David Synold


    Minutie du détail et style épuré


    23 février 2005 par David Synold

      S’il n’est pas aisé de parler de soi-même, aborder avec objectivité une passion qui anime une vie reste du domaine du funambulisme. Je me lance. Le fil est fin mais la vie n’est-elle pas faite de risques et de défis successifs ? C’est pour cela que les lignes qui suivent restent à ma discrétion mais, je l’espère, donneront une image fidèle de mon travail et de ma passion pour le papier, le crayon, le pinceau et les tubes d’aquarelle ...

      La Sorgue par David Synold Je dois, sans doute, mes dispositions halieutiques mais aussi artistiques à mon grand-père paternel qui, s’il pratiquait la pêche avec passion, avait aussi un sens et un esprit très développé pour les formes, l’esthétique et les couleurs . D’un vulgaire morceau de bois, il faisait naître, devant mes yeux d’enfant fascinés, une oeuvre d’art ; oeuvre qui allait tout naturellement trôner fièrement sur l’étagère de ma chambre. La peinture, les couleurs et leur mélange n’avaient aucun secret pour cet homme. S’il a su développer et cultiver mon sens artistique, il m’a aussi appris à regarder, à observer et à comprendre les choses qui m’entourent.

      J’ai longtemps peint, avec passion, des nus et des Alsatiques, comprenez des natures mortes et des paysages typiques d’Alsace. Mais tout comme la pêche à la mouche et ce qui l’entoure, mon inspiration et mes aquarelles se sont transformées en une passion dévorante, exclusive et quasi « intégriste » puisque depuis plusieurs années je n’offre qu’exclusivement, mais malheureusement trop rarement, mon pinceau à des scènes de pêche, de rivières, de lacs et plus particulièrement à la faune et à la flore.

      Ce choix n’est pas personnel. Il s’est simplement et très naturellement imposé à moi, comme une évidence, comme une vérité.

      Croquer les poissons séduis par mes mouches et les insectes dont les imitations remplissent mes boites. Donner vie, sur une feuille blanche, aux plantes et arbres qui bordent nos lacs et rivières et aux animaux qui partagent le calme de mes parties de pêche, capturer le geste du pêcheur restent des actes spirituels profonds dictés par une inspiration pressante et entourés d’un rituel particulier. Certains travaux prennent alors des proportions gigantesques et trouvent leur finalité après plusieurs mois voire plusieurs années de repos ponctuées de recherches et de retouches. D’autres pourraient paraître désuets puisqu’ils sont arrivés à leur terme en moins de deux heures mais tous ont en commun d’être issus du même amour et de la même passion , celle d’un homme pour la pêche et pour l’eau.
      Truite  gourmande par David Synold Si les heures passées au bord de l’eau pourraient paraître excessives aux yeux des non-initiés, elles sont rarement suffisamment nombreuses pour rendre au sujet le semblant de vie, de lumière et de vérité qu’il mérite. Le respect que j’ai du sujet est le même au bord de l’eau que lorsque que je l’imagine d’abord et le dépose sur le papier ensuite. Mes parties de pêche sont devenues le plus bel observatoire et ma meilleure source d’inspiration mais, régulièrement, je suis surpris en flagrant délit d’observation et j’en oublie ma canne, ma soie et ma mouche. A ce moment, je passe sans doute pour un doux rêveur, un pêcheur du dimanche mais je revendique ce droit d’offrir à ma canne, à mon moulinet, à ma soie et à mes mouches un peu de repos car lorsque je regarde le résultat sur mon 300gr gaufré, je me dis que le poisson que je n’ai pas pris ce jour là vaut bien celui que je viens d’immortaliser.

      Mes amis le savent bien, ma pêche est ainsi faite. Elle me ressemble et n’ai nulle envie d’en changer.

      Comme de nombreux peintres, je suis passé par des périodes différentes ; sombres, noires, bleues ou ocres mais j’ai toujours été, si toutefois cela devait exister, à la recherche d’un style, d’une perfection qui me correspondrait. J’ai eu une révélation lorsque j’ai découvert la première oeuvre de la « période blanche » de Franck Ripault. Je fus impressionné par l’absence de décor qui offrait à mes yeux toute la splendeur du sujet traité : pas d’artifice, de la pureté et de la vérité. Ma peinture s’en est largement inspirée et a trouvé son identité dans des aquarelles aux détails minutieux et au style épuré.

      Quand de nombreux artistes se mettent à mélanger aquarelles, huiles, encre de Chine pour rendre cette vie tant recherchée et créer des détails difficiles à obtenir, j’ai pour ma part longtemps été frustré de ne pas pouvoir rendre autant de détails que je l’aurais souhaité, avec mes seuls tubes d’aquarelles. A force de patience, de ténacité et de pratique j’ai su dompter mon pinceau et maîtriser cette unique et lumineuse matière qu’est l’aquarelle, sans aucun autre artifice. Cela suffit aujourd’hui à mon bonheur et je me sens artistiquement satisfait.

      David Synold

      Si je suis un doux rêveur et parfois un grand naïf, j’ai malgré cela des responsabilités qui ne me permettent pas forcement de vivre la bohême. Mais, heureusement, tous les artistes ne sont pas comme l’image que certains veulent donner.

      Mes oeuvres restent, le plus souvent, intimistes. J’ai énormément de mal à vendre une aquarelle. Vendre, c’est un peu comme un déchirement, une partie de moi qui s’en va. Alors, je peins pour mes murs, pour ceux de mes amis, pour des trophées de concours mais, parfois au gré des rencontres, il m’arrive de céder face à l’admiration, la passion ou l’amour pour une des mes œuvres pourvu que la démarche soit sincère.

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