Le barbeau à portée de nos fouets


    octobre 2001 par David Synold

      Loin d’être une pêche de substitution, la capture d’un barbeau mérite un peu plus qu’une prise occasionnelle dûe au hasard du passage d’une nymphe à la recherche d’un ombre...
      La capture d’un barbeau de soixante dix centimètres à la nymphe, offre des sensations difficiles à décrire, tant la montée d’adrénaline est forte. Au dire de Daniel Greu, notre guide du jour, "le barbeau du Rhin vaut bien le Bonefish aux Bahamas", dépaysement en moins, bien entendu. Mais le barbeau est un poisson qui se mérite, nymphes lourdes au fil, lancers appuyés, touches rapides, ferrages instantanés et appuyés, combats longs et difficiles et pour finir les casses ne sont pas rares.

      Le Poisson

      le barbeau Le barbeau commun, puisque c’est de lui que l’on parle, est un poisson à museau et à lèvres épaisses, s’ouvrant sur le bas. Il vit en banc important ce qui facilite son repérage et ventrouille sur le fond pour ramasser sa nourriture d’ou l’utilisation de nymphes lourdes passant au ras du fond.

      Son nom lui vient de ses quatre barbillons, placés de part et d’autre de la lèvre supérieure , qui lui servent d’organes tactiles et gustatifs. Sa couleur dépend du milieu où il vit, son dos est de couleur vert brun à gris clair, les flancs sont jaunes doré à ocre et son ventre aplati est blanc jaunâtre ou grisâtre. Les nageoires sont semblables à celles de ses congénères de l’ordre des cyprinidés, allant du brun foncé au rouge orangé vif. Le barbeau adulte pèse généralement entre trois et quatre kilos, pour soixante à quatre vingt centimètres de long, mais il n’est pas rare de prendre des sujets de six à huit kilos pour quatre vingt dix centimètres à un mètre de long.

      Il colonise les grandes rivières aux eaux claires rapides ou moyennement rapides. Il occupe dans le découpage du cours d’eau, une zone typique qui porte d’ailleurs son nom. La zone à barbeau se situe et fait la transition entre la zone à truite en amont et la zone à brème en aval. Ces zones n’étant pas exclusives aux poissons dont elles portent le nom, on trouve parmi les bancs de barbeaux, quelques truites farios mais aussi des ombres et des hotus. Il se tient dans les secteurs les plus profonds, derrière les obstacles qui brisent le courant. A l’occasion, il remonte sur les courants et les veines d’eau entre cinquante centimètres et un mètre cinquante de profondeur pour y chercher sa nourriture.

      Mieux le connaître pour mieux le pêcher

      le barbeau Le barbeau vit en troupeau important et se déplace pour explorer chaque secteur, chaque caillou, à la recherche de nourriture. Il se tient sur le fond du lit de la rivière, qu’il quitte ponctuellement et brièvement pour se saisir d’une proie entre deux eaux.

      Son régime alimentaire a très peu de limite, il se constitue de micros organismes fixés sur les galets, de petits poissons, de tous les débris organiques d’origine végétale ou animale, sans compter les larves, vers, mollusques, batraciens et autres insectes.

      La chair du barbeau est excellente, mais les arrêtes sont à peu près aussi nombreuses que la chair du poisson. On comprendra alors qu’on le pêche principalement pour le sport, ce qui n’est pas un vain mot puisqu’il se défend magnifiquement en tenant le fond et en rejoignant les courants puissants.

      Le Barbeau à la Nymphe

      Daniel Greu, amoureux de la pêche à la mouche, et son frère Jean Jacques tous deux spécialistes du Vieux Rhin, nous avaient donné rendez vous en ce début d’après midi calme et ensoleillé du mois d’août. C’est sur les bords du Vieux Rhin dans le secteur d’Ottmarsheim que nous nous sommes retrouvés pour découvrir les secrets de la pêche du barbeau à la nymphe, à vue si les conditions sont bonnes et au fil. Virgile, douze ans, un des élèves de l’école de pêche du Groupement des Pêcheurs Sportifs de la Thur au Rhin, que Daniel Greu et moi même encadrons, était de la partie.

