La pêche à la mouche noyée en réservoir


    23 février 2005 par Frédéric Klecker

      Socourt, le temps est pluvieux à souhait et Eole redouble d’effort pour nous empêcher de poser nos soies à plus de 10 mètres. Pourtant entre deux averses, on peut entre-apercevoir au creux des vagues, quelques marsouinages. Le concurrent à ma droite, qui tente de pêcher en sèche, est victime d’un gobage apocalyptique au moment même où il commence à récupérer sa soie pour relancer. Et cela pour la troisième fois en cinq minutes ! Un déclic se fait alors, pour lui comme pour moi. Il est temps de sortir les noyées des boites. Je profite de la pause entre deux rotations pour ré-équiper avec deux noyées, la canne que j’avais préparée pour le Chiro. Premier lancer, trois strips, une onde fend soudain la surface de l’eau et semble suivre ma mouche entre deux vagues. Trois minutes plus tard, une première truite orne le fond de mon épuisette. Il s’en suivra une multitude d’attaques rageuses et de nombreux poissons mis au sec.

      Si je commence cet article par une expérience personnelle, c’est qu’elle a été ce jour là comme une révélation pour moi. Si la pêche en noyée n’était pas pour moi, une découverte, elle m’a cependant définitivement prouvée qu’elle pouvait dans certaines occasions être bien plus efficace que toutes autres méthodes. Cela est particulièrement vrai sur des poissons qui ont vu passer tous les modèles de streamers existant.

      La pêche en noyée se pratique principalement lorsque le vent commence à former de belles vagues à la surface du plan d’eau et qu’une activité, même légère, de surface est visible.

      Un bon vent, pour peu qu’il ne soit pas trop froid, met généralement les poissons en activité et permet, en l’ayant dans le dos, d’allonger les lancers sans forcer. Une canne de 9 à 10 pieds accompagnée d’une soie flottante de 5 à 7 à fuseau décentré (WF, TT, Delta,...) fera l’affaire. Votre équipement rivière peut donc être parfaitement adapté à ces conditions de pêche et permettra de décupler les sensations.

      Dans ces conditions, même dans des eaux claires comme de l’Evian, la finasserie n’est pas de mise. Un bon 18/00 permet de répondre efficacement aux attaches furieuses des truites qui sont alors beaucoup moins regardante et permet de limiter les emmêlements des potences.

      Le bas de ligne se décompose comme décrit ci-dessous.

      Diamètre(1/00mm) 45 40 35 30 25 18
      Longueur (m) 45 40 35 30 25 2 à 2,50

      Du 45 au 25/00 j’utilise du Camoufil (De Charette) et réalise une mini-boucle sur le brin de 25/00 cela permet aussi, rajoutant une porte pointe et une pointe plus fine, de passer rapidement au Chiro ou en sèche avec la même canne.

      La partie finale se compose donc d’une pointe en 18/00 sur laquelle on fixera une ou deux potences, de dix à vingt centimètres, espacé d’environ un mètre. Ce système facilite d’une part l’immersion et un remplacement très rapide de la pointe en cas d’emmêlement. On pourra être amené à réduire la longueur des brins, des potences ou de leurs espacements en fonction de l’orientation du vent et/ou du niveau du lanceur. Pour les débutants, deux mouches s’avèrent plus raisonnables.
      L’action de pêche se déroulant dans les couches supérieures du plan d’eau, les mouches seront relativement légères. Seul le poids de l’hameçon, un cerclage de l’artificielle voir une bille servira de lestage.

      La taille des mouches sera comprise entre 12 et 8 ; 10 étant la norme. Pour info, j’utilise en général des Kamazan B170 ou B175 qui sont de même forme mais fort de fer.

      En sauteuse (la mouche la plus proche de la soie), la mouche devra « brasser » l’eau. Elle devra donc être relativement volumineuse pour attirer l’attention du poisson. Elle opèrera juste sous la surface voir même dans certains cas au-dessus. L’idéale étant de juste pouvoir apercevoir l’onde que provoque la mouche sous la surface lors de l’animation.

      - Exemple de formule de montage :

      Hameçon : Kamazan B170 taille 10
      Corps : dubbing de lapin olive claire
      Hackle de corps : une demi-plume de cou de poule noire*
      Soie de montage : Uni 6/0 noire

      * La plume est ébarbée d’un côté, sinon la mouche devient trop « bourrue » et risque de se transformer en sèche.

      En intermédiaire, on retrouvera des noyées de formes plus familières aux pêcheurs en rivière, même si la tendance, ici aussi, est de privilégier les plumes « molles » telles les plumes de poule ou de perdrix. Même si les plumes de coq sont utilisables, je trouve qu’elles ont une fâcheuse tendance à faire l’hélicoptère pendant les lancers. On peut se retrouver, ainsi, très rapidement avec une magnifique pelote de fil inutilisable.

      - Exemple de formule de montage :

      Hameçon : Kamazan B170 taille 10
      Corps : dubbing de lapin noir
      Tag : floche rouge
      Cerclage : tinsel argent fin
      Hackle de tête : une demi-plume de cou de poule noire
      Soie de montage : Uni 6/0 noire

      En pointe, le choix de la mouche est vaste. Grosses noyées, nymphes voir petits streamers peuvent être fixés au bout de la pointe. Du choix de la taille, du poids de l’artificielle et du style de récupération retenu, dépendra la profondeur de pêche.

      - Exemple de formule de montage :

      Hameçon : Kamazan B170 taille 10
      Corps : soie de montage vernie
      Cerclage : tinsel perle
      Collerette : Ice Dub chartreuse
      Hackle de tête : une demi-plume de cou de poule noire
      Tête : soie orange fluo
      Soie de montage : Uni 6/0 noire

      Comme vous avez pu le remarquer, la couleur noire est une dominante dans mes montages. Ce n’est là qu’une question d’appréciation personnelle. Il est bien évident qu’en présence d’éclosions de mouches de mai ou de petites Olives, des adaptations en tailles et en couleurs s’imposent . Cependant, vous pouvez très bien laisser s’exprimer le « délire créatif de l’artiste » pour le montage d’artificielles plus bariolées qui se rapproche à ce moment là, plus d’un streamer mais qui peut être tout aussi efficace.

      En générale, la rapidité de l’animation sera proportionnelle à la force du vent. Les mouches doivent se faire remarquer aux creux des vagues. Des tirées rapides sur la soie permettront d’attirer les truites qui font, à ce moment là, la chasse aux insectes qui sont entraînés par le courant qui s’est formé en surface. Mais le contraire peut être vrai aussi. Si les eaux ou les vents sont froids, l’animation pourra être lente. Un tricotage de la soie sera alors plus adapté en présence de poissons qui cherche à se nourrir en dépensant le mois d’énergie possible. Dans certain cas, fort vent de travers ou activité de surface très réduite, l’emploi d’une soie intermédiaire permet d’explorer des couches un peu plus profondes. Bref, aucune règle absolue : c’est la Pêche.

      La noyée n’est pas l’arme absolue, mais reste une technique à connaître et à pratiquer lorsque les conditions s’y prêtent. Elle permet également de pratiquer une pêche plus légère car lancer un train de streamers lourds ou une soie de 7 en S VII toute la journée devient à la longue rébarbatif et beaucoup plus fatiguant qu’une soie flottante #5.

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