La pêche aux Boobies


    décembre 2001 par Jean-Pierre Jurado

      pêche aux boobies En réservoir, la pêche aux boobies est devenue au fil des saisons une technique incontournable, indispensable au moucheur qui souhaite être actif au bord de l’eau d’un bout à l’autre de l’année.

      Comme la plupart des techniques de pêche des salmonidés en eau dormante, la pêche aux boobies nous est venue d’outre manche. Indiscutablement, celui qui, le premier, assembla deux billes de polystyrène emprisonnées dans un morceau de bas de nylon sur un streamer, et surtout l’associa à une soie plongeante, eut une idée de génie.

      Probablement en a-t-il eu assez d’accrocher branches et herbiers en recherchant le poisson près du fond, toujours est il que le principe n’a subi que des variations mineures, et reste plus que jamais d’actualité. Pour ceux qui le ne connaissent pas encore, il s’agit d’emmener au moyen d’une soie plongeante un leurre au ras du fond.

      Ce leurre de densité inférieure à celle de l’eau grâce à l’ajout d’un dispositif flottant (billes de polystyrène, mousse...) pourra donc travailler près du fond sans l’accrocher. Pour ce faire, il est nécessaire d’employer un matériel spécifique.

      La soie, tout d’abord, sera forcément plongeante et aussi dense que possible, pour atteindre le fond très rapidement. A partir des soies de type S4, nous avons des vitesses (théoriques) de plongée intéressantes, de l’ordre de dix secondes par mètre. En dessous de cette densité, descendre à quatre ou cinq mètres de profondeur demande beaucoup de patience. Pour ma part j’utilise une S7 (je n’ai pas trouvé plus dense) qui descend un train de boobies à cinq à six mètres en trente secondes, et souvent je trouve que c’est encore trop long...

      Concernant la canne, si personnellement je trouve qu’une canne rapide est plus agréable, je ne crois pas que ce soit un point déterminant. Par contre, elle devra nécessairement posséder une grande réserve de puissance (forte conicité dans le talon) sous peine de tourner en spaghetti trop cuit lors du shoot. Je ne saurais en donner l’explication technique, mais les soies de haute densité tirent énormément sur la canne. Il suffit de lancer avec la même canne une soie flottante ou intermédiaire, puis une S4 (ou plus) du même numéro pour s’en rendre compte immédiatement.

      En conséquence, pour tirer tout le parti de son matériel, il peut être utile de monter une soie inférieure d’un numéro à la puissance de la canne, et même deux si dans notre style de lancer nous tenons beaucoup de ligne en l’air, ou (et) imprimons une très forte traction sur la soie au moment du shoot. Personnellement, je lance ma soie WF7S7 avec une canne pour soie de huit, mais je l’ai aussi essayée avec une trique pour soie de neuf ou dix et ça n’a posé aucun problème. Conclusion, gare à ne pas casser une canne trop faible ! Mieux vaut également prendre garde à bloquer très tôt la canne lors du lancer arrière afin de maintenir la soie très haut, car autant on peut rattraper un mauvais faux lancer avec une soie flottante, autant c’est difficile, voire impossible avec des lignes de telles densités.

      Le bas de ligne pour cette pêche, est vraiment quelque chose de très personnel et surtout lié aux conditions de pêche. Il peut aller du simple bout de Nylon de trente centimètres directement raccordé à la soie qu’on pourra travailler très lentement même dans très peu d’eau, au bas de ligne de cinq à six mètres qu’on pourra ramener à toute vitesse sans que les mouches n’accrochent le fond. Sa longueur est donc déterminée par la vitesse de l’animation, et le niveau auquel on souhaite voir évoluer son ou ses leurres. Concernant son diamètre, descendre en dessous de vingt centièmes dénote une forte tendance suicidaire, car dans cette pêche on casse parfois sans même avoir amorcé le moindre ferrage, à cause de l’inertie de la soie. Je préfère les potences longues de plus de vingt cinq centimètres car il me semble que les mouches sont plus libres et travaillent mieux, sans oublier qu’ainsi on n’a pas à refaire le bas de ligne après quelques changements de leurre. Courtes ou longues, les potences ne s’emmêlent pas plus, ni moins malheureusement, alors pourquoi s’en priver ?