      Après quelques kilomètres sur les chemins chaotiques longeant les berges du Magnifique fleuve, le véhicule des frères Greu s’immobilise enfin sur le bas côté.

      le barbeau Le Vieux Rhin coule, paisible et majestueux, à quelques dizaine de mètres en contre bas, un rapide coup d’oeil de nos deux amis, "ils sont là...". D’un geste sur, Daniel m’indique une coulée profonde d’un mètre à un mètre cinquante et d’une dizaine de mètre de large. L’eau est limpide et après avoir posé sur mon nez, mes lunettes polarisantes, je commence à distinguer de nombreuses formes foncées, collées sur le fond. Assez régulièrement un grand éclair brillant vient troubler le calme apparent qui règne au sein du banc de poisson, Daniel m’explique "de temps en temps un barbeau attaque une proie en quittant rapidement son poste, à ce moment son flanc et son ventre brillant s’exposent au soleil, et renvoient la lumière, ce qui donne l’impression d’un éclair. C’est sans doute le meilleur moyen de repérer les barbeaux et de savoir s’ils se nourrissent."

      Quelques minutes sont alors consacrées à la préparation du matériel, les waders sont de rigueur en tissu respirant si c’est possible, ..."la température de l’eau du Vieux Rhin en ce mois d’août avoisine et dépasse parfois les vingt degrés ". Waders, chaussures, guêtres, gilets, boites à mouche, cannes, moulinets, couvre chef, chacun d’entre nous a son propre rituel dans ce domaine... Tout le monde est prêt, nous nous engageons dans le talus : la descente qui nous même au bord de l’eau est raide, d’en bas nous constatons que les taches vues d’en haut sont bien des barbeaux, certains d’entre eux dépassent les quatre vingt centimètres... ce genre de poisson promet de belles bagarres en perspective. Il ne reste qu’a exploiter nos qualités de pêcheur de salmonidés et autres thymalidés sur ces cyprins puissants.

      Nous sommes sur le coté profond du méandre, Daniel décide de rejoindre le haut fond qui borde la coulée, de l’autre coté. Nous le suivons pour remonter le fleuve jusqu’au gué, quelques dizaines de mètres en amont. Je profite du moment pour poser quelques questions qui paraissent essentielles aux yeux du néophyte que je suis, face à ce genre de poisson. Daniel que je connais depuis quelque temps n’est jamais avare de conseils, c’est une de ses nombreuses qualités qui s’ajoute au fait indéniable qu’il est un pêcheur complet, sans aucun a priori quant à l’espèce de poissons qu’il convoite avec son fouet.
      "J’utilise des fils au carbone, genre Falcon, ils sont plutôt résistant. Si tu utilises du nylon traditionnel, il vaut mieux passer au quatorze, voire au seize centième. Le noeud d’attache de la mouche à aussi son importance, le noeud que j’utilise est bien adapté à ce genre de gros poisson. Pour les nymphes, il faut prévoir lourd, et gros."
      Daniel commence à déballer sa soie, je l’observe pour mieux comprendre le lancer d’une grosse nymphe, sa dérive, la touche, le ferrage et le combat... En fait la seule difficulté réside dans le fait de lancer la nymphe, vu son poids important, le lancer doit s’adapter au leurre. Après quelques essais, les automatismes s’adaptent, d’autant que j’avais déjà eu à lancer de grosses mouches, lourdes, lors d’un voyage en Slovénie, où les poissons postés dans les fosses profondes balayées par des courants importants, n’offraient pas d’autres alternatives. La dérive quant à elle se résume à celle de la nymphe au fil, pratiquée en travers vers l’amont, accompagnée de mendings amont pour contrôler la dérive et éviter le dragage et la remontée intempestive de la nymphe dans les couches d’eau moyennes et hautes ou le barbeau ne va pas chercher sa nourriture.

      La touche est sanctionnée par un arrêt rapide et discret de la pointe de la soie, on peut aussi intercaler un fil fluo en lieu et palce du traditionnel bas de ligne en vingt ou vingt cinq centièmes et le graisser régulièrement.
      Le ferrage est rapide et appuyé, la gueule du poisson est assez charnue et ses barbillons tactiles et gustatifs lui donnent des informations instantanées sur la proie, ce qui lui permet de recracher aussi vite qu’il a avalé.

