Opération boites Vibert en Picardie


    Des résultats prometteurs


    24 janvier 2006 par Alain de La Simone

      Avec mes remerciements à tous ceux qui m’ont aidé à monter cette (toute) petite opération. Voici un petit compte-rendu que j’ai fait pour ceux qui l’ont suivie. - Alain de la Simone

      Comme je vous l’avais dit, j’ai mené une action purement « gratuite » - je ne pêche pas dans ces rivières, où j’ai cependant des amis détenteurs de droit de pêche - pour tenter d’introduire des truites naturelles dans deux rivières de mon Département : les Evoissons et l’Airaine dans lesquelles on ne trouve pratiquement que des truites de bassine.

      Pourquoi ai-je monté cette micro-opération ? Pour tenter de démontrer qu’il ne faut pas tout attendre des pouvoirs publics et que des initiatives individuelles spontanées pouvaient, à condition d’être correctement préparées, avoir un impact positif et remplacer cette solution de facilité, sans doute néfaste sur le milieu, consistant à déverser des truites domestiques incapables de retourner dans un milieu naturel. Je serai donc honnête et essaierai de faire, en fin d’expérience, un bilan objectif de cette initiative.

      Voici comment j’ai préparé l’opération. J’ai utilisé cinq cagettes en plastique que j’ai rempli de graviers d’une taille allant de la noisette à l’abricot et je les ai placées comme suit :

      L’amicale des Evoissons me proposait deux emplacements. L’un dans la rivière elle-même, au tiers supérieur de leur parcours, dans un passage où le courant est assez rapide et sur fond de galets et graviers. La cagette a été placée en bordure dans un fond d’une quarantaine de centimètres. Ce site s’est avéré le moins favorable des deux (45% voire inférieur). Pourquoi ce lieu ? Parce qu’étant placé en amont de leur parcours, ils pensaient que la dévalaison des alevins les maintiendrait néanmoins " chez eux ".

      Le second emplacement se situait à la source Saint Clair, formant un ruisseau d’une cinquantaine de centimètres avec un lit magnifique constitué de graviers crayeux très blancs et rempli de cresson vert, débouchant dans le dernier quart de leur parcours. J’ai placé ma cagette tout près de la source ; site que je considérais comme idéal. L’amicale craignait évidemment que l’opération ne profite qu’aux détenteurs du parcours situé en aval du leur.

      Sur l’Airaine, le ruisseau semble moins favorable. Si la source est apparemment pure et limpide, son lit est assez tourbeux et envasé, sauf sur une vingtaine de mètres où le courant est assez vif pour avoir dégagé un lit de graviers blancs. J’ai placé deux autres cagettes à cet endroit apparemment propice. J’ai tenté une expérience en suspendant ma dernière cagette sous une petite passerelle individuelle traversant le ruisseau, à un endroit où le
      fond du lit est vaseux .

      Lundi 5 Décembre, je suis allé chercher cinq boites Vibert de 1000 œufs fécondés à la pisciculture fédérale de Seine Maritime. Cette pisciculture qui a adhéré à la Charte des salmonidés de repeuplement, et ne vend pas de poissons à consommer, utilise des géniteurs pris dans la rivière qu’elle fait pondre et ensemencer. En fait, j’ai été un peu déçu, car les oeufs que j’ai achetés venaient de truites dont les arrières grand parents avaient été capturés sauvages, leur descendance ayant été élevée dans cet établissement par ailleurs très rigoureux.

      Les oeufs, fécondés depuis cinq semaines devaient éclore dans les huit jours. Le risque était que les opercules des oeufs se colmatent et le Directeur de la pisciculture était très inquiet car dans nos régions les rivières transportent beaucoup de matières en suspension.

      N’y tenant plus je suis allé extraire très délicatement ce matin du 17 décembre mes boites de leur gravier. Le principe étant que les alevins sortant des boites qui sont percées d’alvéoles dès leur naissance, il est facile de juger, d’après le volume des oeufs restant, du nombre d’ oeufs ayant réellement éclos. Je vous avoue franchement que j’étais stressé. Ouf ! Le résultat est correct. Deux boites étaient vides à 80%, deux à 65% et une à 45%. Ne pouvant juger qu’à vue d’œil, j’ai choisi de ne conserver que le bas de la fourchette de mon évaluation "pifométrique". Les oeufs restant avaient été colmatés, quelques oeufs roses étaient encore présents et ils ont été remis dans le gravier.

      Ces résultats méritent d’être reconsidérés plus positivement en tenant des comptes de mes erreurs, relevées en fin d’expérience. En effet, placer une boite dans le lit de la rivière elle-même s’est avéré une erreur. Nous y avons eu le plus mauvais résultat. La boite placée dans le ruisseau St Clair, en un lieu que je croyais idéal, a été décevant (65 à 70%). J’attribue cela au fait que je n’ai sans doute pas assez attendu pour amener à la température de la rivière la boite dont la température avait été maintenue à 0°. Choc thermique ? Les résultats de 80% ont été obtenus par les boites placées en dernier dans un beau site, cependant un peu moins favorable que le ruisseau St Clair. J’attribue ce meilleur résultat au fait que le sac isotherme avait été ouvert un certain temps et que ces deux dernières boites n’avaient pas subi de choc thermique.

      La boite placée dans une cagette de graviers suspendue à vingt centimètres au dessus d’un lit vaseux a eu un résultat surprenant de 65%, ce qui est encourageant pour tous ceux qui voudraient tenter l’aventure malgré l’absence de lit de graviers.

      Enfin, le sommet des cagettes ayant les plus faibles résultats affleurait la surface. Il s’est avéré que les graviers avaient joué un rôle filtrant et que l’arrière et le bas de la cagette étaient plus propres que l’amont et le dessus de ces réceptacles. Il faudrait donc placer les boites dans les cagettes à l’arrière, par rapport au courant, plutôt au fond.

      Avant d’utiliser ces cagettes, j’avais comparé la méthode consistant à placer les boites dans des bouteilles avec celle des cagettes. J’ai bien fait de faire ce test, car les bouteilles se sont avérées assez envasées ce qui m’a conduit à écarter cette méthode. J’en déduis qu’il est utile d’expérimenter le terrain en faisant des tests avant d’introduire les boites Vibert.

      Tout ceci prouve que l’on ne peut bien juger l’expérience, qu’en admettant que le résultat a été visiblement entaché par les petites erreurs que j’ai commises et qu’il est donc « perfectible ». Malgré mon inexpérience, sur 5000 oeufs, 3300 alevins environ sont nés dans ces ruisseaux, qui, par leur faible largeur et profondeur, contiennent très peu de prédateurs (apparemment pas de poissons sédentaires, ni hérons, ni cormorans). Les chances de survie sont donc réelles. On me parle de 10% d’alevins pouvant arriver à l’âge adulte. 330 truites adultes. Même, s’ils ne sont que 5% à arriver à ce stade cela fera encore 160 à 170 truites nées dans la rivière, adaptées à leur milieu et... sauvages. En plus, comme l’écrivait Richard Vibert, inventeur de ces boites, il y a toutes les chances pour qu’elles retournent un jour dans ces ruisseaux
      pour s’y reproduire.

      Il me reste à attendre que ces alevins aient assez grandi pour être visibles et observables pour juger de leur évolution et du succès de l’opération qui n’aura coûté qu’une cinquantaine d’euros. Rien n’est encore gagné. La suite au prochain épisode ...

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