      C’est aux deux périodes mineures de la saison de pêche en réservoir que les boobies sont au summum de leur efficacité. En été quand les poissons descendent sur le fond pour trouver une eau plus fraîche et quelques proies actives. En hiver quand les poissonnets se réfugient dans ce qui reste d’herbiers, suivis des truites fuyant la température trop froide de la couche de surface qui bloque également l’activité des insectes.

      La technique de pêche est simple, on lance, on attend tranquillement que l’ensemble atteigne le fond, et on récupère la soie en tricotant, pour ensuite relancer... Eh bien non, ce serait trop simple et surtout trop lassant. D’abord, il s’agit de savoir si on va monter une, deux ou trois mouches.

      Trois mouches si on a affaire à des poissons agressifs (ou naïfs), que le vent est nul à modéré, que la profondeur est importante, et qu’on n’a pas peur de devoir remonter un bas de ligne complet quand tout sera emmêlé.

      Deux mouches, c’est déjà plus raisonnable et ça permet de prospecter deux profondeurs, et bien-sûr de trouver plus vite le leurre du moment.

      Une seule mouche donnera la discrétion seyant aux poissons méfiants, et pourra être présentée partout, même dans moins d’un mètre d’eau. Quelle(s) mouche(s) ? Comme pour le streamer, on essaye jusqu’à trouver la bonne combinaison niveau mouche animation.

      Le plus souvent l’animation se fera par un tricotage très lent, entrecoupé de pauses plus ou moins longues (plutôt plus que moins d’ailleurs), d’une tirée longue et de quelques tricots plus rapides. Il nous faut garder à l’esprit que ces leurres travaillent toujours, même lorsque nous ne ramenons pas la soie, en remontant doucement vers la surface. Comme pour le streamer, nous devons jouer avec le poisson pour le décider à mordre (voir l’article précédent). Mais nous faisons plus souvent l’erreur de pêcher trop vite plutôt que trop lentement.

      Comme nous l’avons vu ci dessus, la touche peut être particulièrement brutale, mais aussi souvent très discrète voire imperceptible quand le poisson suit la mouche et continue sa route vers la berge après l’avoir engamée. Il n’est pas rare qu’un poisson ayant titillé un booby, revienne le prendre quelques instants plus tard. Il m’est également arrivé de sentir une touche sans pouvoir ferrer, puis d’en sentir une autre quelques secondes après, suivie cette fois d’un ferrage efficace, pour constater dans l’épuisette que la truite avait dans le fond de la gueule ma mouche de pointe, et au bord de la gueule la mouche de potence...

      Il est fréquent que les truites engament profondément les boobies, surtout lorsqu’on pêche avec un bas de ligne long. Ce fait, ainsi que l’oubli (volontaire ou non) de certains moucheurs d’écraser correctement les ardillons, ont conduit des gestionnaires de réservoirs à prohiber les boobies sur leurs lacs. Rappelons qu’avec un ardillon correctement écrasé un hameçon sera très facilement ôté à l’aide d’une petite pince (à écraser les ardillons par exemple...), et que dans le cas contraire il suffit de couper rapidement le fil au ras de la gueule du poisson, pour que notre partenaire reparte avec les meilleures chances de survie. Si on n’est pas capable de perdre une mouche dans la gueule du poisson, on ne peut se targuer d’être un pêcheur sportif, c’est au pied du mur qu’on voit le maçon et pas à ses paroles, aussi enchanteresses soient elles...(Fin de la parenthèse)

      En cours de récupération, le scion de la canne sera au ras de l’eau, et même dans l’eau si la pente est brutale, toujours pour mieux percevoir les touches. Par ailleurs, un ferrage latéral est plus efficace que le geste habituel du bas vers le haut.

