Hervé Thomas


    Questions à Hervé Thomas


    26 janvier 2006 par Fabien Francès

      Hervé Thomas est « piqué » depuis son plus jeune âge, celui où l’on est capable de tenir une canne à mouche sans avoir trop d’ampoules. Sa gentillesse et sa disponibilité sont des qualités qui s’ajoutent aujourd’hui à son expérience de la pêche à la mouche. Hervé qui exerce le métier de Guide de Pêche professionnel, est un personnage qui donne envie de le connaître davantage. Hervé réside dans les Pyrénées Orientales où il propose des stages d’initiation ou de perfectionnement, toute l’année, sur des durées de un à sept jours mais aussi un peu partout en France et en Europe.

      Hervé Thomas

      Hervé THOMAS a répondu à l’invitation du Club Mouche Solérien, pour participer à une séance de démonstration de montage et à une discussion libre sur la pêche à la mouche entre passionnés ; un interview auquel il s’est prêté avec beaucoup de gentillesse.

      Fabien Francès : A quel âge as-tu commencé à pêcher ?
      Hervé Thomas : J’ai commencé à 10 ans, et à la mouche en 1979 quand je suis arrivé dans le département, au Soler d’ailleurs. J’avais alors 12 ans.

      FF : As-tu pratiqué d’autres techniques de pêche des salmonidés ?
      HT : Oui au début, j’ai commencé à la cuillère. Un jour j’ai rencontré un gars qui pêchait à la mouche, qui s’amusait sur les chevesnes au Soler. C’est là que j’ai découvert que l’on pouvait pêcher à la mouche.

      FF : A partir de là, cette technique ne t’a plus quitté ?
      HT : Non, j’ai continué à pêcher au toc, au vairon manié et à la cuillère. Ce n’est que plus tard que j’en suis venu exclusivement à la mouche.

      FF : As-tu appris la pêche à la mouche dans un club ?
      HT : Non, j’ai commencé au Soler sur la Têt. Je prenais ma carte à l’AAPPMA « les Pêcheurs du RIBERAL ». A l’époque il n’y avait pas de Club. La pêche à la mouche, on n’en parlait que dans les revues.

      FF : Peux-tu en quelques mots nous décrire ton parcours ?
      HT : J’ai continué à pêcher à la mouche, à bricoler car je n’étais pas encore un grand pêcheur. On m’a ensuite proposé de prendre La landie. Là, pendant cinq ans, je me suis occupé de ce centre de pêche où je recevais 1500 clients chaque année. J’étais neuf mois par an, confronté aux plus grands noms de la pêche à la mouche d’Europe, même du monde, puisque j’ai rencontré d’illustres pêcheurs comme Mel KRIEGER, Guido VINCK, Bob CHURCH, enfin tous les grands noms, tout ce qui se fait de mieux dans la pêche à la mouche. C’est alors que j’ai vraiment progressé et que je suis devenu un bon pêcheur.

      FF : A quel endroit résides-tu et travailles-tu, aujourd’hui ?
      HT : Je réside dans les Pyrénées Orientales et travaille un peu partout en Europe et en France bien sûr. Ma préférence va à la France, mais je suis obligé de me déplacer pour trouver des zones un petit peu plus variées pour y amener mes clients et pour pouvoir exercer ma profession toute l’année.

      FF : Si cela n’est pas indiscret, quels sont tes projets pour les cinq prochaines années ?
      HT : Pour l’instant, point d’interrogation, je n’en dirais pas plus.

      Avant, pendant et après sa séance de montage, Hervé a répondu à différentes questions posées à la volée ; moment d’exception pour tous les membres présents, surtout les jeunes.

      Pêche à l’oeuf

      Nous avons posé la question à Hervé, car cette pratique fait souvent polémique, entre les puristes de la pêche à la mouche et les sauve-bredouilles du dimanche... Nous souhaitions connaître son avis sur le sujet

      HT : La pêche à la mouche est par définition une pêche basée sur l’observation et la reproduction d’imitation d’insectes ou d’invertébrés aquatiques et terrestres. L’usage d’imitation d’œufs est interdit la plupart du temps, c’est une méthode qui ne correspond pas vraiment à l’éthique de la pêche à la mouche. Ce n’est pas une façon de pêcher très respectueuse du poisson. Personnellement, je n’utilise pas ce genre d’imitation.

      Bas de ligne : longueurs et diamètres

      Devant la lecture des magazines, on se pose souvent la question sur la longueur et la finesse de certains bas de lignes employés, ne va-t-on pas trop loin dans l’art et le style, ou est-ce purement de la « frime » ?

