Réservoir, début de saison (Part. 2)


    octobre 2001 par Jean-Pierre Jurado

      L’animation du streamer, voilà un point crucial qu’il ne faudra jamais mésestimer. De sa bonne utilisation dépend souvent le succès d’une partie de pêche.

      Au pêcheur d’essayer dans l’eau claire pour visualiser le comportement des leurres suivant son action, car suivant les matériaux (texture, densité, quantité, disposition dans le montage etc.) qui le composent, le matériel qu’on utilise (type de canne, densité de soie, longueur, densité, composition du bas de ligne, position en pointe ou en potence sur celui-ci, et finalement le mouvement que le pêcheur va imprimer à cet ensemble, le leurre va finalement adopter un comportement qui va déclencher l’indifférence, la poursuite à distance, un réflexe d’attaque...ou de fuite éperdue du poisson. Passons maintenant en revue quelques animations qui marchent.

      Sans conteste, la récupération la plus employée en lac est celle des tirettes effectuées de la main gauche (pour les droitiers) pendant que l’autre main tient la canne et la soie. A ce propos, relevons l’erreur commune à de nombreux moucheurs, de tenir la soie entre l’index et la poignée de la canne. La tension de la ligne est alors mal contrôlée, surtout lors de la touche, à cause de la friction sur le liège, et du fait que nous serrons d’ instinct la main sur la poignée au moment du ferrage, ce qui bloque immanquablement la soie avec pour résultat des casses à répétition dès lors que les poissons sont un tantinet agressifs. Mieux vaut donc tenir la ligne entre deux doigts, l’index et le majeur par exemple, pour la contrôler à tout moment et éviter tous ces désagréments.

      Concernant l’animation proprement dite, l’erreur commune est d’imprimer une action uniforme et répétitive tout au long de la journée. Ça peut marcher, mais force est de constater que les résultats sont médiocres, comparés à ceux qu’on peut obtenir en variant les longueurs des tirées, les pauses, le rythme de récupération, en bref, il est plus payant de jouer avec le poisson, de le provoquer, le surprendre...

      Si on pêche dans la couche de surface, on pourra adopter une récupération par saccades très rapides, presque sans pauses, ou avec des pauses très courtes suivies de vifs démarrages. Ceci dès l’impact du leurre dans l’eau, qui va attirer l’attention des truites à plusieurs mètres à la ronde, et dont on va profiter pour déclencher une touche immédiate dès les premières ondulations du leurre. Dans le cas où on voit un "V" en surface se diriger vers la mouche, il convient d’accélérer le mouvement et de ne pas ferrer avant de sentir le poisson repartir avec la mouche, car souvent le poisson la prend mal, mais continue à la chasser tant qu’elle est en mouvement dans son périmètre d’action. Dans ce cas, un ferrage intempestif a pour seul effet de soustraire la mouche à la perception du poisson.

      A l’inverse, plus on va descendre profondément, et plus l’animation pourra être lente et molle, ce qui ne veut pas dire uniforme et systématique. Là encore, les meilleurs résultats s’obtiennent en jouant avec le poisson, mais les pauses pourront durer plus longtemps sans que la truite ne se détourne de la mouche. Une truc qui m’a alors souvent réussi, est de démarrer tout doucement, pour progressivement accélérer et arriver au maximum de vitesse à une dizaine de mètres du bord. Mais tout est à essayer, comme arrêter brusquement la récupération en laissant choir la mouche jusqu’au fond et même l’y laisser reposer quelques temps, jusqu’à ce qu’un poisson la prenne, ou qu’ on aie envie d’essayer autre chose qui peut-être marchera aujourd’hui...

      Voici quelques années, lors d’une compétition internationale au lac d’Echternach, j’avais pu observer Jeremy Hermann, qui est probablement un des pêcheurs au monde qui maîtrise le mieux la pêche au streamer. Les poissons n’étaient pas mordeurs, si bien qu’il passa en revue toute la gamme des animations possibles. Quelle ne fut pas ma surprise de le voir poser sa canne parallèlement à la rive, la bloquer à terre de son genou, et ramener la soie par énormes brassées du premier anneau jusqu’au dessus de sa tête. Je vous laisse imaginer la vitesse de la mouche dans l’eau. Il faut oser !!!

      Le rolly-pully est une alternative intéressante aux tirettes. Après avoir lancé, on coince la canne sous le bras en veillant à ce qu’elle forme un angle avec la ligne, pour que le scion amortisse la touche attendue, et on peut récupérer la ligne à l’aide de ses deux mains. Par une récupération saccadée vive on obtient la même animation qu’avec les tirettes. Si au contraire on ramène la ligne de façon coulée, régulière, sans marquer de pause ni imprimer de tirées vives, on obtiendra la même animation que si on rembobinait la ligne sur le moulinet. Entre les deux extrêmes, cette technique offre un large éventail d’action.

