Le pouvoir hypnotique


    novembre 2000 par David Synold

      le pouvoir hypnotique Phénomène issu de l’imagination fertile de quelques pêcheurs illuminés ou appellation donnée à une attitude du poisson face à certains d’entre nous ? Peu importe... l’explication, c’est le phénomène qui mérite réflexion. Très ponctuellement abordé dans la presse halieutique, le pouvoir hypnotique sur le poisson, dont certains pêcheurs seraient atteints, m’a toujours fasciné... D’abord réticent à ce genre de phénomène non scientifique, c’est au cours d’un échange manuscrit avec une vieille main, M. Jean-Jacques Robert de Albi, pêcheur au bambou à une ou deux mains et à l’anglaise (soie naturelle), qu’il en fut question.

      La curiosité venait de m’attraper. Bien que pouvoir hypnotique ne soit peut-être pas, à mon humble avis, le terme qui convient le mieux, il donne à l’attitude contrasté des poissons, face à certains individus, une explication à laquelle bon nombre d’entre nous n’osent même pas penser.

      Je vous propose une analyse de M. Jean Jacques Robert, issue de plus de cinquante années de pêche dont quarante cinq consacrées à la mouche, ou devrais-je dire plutôt à deux mouches ... Banal ?... sauf quand on sait qu’il pose un train composé d’une sèche et d’une émergente...

      Le pouvoir hypnotique est un pouvoir qu’il est préférable de ne pas avoir. Lorsque les poissons s’amusent, se gaussent de nous, nous savons à quoi nous en tenir ; nous attendons qu’ils cessent leur petit jeu et qu’ils se mettent à gober franchement. Nous savons aussi qu’ils peuvent, à notre grande déception, arrêter tout, laissant la rivière comme sans vie. Nous savons aussi que trois jours après la nouvelle lune, les poissons quels qu’ils soient, piquent fin et se décrochent souvent, surtout après un ferrage appuyé ; encore faut-il ferrer ! Le pouvoir dont je parle, je l’explique dans la première partie de mon manuscrit, non publié, nommée montées surprises.

      C’est en parcourant une revue, dans une grande surface, que l’auteur de l’article appelait pouvoir hypnotique ces montées surprises si longtemps constatées sur les sièges (les poissons) puisque plus nombreuses que les truites sur les rivière que je pêche. Dans la seconde partie de mon récit, j’en reparle en lui ayant attribué ce nom.

      Imaginez une rivière qui, la veille, vous a donné un plaisir inégalé : pas de vent, les eaux favorables pour la pratique du sport qui est le notre et beaucoup de poissons. Puis aujourd’hui, même type de temps, même niveaux des eaux, même lune, temps idéal pour un plaisir semblable à celui d’hier. Et bien non !!!
      La rivière coule nonchalante, comme la veille ; plus bas elle est en mouvement, pareille, et semble sans vie. Vous fixez de votre regard votre mouche : une heure, deux peut-être ..., vous vous appliquez à bien placer votre artificielle, aucune erreur constatée, vous êtes au bon endroit, vous prospectez en éventail, vous produisez un sillage, qui sait, peut-être !!! et toujours rien.

      Qu’un merle vienne à passer et, bien que passionné, votre regard se détourne de votre mouche un court instant et un pioff se produit à l’instant même sur votre mouche : trop tard, il ne reste que quelques ondes qui meurent et descendent le courant. "Pas de chance" dite-vous !!! ", "ce coup-ci je m’applique" et les minutes s’égrainent pareilles aux précédentes, la rivière coule comme hier, mais sans vie. Qu’un cycliste vienne à passer sur la route, vers l’autre rive, qui détourne votre regard et un autre pioff se produit, ferrage ultra rapide... mais trop tard.

      Vous changez de mouche, ce qui est normal. Vous la remplacez par une plus petite, plus aérée, vous fixez la leptophlébia vespertina qui vous a réussie hier, et toujours le même manège, dès que votre mouche disparaît de votre vue. C’est le phénomène que j’ai pu rencontré assez souvent et durant toute la journée.

      Une constatation à ce sujet, lorsque mon regard est dirigé ailleurs que vers mes mouches, que celui-ci sans que je le veuille, à la fraction de seconde, se redirige au bon endroit, le poisson qui s’apprête, légèrement sur le coté comme pour mieux me faire entrer dans son champs de vision, à saisir mon imitation semble me regarder étrangement. Et d’un coup de rein il virevolte, laissant aller l’appât artificiel à vau-l’eau, tel un enfant surpris à quelques bêtises. Ce regard là a quelque chose d’étrange... Avez vous déjà observé un barbeau qui, nonchalant, traverse le courant sur le côté, pour mieux vous lorgner ? Puis il disparaît dans les profondeurs.

      Je possède ce pouvoir, à mon grand désespoir, mais pourtant j’apprécie, lorsque mon regard peut croiser celui du poisson. Un moment exceptionnel d’une rare complicité, si j’ose m’exprimer ainsi. Comme ce phénomène a été constaté par au moins un pêcheur et qu’il l’a écrit, je me suis contenté, moi aussi, de l’écrire et me suis bien gardé d’en parler... au risque de me faire passer pour un original.

      "Voilà ce qu’est ledit pouvoir hypnotique..." - Jean- Jacques Robert.

      Devant un tel témoignage qui n’est pas à mettre en doute, j’entends déjà certains d’entre vous... Mais les techniques d’aujourd’hui où les longs lancers et les trop longs bas de ligne sont très mode, histoire d’épater la galerie, ne nous permettent plus de telles observations sur le poisson et c’est bien dommage.

          | Réagir à cet article | Rechercher | Dans la même rubrique |

            Copyright echosmouche.fr
            Tous droits de diffusion et de reproduction réservés - Système de Gestion de contenu spip(3.0.17)
            Sommaire La Lettre d'echosmouche.fr Concours Auteurs Trophée Echos Mouche Nous écrire