      HT : L’utilisation de bas de ligne très fins (10/100 ou 8/100) souvent mis en avant par de nombreux pêcheurs, est à mon sens et selon mon expérience, une erreur. Le poisson est capturable quelque soit sa taille et son niveau d’éducation, en 14/100 ou même en 16/100, ce n’est qu’une question de choix de mouche et de présentation qui font la différence. Une longueur de bas de ligne de 4 à 5 mètres est largement suffisante pour répondre à tous les besoins, on va souvent chercher trop loin le poisson que l’on a dans ses pieds...

      Cous de coq et qualité

      Qui n’a pas entendu les discours sur la qualité de tel cou de coq au lieu de celui-ci, et que dire des grades couramment utilisés par les grandes marques ?

      HT : Les cous de coqs sont vendus en grade 1, 2 et 3. Ce classement n’a rien à voir avec la qualité des plumes, mais simplement avec le nombre de plumes présentes un cou (750, 500, 350 approximativement selon les marques). Il est plus important de contrôler la qualité lors de l’achat, plutôt que de s’attarder à ces observations. En effet, il y a des cous de grade 1 de qualité moyenne et de la même façon en grade 2 et 3.

      Insectes et imitations

      Que penser de la taille des imitations, on pourrait se dire que la pêche à la mouche est en mal d’inspiration, on cherche toujours plus petit, plus fin, plus long... Est-on vraiment dans le vrai, ne s’éloigne-t-on pas de la réalité à force de chercher ?

      HT : Bien souvent, on a tendance à rechercher de nouvelles imitations mais aussi avec l’expérience à diminuer de façon conséquente la taille des mouches réalisées. On oublie trop souvent que les insectes, certes évoluent, mais beaucoup d’insectes ont toujours des tailles importantes et sont toujours les mêmes. Il n’est pas utile de diminuer systématiquement la taille de ses imitations.
      Les grosses imitations sont encore et toujours d’actualité, et souvenez vous qu’un poisson réagit en terme de rentabilité, une proie plus volumineuse constitue un repas plus intéressant qu’une multitude de petits insectes. De la même façon, n’oubliez pas que l’on en met toujours trop sur nos montages, n’hésitez pas à « peler » une imitation pour mieux coller à la réalité.

      Hervé Thomas

      Outre cet interview et discussion, Hérvé s’est aussi prêté à une démonstration de montage dont voici le résumé.

      Hervé commence par des imitations parachute

      Il s’agit bien souvent d’imiter un insecte tentant de se débarrasser de son exuvie, soit sous le film de surface de l’eau, soit carrément dans le film de surface. cette imitation peut correspondre à divers insectes selon la taille et les matériaux employés. Le montage parachute est intéressant pour permettre la visibilité du modèle « enfoncé » dans l’eau, mais peut aussi être un élément de flottabilité. Vous pouvez réaliser des émergentes dans les tailles d’hameçons de 10 à 18, de préférence avec un profil type « caddis ».

      Hervé procéde au montage d’un diptère imitant toutes sortes de mouches

      mouche Hervé Thomas Cette fois, ce montage est censé imité toutes sortes de mouches, grosses mouches noires, mouches à m..., mouche de cuisine, mouche paysanne, etc... La flottabilité haute de ce modèle lui confère un atout intéressant, notamment s’il y a du vent, car le hackle long donne naturellement une légère animation grâce au vent. Il est très important d’attacher toute son attention à la qualité et à la couleur des ailes de nos imitations. Il n’est pas rare en effet de voir un poisson monter « comme une balle », puis stopper net !

      Il a bien reconnu la forme, mais quelque chose lui indique de se méfier, souvent le pêcheur pense à son fil, ou au dragage, mais on oublie trop souvent, et trop content de son imitation, que la couleur est un élément important, même si a priori le poisson ne les distingue pas. Ici, Hervé utilise des pointes de cous de coq, de couleur violine, cette couleur confère des reflets intéressants aux ailes.

      Hervé, passe ensuite au montage d’un Sialis Lutaria (ordre des mégaloptères)

      mouche Hervé Thomas Un spectateur demande alors à Hervé, s’il peut imiter le « sedge du Carlit ». Hervé indique qu’il ne s’agit pas d’un sedge, en effet, le sedge est un trichoptère, il possède des ailes couvertes de poils, d’aspect duveteuse comme les papillons. Alors que le Sialis Lutaria, incorrectement appelé « sedge du Carlit », est un mégaloptère et a priori le seul représentant de son espèce en Europe. En effet, le trouble est important car comme un sedge, le sialis possède deux ailes en chapeau sur un corps assez long, il vole peut et reste à proximité de l’eau.

      Pour cette imitation, Hervé prend un hameçon classique, puis après un enroulement de fil noir, il pose deux ailes de cul de canard noir, l’une sur l’autre, et les coupe après ligature, puis renouvelle l’opération avec le restant d’ailes. Le montage se termine avec un hackle noir en tête. Cette mouche flotte très haut sur l’eau, et devient très efficace par temps de vent fort à modéré.

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