le poisson devant lequel la mouche est présentée avant la pointe et ce qui suit. Si le poisson prend, pas de problème, par contre, s’il laisse passer la mouche sans s’en emparer, on aura des difficultés à lui cacher ce qui suit sans l’alerter. En pêchant plein amont, la dérive sera très précise, la touche sera plus facilement perceptible, par contre le bas de ligne, voire la soie couvrira le poisson avant que la mouche soit à sa portée. Une présentation par travers amont résout une partie du problème, puisque la soie ne dérive pas sur la même ligne que la mouche, par contre elle nous oblige à tenir compte des courants divergents entre nous et le poisson visé.

      Par travers aval, notre ou nos mouche(s) se présente(nt) en premier au poisson, et s’il ne prend pas, nous n’avons qu’à laisser l’ensemble dépasser largement son poste pour ensuite le récupérer en toute discrétion et tenter à nouveau notre chance.

      Une fois l’angle d’attaque déterminé, tout n’est pas résolu, loin s’en faut. Voyons maintenant comment déterminer la profondeur à laquelle les mouches vont évoluer. Pour ça nous pouvons jouer sur plusieurs éléments. Le poids et la densité des mouches, l’utilisation de bas de ligne et ou soie plongeants, le temps d’immersion et la tension exercée sur l’ensemble par le courant et l’animation.

      Ici réside un des intérêts d’utiliser plusieurs mouches. La mouche de pointe sera la plus lourde, la première potence le sera un peu moins, et la sauteuse éventuelle sera la plus légère, en premier lieu pour éviter les emmêlements du bas de ligne, mais aussi pour explorer une grande hauteur d’eau. En jouant sur ces mouches, on obtiendra un train qui aura tendance à s’enfoncer plus ou moins rapidement.

      Après le lancer, le bas de ligne s’enfoncera d’autant plus qu’on laissera la ligne libre, quitte à repositionner la soie qui sans cela aurait tendance, sous l’effet du courant, à tracter l’ensemble. Donc, dans une eau peu profonde, cette dérive libre sera très courte, et au contraire on la fera d’autant plus durer que la profondeur à atteindre est importante. Si une touche se produit à cet instant, ce qui est fréquent, elle sera indiquée par un brusque enfoncement du bas de ligne.

      Quand le courant est trop fort, dès qu’on va tendre la ligne les mouches vont décoller vers la surface et s’y maintenir, rendant l’ensemble nettement moins pêchant. On pourra alors recourir aux bas de ligne plongeants pour maintenir les imitations à la bonne profondeur. Les premiers que j’ai utilisé sont des bas de lignes tissés dans lesquels étaient incorporé du fil de cuivre ou de plomb. Je les ai abandonnés voici une quinzaine quand sont sortis les bas de ligne tissés airflo qui doivent leur lestage à un enrobage de matières plastiques de différentes densités. Ainsi, en jouant sur trois densités, je pouvais couvrir toutes les situations avec le même train de mouches.

      Depuis cinq ou six ans, le même fabricant commercialise les polyleaders dans une gamme allant de l’intermédiaire au super plongeant. Ils sont construits comme une mini pointe de soie monocore, offrent peu de prise au vent et donnent un posé très délié. Ils sont munis d’une boucle à chaque extrémité, et donc interchangeables à volonté. Je les ai donc adoptés, et à ce jour je n’ai pas trouvé mieux. Quand la profondeur de nage des mouches n’est pas satisfaisante, il suffit de couper le bas de ligne au plus haut, ôter le polyleader par sa boucle pour le remplacer par celui qui convient, et d’y nouer le bas de ligne précédemment ôté. Il est maintenant facile de s’en procurer puisque la société Mouches de charrette les distribue en France.

      Bien que j’aie longtemps pêché en mouche noyée avec des soies flottantes, il me semble qu’une soie intermédiaire ou peu plongeante (S1) est plus adaptée à cette technique, sauf dans quelques cas particuliers. En effet, si la soie est déjà en partie immergée, la poussée du courant de surface ne peut plus remonter le bas de ligne, l’ensemble est donc plus longtemps pêchant.

      Pour en finir avec le matériel, j’insisterai sur un point qui est à mes yeux très important : Toujours bien dégraisser le bas de ligne. Si on en trouve, avec de la pâte à dégraisser, sinon avec de la terre de taupinière ou de la glaise, ça tout de même on en trouve presque partout. Ainsi, les mouches sont plus libres et s’enfoncent facilement dans l’eau.

      C’est sur ce sage conseil que je vais vous laisser, écrire sur la pêche à la mouche c’est bien, mais aller à la pêche c’est encore mieux, je suis donc déjà parti... On se retrouve très bientôt pour la suite, et si vous ne savez pas quoi faire, participez donc au concours Auteurs echosmouche. Outre la possibilité de vous exprimer, de nous faire part de vos réflexions, d’une astuce ou d’un coin de pêche, vous pourrez gagner un des superbes lots offerts par nos partenaires. Alors, à vos claviers...

          | Réagir à cet article | Rechercher | Dans la même rubrique |

            Copyright echosmouche.fr
            Tous droits de diffusion et de reproduction réservés - Système de Gestion de contenu spip(3.0.17)
            Sommaire La Lettre d'echosmouche.fr Concours Auteurs Trophée Echos Mouche Nous écrire