      Où pêcher aux boobies ? Le champ d’action est très large, de la plage praticable en cuissardes, à la digue à pic d’une dizaine de mètres. C’est au pêcheur d’adapter son montage pour atteindre l’objectif recherché. Où est ma mouche et comment se comporte-t-elle ? Voilà ce que nous devons avoir à l’esprit en permanence. Celui qui débute dans cette pêche aura toujours intérêt à trouver un endroit clair et pas trop profond pour observer son montage et les réactions des poissons à ses diverses sollicitations.

      Quelques bons trucs : En fin de récupération, laisser les mouches remonter seules en surface, une truite peut les suivre depuis un bon moment et ne s’emparer de l’une d’elles qu’au moment où elle voit sa proie sur le point de lui échapper. Etre concentré sur la pêche dès l’arrivée du montage sur l’eau, une mouche peut être prise à la descente par un poisson en maraude dans les couches supérieures. Dans le même esprit, mieux vaut ferrer au moindre signe d’activité, remous, ombre mouvante, dans le secteur où les mouches viennent d’être lancées, car l’ensemble soie-bas de ligne forme un U qui gène considérablement la perception des touches.

      Quelques combinaisons gagnantes : La Classique : deux ou trois boobies classiques (Yeux en billes de polystyrène dans un bas de Nylon, corps en chenille, queue en marabout. Première mouche à cinquante centimètres de la pointe de la soie, deuxième potence à cinuante centimètres- un mètre, idem pour la pointe.

      Quelques variantes

      - Le boobit, contraction personnelle de boobie et de rabbit. Remplacer les billes de polystyrène par un cylindre de mousse taillée, ligaturé en tête de l’hameçon. Tourner une bandelette de lapin en lieu et place du corps et de la queue. L’intérêt est d’avoir une mouche plus solide (la mousse) et surtout plus mobile (le lapin) pour une attractivité maximale. C’est efficace également sur perches et sandres, en augmentant la taille des mouches pour ces derniers.

      - Miniature : Une seule bille de polystyrène ou petit bout de mousse taillée, ligaturé vers l’avant par une extrémité, corps en fourrure de phoque (ou tout autre dubbing naturel ou synthétique), pincée de marabout ou poils de lapins en queue. Ce modèle est appelé en Belgique le monocouille, on se demande pourquoi !!! Très efficace sur des poissons qui connaissent la musique.

      - Les nouvelles voies : Allonger le bas de ligne à quatre mètres cinquante ou cinq mètres et y nouer deux ou trois alevins flottants (dos en mousse par exemple). Ce montage pourra être ramené rapidement et profondément sans accrocher le fond.

      Trouvailles personnelles : Remplacer le boobie du milieu ou de pointe par une nymphe ou un streamer non plombés. Décollés par les boobies ils n’accrochent pas le fond, et les truites en revanche s’y pendent volontiers, comme ont pu me le confirmer quelques alsaciens de mes amis avec qui j’avais partagé cette astuce voilà quelque temps.

      La dernière : elle date seulement d’un mois et demi, l’inspiration m’étant venue lors d’une soirée (certes arrosée) au bord du lac du Roussillou. Nouer en pointe un chironome (suspender) monté à l’envers, c’est à dire dont la matière flottante est fixée vers la courbure. La mousse entraîne le chiro vers la surface et la ligne le tire vers le fond lors des tractions. A travailler très lentement, avec des pauses très longues pendant lesquelles la mouche se hisse doucement vers la surface. Evidemment je n’ai pas assez de recul pour en tirer des enseignements probants, alors si vous essayez, surtout n’hésitez pas à nous faire parvenir les résultats de vos expériences. Les colonnes d’ Echos Mouche et de son forum sont ouvertes à tous.

      Le prochain article sur la pêche en réservoir sera consacré à une technique efficace tout au long de l’année, la pêche aux chironomes. En attendant, je vous souhaite de très joyeuses fêtes de fin d’année, et bien sûr d’être gâtés par ce bon vieux Père Noël qui ne pourra retourner à la pêche qu’en janvier, si son lac favori n’est pas gelé ...

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