La pêche de la Siège


    mars 2001 par David Synold

      Les lignes qui suivent, ne sont là, que pour faire découvrir la siège au monde des moucheurs, pour qui ce poisson est un grand inconnu. Lorsque cet animal cohabite et fait bon ménage avec la truite, que le pêcheur prospecte la deuxième catégorie pour prendre un plaisir certain à piquer ce cyprinidé, il y trouve la quintessence de la pêche lorsqu’une truite vient saisir une mouche destiné à la siège.

      Durant de nombreuses années, il nous était interdit de pêcher au cours de la période de ponte de la siège et ce pendant un mois (avril ou mai), ceci afin de la protéger. A cette époque les fédérations de pêche avaient du bon sens... dire qu’aujourd’hui on relâche des tacons qui, une fois partis vers l’océan, ne parviendront jamais, le moment venu, de revenir. Le beau saumon ne sera pourtant pas perdu pour tout le monde...

      La siège est de par sa morphologie, un poisson très rapide et doué d’une très grande attention à tout ce qui pourrait lui nuire. La siège hante les lieux que fréquente la truite, mais s’accommode aussi d’une eau plus calme, à température plus élevée et arrive tant bien que mal, à survivre, malgré les fortes chaleurs, les sécheresses successives et les canons qui arrosent le mais en asséchant sans vergogne les rivières et nappes.

      Elle aime, certains jours, baguenauder et moucheronner dans les longs lisses. Si c’est le cas, de bonnes réussites se font en fin de ces grands plats, juste avant que la rivière ne se mette plus en mouvement, en obligeant la mouche à siller et en relâchant tout au long de la dérive, avec parcémonie. Souvent, le poisson suit la mouche, qui semble lui échapper, puis, dans le relâché de la ligne, l’artificielle va directement dans la gueule de la bête. Cela nous échappe parfois, et crée, à la fraction de seconde, le dessin du gobage. Il arrive aussi très souvent, que le poisson prenne à l’instant où l’artificielle tourne en fin de parcours, sille naturellement sur quelques vingt centimètres pour se stabiliser dans l’axe de toute la ligne et cela va très vite.

      Les cannes, d’action parabolique, moyennement longues (trois mètres soixante) et à deux mains donnent de bons résultats. Elles permettent une pêche rapide (arraché-posé). Durant l’hiver ce poisson se pêche au coup, avec cette canne et si dans la journée, la température de l’air grimpe de quelques degrés et si le matin il n’a pas gelé, en deux mouvement la ligne est remplacée par la soie. La pêche de la siège est mauvaise lorsque les eaux sont vertes, émeraudes, qu’une gelée matinale est suivie d’un soleil radieux et d’eaux mâchées.

      Ce poisson n’est pas agressif, il est fin gourmet. Son plat doit lui être servi avec délicatesse avec de bonnes manières, pour qu’il se mette à vouloir y goûter. Certains jours, il n’est pas certain que la bête prenne trois quart aval, et c’est au pêcheur de trouver justement, quelle est la meilleure des présentations. En tout état de cause, après avoir entrepris les règles de base (discrétion, approche...), il faut pêcher, dès le départ, vers la source (Amont).

      Ce n’est qu’au bout d’une heure qu’il faut entreprendre, si le poisson boude ce que nous lui présentons, les autres techniques. Tous les jours sa pêche est changeante. Une fois vers la source, une autre fois vers l’embouchure, en laissant la ligne descendre le courant naturellement après avoir retiré considérablement la soie et posé la mouche presque à ses pieds. Demain, trois quart amont avec ou sans sillage volontaire, parfois vers l’autre rive, au ras de la berge, aujourd’hui trois quart aval avec ou sans sillage, dans peu d’eau.

      Le débutant peut espérer, s’il place sa mouche de la bonne manière et s’il sait ferrer en faisant glisser sa ligne et non pas en arrachant la soie, la prise de quelques poissons. En effet, si l’on ferre en arrachant, on prend un certain retard et le pêcheur vexé fait retomber la faute sur cet animal, qui n’a aucune noblesse à ses yeux et l’accuse, à tord, d’être trop lent. Lorsque la siège se trouve à vouloir s’amuser avec vos nerf, elle vous démoli l’expert et écoeure pour toujours le débutant. Après de nombreuse années, il ne m’est, jamais au grand jamais arrivé de piquer une siège, plus loin que la lèvre supérieure ou inférieure. Cela prouve bien que l’animal demande à son adversaire une certaine dextérité, un savoir faire que l’on acquiert qu’après d’innombrables ratés. La siège, se défend bien et sa combativité s’apparente à celle des salmonidés, à taille égale bien entendu.

      "Le chat s’en régalera ! me dit un jour un pêcheur à qui mon panier, sur sa demande, lui était présenté..." je n’eus aucune réponse à donner à ces mots dédaigneux et pensais tout bas : "passer pour un idiot aux yeux d’un imbécile est une volupté de fin gourmet". Quelles mouches utiliser ?

      Quels hameçons pour leur confection. Les artificielles de fantaisie sont à bannir. En hameçons, il faut se servir des tailles allant du numéro quarorze à vingt. Mouches claires au printemps, mais pas toujours vrai. Mouches sombres tout au long de l’année. corps marron, orange, kaki, rouge, raphia naturel. Pour rester dans le sombre, l’utilisation de fil de couleur terne est de bon aloi. Corps très court et uni. Surtout pas de cerques, même très courts. Ne pas oublier que l’adversaire prend fin et avec prestesse. Hackle roux, brun, noir, gris. La siège se laisse séduire par les couleurs fauve, oreille de lièvre, poil de cervidé... Montage dit catalan ou espagnol (hackle dressé à la verticale sur le dessus, incliné à qurante cinq degrés). La tête de l’insecte doit être bien apparente.

      Émergentes ou nymphes, sur ou dans la pellicule de l’eau, teintes sombres, corps plus apparent, touffe de fibres de hackle emprisonnée dans le corps, tête bien apparente, pas de cerques et une pointe de hackle pouvant se dégager du corps comme pour imiter une aile qui vient à peine de se détacher. Hameçon de quatorze à vingt.

      Voilà le poisson en question. Le bon preneur de truite, qui n’a jamais affronté la siège, peut, de temps en temps, réaliser un beau tableau, mais dans une saison et s’il pêche aux cotés de celui qui a longtemps pêché cet animal, il réalisera que pour atteindre la quintessence de l’art de la mouche, il lui faudra remettre les pendules à l’heure.


      Texte reproduit avec l’aimable autorisation de Jean Jacques Robert d’Albi dans le Tarn.

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