      Là où ça se complique c’est au moment de ferrer et reprendre la canne en main. Pour ma part, j’ ai résolu le problème du ferrage par une rotation du buste à quatre vingt dix degrés à droite (je suis droitier), pendant laquelle je reprends la canne en main, tout en gardant la soie dans la main gauche. Cette gymnastique demande un peu d’entraînement au début, pour acquérir l’automatisme, et je ne sais pas si c’est la meilleure, mais elle a le mérite d’être efficace et en tout cas me donne entière satisfaction. Evidemment, quand à la touche la truite prend cinq mètres de ligne, inutile de se casser la tête et le reste, il suffit de prendre la canne en main et de mettre de la pression sur le poisson avec la canne à l’équerre, pour qu’il soit plus que suffisamment ferré.

      Outre la très grande variété d’animations différentes, cette technique offre l’indéniable avantage de garder la ligne en tension permanente, et donc de manquer moins de poissons, en particulier les jours où les touches ne sont matérialisées que par des tapes éclair, trop souvent sans suite. Bien moins utilisée que les tirettes, c’est loin d’être un gadget mais une alternative des plus productives sur les plans d’eau très pêchés.

      Issue de la mouche noyée en rivière, le tricotage de la soie est une technique d’animation largement utilisée avec succès en lacs pour la pêche à la nymphe et la mouche noyée, ainsi qu’aux boobies qu’on peut ainsi travailler lentement près du fond avec une soie très plongeante et un bas de ligne court. Il est plus rare de la voir employée avec un streamer, alors que dans certains cas de figure, elle est la réponse appropriée. Pour ma part j’y suis venu en pêchant en float-tube, car si cet engin favorise les déplacements et la discrétion sur un plan d’eau, il n’en est pas de même concernant la liberté gestuelle dans l’animation qui est considérablement entravée. C’est donc ainsi que j’ai commencé à animer mes streamers par un tricotage rapide, avec des résultats tels que je n’ai pas hésité à le reproduire, en bateau et même du bord.

      Là encore, un minimum d’entraînement est requis pour maîtriser la gestuelle surtout en animation rapide, mais une séance assidue de quelques heures suffit pour l’assimiler, et tous les moucheurs pratiquant la noyée et le streamer en rivière utilisent largement ces gestes.

      Quand on veut pêcher profondément, avec un leurre plombé et ou une soie I ou S, on peut démarrer immédiatement l’animation par un tricotage très lent. Au lieu de couler à la verticale, le streamer rejoindra la profondeur désirée en ondulant dans une trajectoire oblique et sera pêchant tout au long de cette descente. Quand on pense avoir atteint la bonne profondeur, il n’y a plus qu’à accélérer le mouvement, ou adopter une autre récupération.

      Reste la non-animation, appelée habituellement "pêche en statique". De septembre à novembre on peut observer des chasses spectaculaires en bordure de tous les lacs bien peuplés en poisson fourrage. La plupart du temps les truites, surtout les plus grosses, se contentent d’assommer les poissonnets rassemblés en bancs, pour venir ensuite gober tranquillement les moribonds. On a également pu observer à de nombreuses reprises que les plus grosses truites ne participent pas à la chasse mais s’invitent au repas. Si alors on se contente de faire passer une imitation d’alevin dans la meute, on a fort peu de chance de toucher un gros poisson. C’est le bon moment pour offrir à ces demoiselles quelque friandise telle qu’une imitation d’ alevin inanimé, entre deux eaux ou flottant en surface. Pour ce faire, les combinaisons sont multiples.

      Avec une soie très plongeante et un alevin flottant, on règle la profondeur de pêche par la longueur du bas de ligne, plus il est court et plus la mouche évolue près du fond et inversement. Cependant, un trop long bas de ligne nuira à la perception des touches. Après le lancer on tend la ligne et le bas de ligne, et on laisse descendre le tout. La touche peut survenir à tout moment. Si elle ne survient pas au bout d’un moment, on reprend doucement un mètre de soie, en tricotant par exemple, puis on s’arrête pour laisser l’alevin remonter tout doucement et s’immobiliser entre deux eaux.

      Avec soie et leurre flottant, on pêche comme en sèche en laissant dériver dans l’attente du gobage...qui se produit généralement après de longues minutes d’attente, juste après qu’on ait tourné la tête, distrait par le bruit d’un gobage un peu plus loin.

      Avec une soie flottante, intermédiaire ou peu plongeante et un leurre pas ou peu plombé, on peut lancer et tendre la ligne et...laisser faire. Le streamer va alors descendre tout doucement vers le fond pour se faire cueillir par une truite en maraude à tout moment. Rien ne nous empêche en cours de descente d’animer brièvement par quelques saccades, pour simuler le réveil ou les derniers soubresauts de vie et déclencher ainsi un réflexe d’attaque.

      Après cet aperçu des possibilités de pêche au streamer en lac, force est de constater que le champ d’action est très large. Il me semble que la meilleure façon d’aborder cette pêche, est d’avoir une approche ludique ou le poisson est à la fois adversaire et partenaire d’un jeu passionnant, qui fonctionne par essais-erreurs successifs. Car toute théorie sera un jour mise à mal au bord de l’eau, il n’y a donc pas de vérité universelle, tout juste une vérité de l’instant, remise en cause l’instant suivant. Rendez-vous donc le mois prochain pour la suite de cette série sur la pêche en réservoir, et puisque nous allons avoir de nouveau un forum qui fonctionne (il était temps !!!) , n’hésitez pas à nous y faire part de vos expériences personnelles et de vos interrogations sur le sujet.

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