      Si le fer de l’hameçon a pénétré la lèvre charnue du barbeau, "que la fête commence !"...

      Le barbeau se fixe sur le fond sans bouger ... l’impression de brider tout le fond de la rivière, sème rapidement le doute. Pour s’assurer de la présence du poisson au bout de la ligne, il suffit de relâcher très légèrement la pression tout en gardant à l’oeil le fil, à l’endroit où il pénètre dans l’eau. La réaction du poisson ne se fait pas attendre, il remonte le courrant... Commence alors un combat où le pêcheur et l’animal sont sur un pied d’égalité. Le poisson, puissant, qui dépasse régulièrement les 6 livres et qui n’a de cesse que de trouver un courrant puissant pour se débarrasser de sa bride possède toutes ses chances face au fil, qui termine le bas de ligne, peu enclin à encaisser trop longtemps les rushs répétés du barbeau.

      Durant ce combat, la maîtrise et le savoir faire du pêcheur, sont primordiaux. Il faut garder à l’esprit l’importance de fatiguer le poisson, sans le brider trop fort, si le frein du moulinet est efficace et régulier, ne pas hésiter à s’en servir. Si on laisse le poisson s’immobiliser sur le fond, il en profitera pour reprendre ses esprits et se débarrasser de l’hameçon qu’il a dans la gueule en se frottant sur les galets du fond. Un dernier point et pas des moindres ; il est essentiel de veiller à garder le poisson toujours à son amont, pour ce faire, il suffit généralement de relâcher la pression de la ligne pour voir le barbeau rejoindre l’amont. Si ce n’était pas le cas il ne reste qu’à reculer en veillant à ne pas prendre un bain.

      Si le barbeau réussit à rejoindre les courants qui se trouvent à l’aval, la pointe du bas de ligne n’a que très peu de chance de résister et la mise au sec du poisson reste compromise.

      Le Matériel

      S’il n’y a qu’un conseil à donner, il se situe au niveau de la canne. L’utilisation d’un fouet de plus de neuf pieds est à conseiller, dix ou onze pieds étant le meilleur compromis. Pour la puissance, on peut se fier à une soie de cinq ou six, voire sept. Pour l’action, les cannes paraboliques et semi paraboliques sont à éviter, l’action progressive étant sans aucun doute la solution pour une telle pêche.

      Pour le moulinet, j’ai pu tester l’utilisation d’un semi automatique sur les barbeaux et ce ne fut pas une réussite. De tels poissons méritent l’emploi de moulinets manuels de qualité. Frein et antiretour ne doivent souffrir d’aucun défauts et être irréprochables. Pour la soie la classique WF est de rigueur.

      Les Bas de Ligne

      Votre bas de ligne classique fera très bien l’affaire. Pour la pointe, si vous utilisez des fil classiques, le 14 voir le seize centièmes est de rigueur, les fils au cabonne peuvent permettre de descendre jusqu’à douze centièmes.

      N’oubliez pas de la changer régulièrement, toutes les trois ou quatre prises. Le noeud qui fixe la mouche à votre pointe, doit être des plus solide, le simple Grinner est un bon choix. N’oubliez pas de le refaire à chaque prise, cela évitera cinquante pour cent des casses.

      le barbeauLes Mouches

      Dans ce domaine tout reste à faire, puisque la pêche régulière de ce poisson, à la mouche, reste l’apanage de quelques spécialistes. Daniel Greu en est un et il utilise une série de mouche qu’il élabore en fonction de ses expériences face aux barbeaux du Rhin.

      Il nous présente quelques modèles : imitations réalistes, fantaisistes ou incitatives, elles sont lourdes ou surplombées lors de la pêche. Pour la taille, les hameçons vont de dix aà six, pour des tiges courtes, moyennes ou longue selon l’imitation qu’il a décidé de monter. Pour ma part j’ai essayé quelques unes de ces nymphes, avec succès.

      Une après-midi bien remplie

      En trois heures de pêche, nos trois fouets ont touché plus de ... cent poissons, mais malgré les nombreux ratés au ferrage, quelques décrochages et une dizaine de casses, nous avons mis au sec au moins six poissons. Le plus gros mesurait soixante douze centimètres et revient au petit Virgile, âgé de ... douze ans.

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